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Analyses et points de vue

Pourquoi le Rwanda échappe t-il aux sanctions internationales, contrairement à la Russie ?

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La realpolitik et les intérêts économiques sapent souvent les principes fondamentaux du droit international. En février 2022, le monde a assisté à une réaction internationale d’une rapidité et d’une sévérité remarquables face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. En quelques jours, Moscou était frappée par un torrent de sanctions économiques, politique d’isolement et, point crucial, d’une exclusion quasi-totale de la scène sportive internationale.

La FIFA, l’UEFA, le CIO et d’autres instances ont agi avec une célérité inédite, envoyant un message clair : l’agression militaire d’un État souverain ne serait pas tolérée. Pendant ce temps, dans le cœur de l’Afrique, une autre invasion, plus ancienne mais tout aussi meurtrière, se poursuit dans un silence assourdissant. Le Rwanda de Paul Kagame, accusé par des rapports d’experts de l’ONU, des ONG et des gouvernements occidentaux de soutenir militairement les rebelles du M23 qui envahissent et pillent la RD Congo, opère en toute impunité.

Aucune suspension sportive, aucun embargo cinglant, aucune réprobation unanime. Pourquoi ce “deux poids, deux mesures” aussi flagrant ? Le cas de la Russie est devenu le paradigme de la réponse occidentale à une agression. Le principe est simple : violer l’intégrité territoriale d’un État voisin entraîne des conséquences immédiates et tangibles. Le sport, censé être un langage universel de paix, a été instrumentalisé comme une arme de sanction.

L’exclusion des compétitions n’était pas anodine ; elle visait à priver la Russie de sa vitrine internationale et à saper le moral de sa population. C’était la démonstration d’une règle du jeu international supposément égale pour tous. De l’autre côté du spectre, le conflit en RDC a fait des millions de morts, déplacé des populations entières et implique l’exploitation illégale de ressources minérales. Pourtant, Kigali, dont les doigts sont pointés dans ce conflit, continue de briller sur la scène mondiale.

Les Lions de l’Athlétique du Rwanda participent aux compétitions de la CAF et de la FIFA. Les athlètes rwandais défilent sous leurs couleurs lors des Jeux Olympiques. Aucun embargo économique d’envergure ne vient étrangler l’économie du pays. La question n’est pas de savoir si le sport doit être politisé – il l’a été pour la Russie, donc le précédent est établi. La question est : pourquoi ce levier de pression est-il si soudainement inopérant lorsqu’il s’agit du Rwanda ?

Plusieurs facteurs, cyniques mais réels, expliquent cette dissonance criante. Le conflit en Afrique Centrale est présenté comme une “guerre civile” ethnique complexe et inextricable, un récit qui permet à la communauté internationale de justifier son inaction. En Ukraine, la ligne de front est claire : un agresseur et un agressé. En RDC, la nébuleuse des groupes armés et les défaillances de l’État congolais offrent un écran de fumée parfait pour les acteurs extérieurs.

Le Rwanda est le “chouchou” des bailleurs de fonds occidentaux. Érigé en modèle de réussite économique et de bonne gouvernance de façade, il bénéficie d’un capital de sympathie immense. Son président, Paul Kagame, est un interlocuteur privilégié, perçu comme un garant de stabilité dans une région volatile. Sanctionner le Rwanda, c’est risquer de faire s’effondrer un partenariat stratégique et de perdre un allié précieux, bien qu’encombrant.

Malheureusement, une hiérarchie implicite des conflits existe. La vie d’un Ukrainien ne vaut-elle pas plus, médiatiquement et politiquement, que celle d’un Congolais ? L’agression en Europe, aux portes de l’OTAN, est perçue comme une menace directe pour l’ordre mondial. L’agression en Afrique est reléguée au rang de “crise humanitaire” lointaine, une tragédie dont on parle dans les rapports, mais pour laquelle on ne mobilise pas les mêmes arsenaux diplomatiques et financiers.

