Société
Vendeur de dindons et berger à l’église : un jeune Kinois raconte sa double vie
À Bandalungwa, entre les klaxons des taxis et les cris des vendeurs ambulants, une odeur familière flotte dans l’air : celle du dindon fumé, croustillant, relevé et savoureux. Derrière ce mets adoré des Kinois, se cache l’histoire d’un jeune homme discret, devenu entrepreneur par nécessité, puis par passion. Il a accepté de livrer son témoignage à CongoProfond.net, sous couvert d’anonymat.
« Quand j’ai eu mon diplôme d’État en construction, je me suis dit que j’étais un homme. Je voulais quitter la maison familiale. J’avais 500 dollars dans la poche, et l’envie de réussir. »
Avec cet argent, il quitte Kinshasa pour le village du Bas-Congo. Là-bas, il achète deux hectares de terrain à 200 dollars, utilise le reste pour produire du charbon, et revient vendre son produit dans la capitale. La première vente est un succès. Les bénéfices sont bons, mais la jeunesse a ses folies.
« J’étais jeune, j’ai mal géré l’argent. Et puis, ce métier, c’est dur physiquement. J’ai commencé à tomber malade. J’ai dû arrêter. »
Le jeune homme se recycle comme gestionnaire de chantiers pour un oncle installé en Europe. Il gère les maisons, supervise les travaux. Mais les tensions familiales montent.
« Certains membres de la famille disaient que je volais l’oncle. Ils l’ont monté contre moi. Un jour, il m’a coupé les vivres. Je n’avais plus rien, juste 200 dollars. »
Naissance d’un dindonier
C’est alors qu’un souvenir refait surface. Il se rappelle d’un ami, parti en Angola, avec qui il avait assisté dans les stands de dindons.
« Pendant un mois, je l’avais aidé à fumer les viandes. J’ai observé, j’ai appris. Et là, j’ai su que c’était ma porte de sortie. »
En 2020, il se lance. Un petit stand. Quelques épices achetées au marché Gambela, dans le coin surnommé “Ya batu ya dindon”. Il fait l’assaisonnement à 18h, commence à fumer dès 7h du matin. Le goût devient sa signature.
« Le secret, c’est le bon dosage. Il faut que le sel entre en profondeur. Et la présentation aussi : un peu de piment, d’oignon, que ça donne envie. »
Aujourd’hui, il gère trois stands de dindons, répartis entre Bandal, