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Visite du général Muhoozi à Kinshasa : Diplomatie militaire ou calcul stratégique ?
Le samedi 21 juin 2025, le Président Félix Tshisekedi a reçu à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, le général Muhoozi Kainerugaba, actuel Chef d’État-Major et Commandant en chef de l’armée ougandaise (UPDF). Officiellement, cette visite s’inscrivait dans le cadre d’une évaluation des opérations conjointes menées dans l’Est de la RDC entre les Forces armées congolaises (FARDC) et l’UPDF. Mais au-delà des civilités diplomatiques et de la rhétorique de coopération sécuritaire, cette rencontre soulève de nombreuses interrogations au sein de l’opinion congolaise.
Muhoozi, fils du président Yoweri Museveni et perçu comme son successeur désigné, incarne une figure controversée, dont les prises de position sur les réseaux sociaux, notamment au sujet du Rwanda ou de la RDC, ont souvent suscité inquiétude, voire indignation. Sa proximité avec le régime de Kigali et ses déclarations équivoques sur les questions régionales alimentent une certaine méfiance, y compris chez les acteurs politiques et les analystes de Kinshasa.
Une coopération sécuritaire sous tension
L’opération conjointe UPDF-FARDC, lancée en 2021 pour neutraliser les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), est officiellement saluée comme un effort de sécurisation de la région. Pourtant, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer le manque de transparence de cette coopération militaire, son efficacité limitée et les zones d’ombre quant aux véritables intentions de Kampala.
L’arrivée du général Muhoozi intervient dans un contexte délicat où la RDC est en quête de souveraineté sécuritaire face à la prolifération des groupes armés, certains bénéficiant de complicités transfrontalières. Si l’armée congolaise apparaît affaiblie, la tentation de recourir à des partenariats militaires avec des puissances voisines inquiète nombre de Congolais, échaudés par les expériences passées avec l’Ouganda et le Rwanda.
Un enjeu de pouvoir régional
La visite de Muhoozi à Kinshasa est aussi lue comme une manœuvre d’affirmation dans la géopolitique des Grands Lacs. En tant que figure montante du pouvoir ougandais, il cherche à renforcer son image d’homme d’État capable de nouer des alliances militaires et stratégiques au-delà des frontières nationales. Cette ambition régionale peut entrer en collision avec les intérêts de la RDC, qui peine encore à imposer ses priorités sécuritaires sur son propre sol.
Méfiance et prudence à Kinshasa
Si le Président Tshisekedi a choisi d’accueillir son hôte avec les formes d’usage, la défiance reste palpable. Une partie de la population et de la classe politique redoute que cette coopération militaire n’ouvre la voie à de nouvelles intrusions, voire à des velléités d’influence déguisées sur le territoire congolais. L’histoire récente entre Kinshasa et Kampala est marquée par des conflits, des occupations et des accusations de pillage de ressources. Les blessures de cette période restent vives.
Dans ce contexte, la venue du général Muhoozi ne saurait être considérée comme un simple exercice de courtoisie. Elle s’inscrit dans un rapport de force régional où chaque geste, chaque visite, chaque mot compte. À Kinshasa, le mot d’ordre reste : coopération, peut-être, mais vigilance, assurément.
Tchèques Bukasa & Félix Mulumba/CONGOPROFOND.NET