L’ONU, à travers sa mission MONUSCO, est empêtrée dans le conflit congolais depuis des décennies sans résultats décisifs. Les rapports des groupes d’experts qui incriminent le Rwanda sont systématiquement affaiblis, contestés ou ignorés par ceux qui ont des intérêts dans la région. L’impuissance des institutions multilatérales à appliquer leurs propres résolutions crée un vide où l’impunité prospère. Le refus de la FIFA, du CIO et des capitales occidentales de traiter le Rwanda avec la même fermeté que la Russie n’est pas une simple omission.

C’est un choix politique délibéré qui sape la crédibilité du droit international et envoie un message désastreux : certaines vies et certaines souverainetés comptent moins que d’autres. En maintenant Paul Kagame dans les starting-blocks internationaux, on légitime son jeu trouble. On lui offre une respectabilité qu’il utilise pour mieux déstabiliser son voisin. Cette impunité n’est pas seulement une injustice pour le peuple congolais, martyrisé dans l’indifférence ; elle est une bombe à retardement pour toute la région des Grands Lacs.

La cohérence n’est pas qu’une vertu morale en politique internationale ; c’est une condition de son efficacité. En créant deux catégories d’agresseurs, la communauté internationale ne punit pas seulement la Russie, elle se punit elle-même en révélant au grand jour son cynisme et son manque de principes. Jusqu’à quand continuera-t-elle à regarder le Congo saigner, tout en sifflant l’hymne à la souveraineté en Ukraine ? Le silence, aujourd’hui, est complice.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet

Actualité

Le député Jacques Djoli brandit Tocqueville : la souveraineté populaire foudroie l’imposture

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L’Honorable Jacques Djoli Eseng’Ekeli n’a pas seulement démenti une rumeur : il a donné une magistrale leçon de grandeur. Par un tweet lapidaire convoquant la science, le Rapporteur de l’Assemblée nationale a refusé de descendre dans l’arène fangeuse où certains voulaient l’attirer. Il a choisi la verticale. Face à la manœuvre odieuse qui lui prêtait des propos imaginaires, il ne s’est pas justifié.

Il a surplombé, avec l’autorité souveraine de celui qui manie le droit comme on manie le glaive. Un silence calculé, puis une annonce : l’heure de la vérité sonnera, et elle sera sans appel. Car la riposte, c’est à Tocqueville qu’il la confie, élevant soudain le débat à des hauteurs où la calomnie ne peut plus respirer. Aux “chercheurs du Buzz” qui alimentent l’infamie, il assène la pensée centrale de l’article 5 de la Constitution.

Celle qui brûle toutes les impostures : “Au-dessus de toutes les institutions et en dehors de toutes les formes réside un pouvoir souverain : celui du peuple, qui les détruit ou les modifie à son gré.” Ce n’est plus un tweet, c’est un manifeste. Le pouvoir créateur, le pouvoir constituant originaire, est par essence illimité, inconditionné, indomptable. Placé au-delà des pouvoirs institués (simples créatures ), il détient la faculté sublime de tout refonder.

La faculté de briser les cadres établis et de redessiner, dans sa majesté absolue, le pacte national tout entier. Voilà la souveraineté populaire dans sa vérité nue, que le Professeur Jacques Djoli brandit comme une torche dans la nuit des manigances. Ainsi, en deux phrases et une citation, l’honorable rapporteur vient d’offrir à la nation congolaise bien plus qu’un rétablissement des faits : il lui restitue la puissance de son propre destin.

Là où les manœuvriers espéraient l’enfermer dans une polémique stérile, il leur oppose le granit des principes, rappelant que le peuple est le seul maître, le seul architecte, le seul juge. Par cette riposte éclatante, où Tocqueville éclaire le chemin de la RD Congo, Jacques Djoli Eseng’Ekeli lave son honneur sans une once d’aigreur, et du même geste réarme la démocratie avec une force conceptuelle rare. La calomnie n’a pas été vaincue : elle a été dissoute, dans la lumière d’une vérité plus haute. Magistral.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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