Connect with us

Analyses et points de vue

La tragi-comédie des pantins : le RDF/M23 sème la gloire éphémère sur les ruines de la RD Congo

Published

on

L’histoire retiendra le nom de ceux qui, au lieu d’être des bâtisseurs, ont choisi d’être les fossoyeurs de leur propre terre. Ils se présentent comme des libérateurs, des révolutionnaires, des héros. Leurs communiqués sont parsemés de grands mots : “honneur”, “patrie”, “justice”. Pourtant, sur le terrain, leur héritage n’est fait que de cendres, de larmes et de trahison.

Le RDF/M23 et ses soutiens, qu’ils soient directs ou dissimulés, ne libèrent rien ni personne — si ce n’est peut-être les démons de la haine et de la destruction. Quelle étrange forme d’héroïsme que celle qui consiste à prendre les armes contre son propre peuple, à détruire des villages, à piller des ressources, à forcer des milliers de familles à l’exil. Porter la rébellion en costume de héros pour un cynisme qui se pare de grandeur ?

Quelle noblesse y a-t-il à servir une cause dont on n’est souvent que l’instrument, le pantin docile entre des mains étrangères ? Ces “combattants” qui se rêvent en libérateurs ne sont bien souvent que les acteurs d’un scénario écrit bien loin du Kivu et de la RD Congo, dans des capitales où l’on spécule sur le malheur congolais. L’histoire jugera — et elle sera sans pitié avec tous ces traîtres.

Pendant que des mères enterrent leurs enfants, que des champs sont réduits en poussière, que des vies sont brisées à jamais, d’autres paradent, fiers de leurs armes et de leurs uniformes. Ils se parent d’une gloire éphémère, construite sur le sang et les ruines. Mais cette gloire-là n’est qu’un leurre. Elle ne résistera pas au temps, ni au jugement implacable de l’histoire. L’histoire, justement, retiendra les noms.

Pas ceux qu’on crie dans les manifestations ou qu’on imprime sur des tracts, mais ceux des responsables de cette désolation. Elle se souviendra de ceux qui, alors qu’ils pouvaient œuvrer pour la paix, ont préféré le chaos. De ceux qui, alors qu’ils pouvaient construire, ont choisi de détruire. De ceux qui, au nom d’un idéal trompeur, ont vendu l’avenir de leur pays. La véritable héroïne est ailleurs.

Les vrais héros, eux, ne font pas la une des journaux. Ils sont dans les hôpitaux de fortune, dans les camps de déplacés, dans les salles de classe délabrées. Ils soignent, ils consolent, ils enseignent, ils reconstruisent. Eux ne paradent pas. Ils n’ont pas besoin de se déclarer “debout” — ils le sont, chaque jour, dans le silence et la dignité.

Le réveil sera douloureux. Aux pantins du M23 et à leurs commanditaires, une seule chose peut être promise : un réveil brutal. Car tôt ou tard, les masques tomberont. Les armes se tairont. Et il ne restera que le bilan accablant de leurs actes. Les ruines qu’ils ont créées deviendront leur seul monument — et le peuple, qu’ils prétendent libérer, leur premier et dernier juge.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Analyses et points de vue

Humaniser la rue : la dignité humaine au cœur de l’action sociale

Published

on

Dans les rues animées des grandes villes de la RDCongo, Kinshasa, Lubumbashi, Bukavu ou autres , certains visages passent inaperçus. On remarque la présence d’enfants dormant sous des kiosques, adolescents survivant de petits métiers, adultes errant entre marchés, carrefours ou autres places publiques.

Pour beaucoup, la rue n’est pas un choix, mais une nécessité. Pourtant, ces vies sont trop souvent perçues comme des images de désordre, de danger ou d’échec social. Face à cette réalité, une approche portée par des ONG locales et internationales propose un changement radical de regard: ” Humaniser la rue”

Edho Mukendi, Doctorant en travail social à Walden University, Minnesota (USA) a été abordé dans le cadre des études initiées par le CEPEF sous impulsion de Zagor MUKOKO – SANDA ,pour réfléchir ensemble sur le thème : « Comment Humaniser la rue”.

Le choix sur la personne de Edho MUKENDI n’est pas du au hasard. Il est le promoteur du travail social de rue moderne à Kinshasa. Effectivement, grâce à son esprit managérial, il a drainé plusieurs acteurs sociaux , experts en travail de rue venus de l’Occident , de l’Afrique de l’Ouest et de toute la RDC pour échanger sur les savoirs et pratiques professionnelles en matière de travail social de rue dans un séminaire en 2006.

Selon cet acteur social, membre actif du CEPEF et fondateur du CATSR, la rue est un espace de vie avant d’être un problème.

En République démocratique du Congo (RDC), les trajectoires vers la rue sont marquées par la pauvreté structurelle, les conflits armés, les déplacements forcés et l’éclatement des familles. Pour de nombreux enfants, les accusations de sorcellerie constituent également un facteur majeur de rupture. Une fois dans la rue, la survie devient quotidienne, mais exclusion sociale s’aggrave.

Pourtant, la rue n’est pas un vide social, estime Edho MUKENDI. Elle est un espace de relations, de règles informelles et de solidarités. « Fermer les yeux sur cette réalité, c’est souvent produire des réponses violentes », explique Rémy Mafu, le Coordonnateur du REEJER à Kinshasa devant les membres des communautés protectrices reunites pour la conference organisée par le CEPEF à l’occasion de la journée internationale de l’enfant de la rue.

Les rafles policières, placements forcés ou expulsions répétées brisent les liens, renforcent les traumatismes et éloignent durablement les personnes des services d’aide.

Aller vers, sans juger

C’est dans ce contexte que le travail social de rue joue un rôle central. Sa particularité  est d’ aller à la rencontre des personnes là où elles vivent, sans condition préalable, sans exigence immédiate de changement. La relation précède l’orientation, l’écoute précède l’action.

Humaniser la rue, c’est d’abord reconnaître la personne avant la situation. Apprendre un prénom, écouter une histoire, respecter un rythme, insiste Edho MUKENDI. Ces gestes simples deviennent des leviers puissants pour restaurer la confiance et l’estime de soi. Loin d’imposer une « sortie de rue » à tout prix, les intervenants accompagnent des parcours progressifs, choisis et sécurisés.

ENCADRER – Humaniser la rue, concrètement, c’est Reconnaître la dignité et l’identité des personnes en situation de rue, Intervenir sans coercition ni jugement, Agir dans l’espace public sans criminaliser la présence,Favoriser la participation et la parole des personnes concernées

Des droits humains au cœur de l’action

Pour Edho MUKENDI, humaniser la rue, ce n’est pas seulement faire preuve de compassion. C’est aussi adopter une approche fondée sur les droits humains. Les personnes en situation de rue sont des titulaires de droits : droit à la dignité, à la protection, à la participation et à la non-discrimination.

De nombreuses ONG en RDC défendent cette vision. Elles rappellent que vivre dans la rue ne devrait jamais justifier la violence ou l’exclusion. Au contraire, la reconnaissance des droits ouvre la voie à des politiques sociales plus justes et plus efficaces.

Des initiatives qui transforment les pratiques 

À Kinshasa ou ailleurs, des équipes mobiles, pédestres ou motorisées de travailleurs sociaux sillonnent les quartiers jour après jour. Leur mission: écouter, accompagner, faire la médiation en cas de conflits, référer lorsque les conditions sont réunies. La régularité de la présence et la cohérence des équipes font la différence.

À Kananga, Lubumbashi, Mbuji Mayi, Tshikapa, Kisangani ou à Bukavu (ou dans n’importe quelle ville du pays), des points d’écoute mobiles permettent aux enfants et adolescents de bénéficier d’un soutien psychosocial sans obligation de quitter immédiatement la rue. « La confiance ne se décrète pas, elle se construit », souligne l’Assistante sociale Karine BIABOLA.

Certaines initiatives vont encore plus loin en impliquant directement les personnes concernées. D’anciens enfants de la rue deviennent pairs éducateurs, médiateurs ou relais communautaires. Leur expérience devient une ressource, et leur rôle citoyen est reconnu.

Des défis persistants

Malgré ces avancées, humaniser la rue reste un combat quotidien. Les approches sécuritaires parfois agressives dominent encore trop souvent les politiques publiques. Les appuis financiers sont insuffisants, les équipes surchargées, et la reconnaissance institutionnelle fragile.

Surtout, cette démarche ne peut à elle seule résoudre les causes structurelles de l’exclusion. Sans politiques ambitieuses de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’éducation, à la protection de l’enfance et à l’emploi, les parcours de rue continueront de se reproduire.

Vers une vie plus humaine 

Humaniser la rue, c’est finalement réapprendre à voir celles et ceux que la société rend invisibles. En RDC, cette approche portée par des ONG, des travailleurs sociaux et des communautés locales ouvre une voie essentielle : celle d’une ville ou chaque personne, quelle que soit sa situation, est reconnue dans sa dignité et ses droits. Parce qu’une société se mesure aussi à la manière dont elle traite les plus vulnérables, humaniser la rue, c’est déjà transformer la société.

Franck AMBANGITO 

Continue Reading