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Miguel Masaisai : 2 700 km de souffle et de foi pour réconcilier le Congo avec la paix
C’est une image qu’on n’oublie pas. Celle d’un jeune homme, le visage buriné par le vent, franchissant à vélo les grilles de l’ambassade de la RDC à Lusaka. Pas comme un diplomate en mission. Pas comme un athlète en quête de gloire. Mais comme un porteur d’espoir. Miguel Masaisai. Originaire de Goma. Dans le cœur, sa ville. Dans les jambes, près de 2 700 km de courage pur.
Il est venu à la force du mollet, armé d’un vieux vélo rouillé, de sacoches élimées, et d’un maillot congolais floqué d’un cri : « Pedals for Peace ». Une odyssée improbable entamée à Goma pour atteindre Cape Town. Pas pour battre un record. Mais pour porter une idée simple et désarmante : la paix n’a pas besoin de fusils. Elle a besoin de volonté.
« Je roule avec un vélo comme seule arme et mon cœur comme boussole », confie-t-il d’une voix posée, sans trembler.
Jour 1 : Kigali. Puis Rusumo, Kahama, Tabora. Parfois 250 kilomètres en une journée. Pas de staff. Pas de moto suiveuse. Juste lui, seul avec sa détermination. Il dort dans des forêts, répare ses pneus dans des villages oubliés, mendie un peu d’eau dans les zones d’ombre. Il ne fait pas du vélo. Il écrit un manifeste.
Miguel n’est pas un cycliste, il est un conteur d’asphalte. Il parle du Congo à chaque coup de pédale. Il ponctue son récit de crevaisons, trace des virgules dans les montées et met des points d’exclamation à chaque accueil chaleureux. À Mbeya, devant une route jugée trop dangereuse, il rebrousse chemin. Un choix qui prouve que l’engagement n’est pas aveugle : il est lucide.
Quand il entre en Zambie, tout change. Des routes nettes, des conducteurs respectueux, et surtout, une humanité vibrante. Des enfants l’encouragent. Des routiers congolais le reconnaissent et le saluent. Miguel ne cherche pas l’exploit : il incarne un autre narratif du Congo. Celui d’un peuple qui rêve, qui persévère, qui veut tourner la page.
À Lusaka, tout s’aligne. Il y arrive après 20 jours de route et 2 000 kilomètres avalés. Il est accueilli par des jeunes cyclistes zambiens qui l’escortent comme un héros. Une procession à deux roues, comme un hymne improvisé. Et au bout de la route, un moment solennel : l’ambassadeur Serge Didier Bagapa l’attend. Il lui tend la main. Un diplomate et un rêveur, réunis par un même combat. « Ton courage inspire la jeunesse africaine », lui glisse le diplomate.
Ce jour-là, l’Afrique a écouté un cri venu de Goma. Un cri qui ne tonne pas dans le fracas des armes, mais qui murmure à l’oreille des consciences : « La paix est possible, si l’on pédale dans sa direction. » Et ce cri roule encore.
Claudine N. I. & Franck Tatu
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Tshisekedi face aux journalistes : un rendez-vous à haut risque sur tous les fronts
Le Palais de la Nation se prépare à vivre un grand oral sous tension. Ce 6 mai 2026, la conférence de presse présidentielle doit affronter simultanément la crise sécuritaire dans l’Est, la controverse autour d’un éventuel changement constitutionnel, et le dossier explosif des sanctions contre Joseph Kabila. Rater cette communication reviendrait à offrir un angle d’attaque à toutes les oppositions.

Sur le plateau, la sécurité sera le premier banc d’essai. Les journalistes veulent des réponses précises sur les moyens alloués aux FARDC et la sincérité des coopérations militaires étrangères. Sur l’épineuse question de la Constitution, toute ambiguïté nourrira le soupçon d’un passage en force. Le moindre faux pas pourrait relancer les manifestations hostiles interdites dans la capitale.
Le nom de Joseph Kabila flottera inévitablement sur la salle. Félix Tshisekedi devra expliquer comment gérer cet isolement sans paraître lancer une chasse aux sorcières des anciens dignitaires. Les observateurs jugeront sa capacité à poser en chef d’État rassembleur et maître de son temps, bien au-delà des règlements de comptes personnels. Une conférence à la vie, à la mort politique.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
