Connect with us

Santé

Zoom sur Bamande : entre reprise de la vie, champs sous menace et espoir retrouvé grâce aux soins gratuits

Le 14 avril 2026, à l’heure de midi, Bamande semble avoir retrouvé un visage plus serein. Les enfants sont de retour sur les bancs de l’école, les petits commerces ont repris leurs activités et les habitants circulent de nouveau dans cette localité de la chefferie des Walese Vonkutu. Après plusieurs années de violences et de déplacements, de nombreuses familles sont revenues reconstruire leur existence.

Mais derrière ce retour progressif à la normale, la réalité reste difficile

La majorité des habitants sont des retournés revenus entre 2023 et 2024. Ils tentent de repartir de zéro dans un contexte marqué par le manque de moyens de subsistance, un accès limité à l’eau potable, des difficultés pour se faire soigner et une insécurité qui continue de peser sur leur quotidien.

Le directeur d’une école de la place estime que la situation est plus calme qu’auparavant, tout en rappelant que les besoins restent importants, notamment en matière de sécurité, d’assistance aux retournés, d’accès à l’eau et de renforcement des effectifs militaires.

Pour de nombreuses familles, le principal défi demeure l’accès aux terres agricoles. Les champs, principale source de revenus, ne sont plus librement accessibles. Selon plusieurs habitants, des combattants des ADF imposeraient des taxes aux cultivateurs dans certaines zones avant de les laisser rejoindre leurs plantations.

Mère de huit enfants, Jeannette en fait l’expérience. Revenue à Bamande après avoir fui vers Mambasa, elle possède un champ à Karatuma, mais s’y rendre est devenu un parcours semé d’obstacles. Les taxes réclamées, qui débuteraient à partir de dix dollars, découragent de nombreux agriculteurs déjà fragilisés par des années de crise. Faute de pouvoir vivre de son champ, elle confectionne désormais des balais pour subvenir aux besoins de sa famille.

Cette précarité se reflète aussi dans les structures de santé

Au centre de santé de Bamande, la gratuité des soins a profondément changé la situation des habitants. Grâce à l’appui de Save the Children dans le cadre du projet Tumaini 2 (Espoir), les consultations sont désormais accessibles aux populations les plus vulnérables, qu’il s’agisse des habitants de la localité, des déplacés ou des retournés.

Selon les responsables sanitaires, cette prise en charge a entraîné une nette augmentation de la fréquentation du centre et contribué à réduire le recours à l’automédication. Les équipes assurent notamment les consultations générales, les soins d’observation, les consultations prénatales ainsi que la prise en charge nutritionnelle.

Le paludisme, les maladies diarrhéiques, la pneumonie et la malnutrition figurent parmi les principales pathologies traitées, particulièrement chez les enfants. Les conditions de vie précaires et les déplacements successifs continuent d’exposer de nombreuses familles à ces problèmes de santé.

Au-delà des soins médicaux, l’accompagnement comprend également un appui au fonctionnement du centre, des formations pour le personnel, des activités liées à la nutrition, à la protection ainsi qu’à l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Les malades nécessitant des soins spécialisés peuvent également être référés vers d’autres structures avec l’appui du projet.

À Bamande, cette assistance s’inscrit dans le cadre du projet Tumaini 2, mis en œuvre dans plusieurs zones de santé de l’Ituri, notamment Fataki, Lita, Komanda, Nizi, Tchomia et Mandima. Exécuté par le consortium Save the Children, Medair et International Medical Corps, le programme vise à réduire la morbidité et la mortalité des populations affectées par les crises en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu à travers des interventions intégrées dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’eau, de l’hygiène, de l’assainissement et de la protection.

À Bamande, les habitants reprennent peu à peu le cours de leur vie. Les écoles fonctionnent, les marchés se réorganisent et les centres de santé accueillent davantage de patients. Mais tant que les familles continueront à vivre avec la peur de rejoindre leurs champs et que l’insécurité limitera leurs moyens de subsistance, le retour restera fragile. L’appui humanitaire apporte un souffle d’espoir, mais la stabilité durable demeure l’attente la plus forte de cette population revenue chez elle avec l’espoir de reconstruire son avenir.

Verite Johnson/Congoprofond.net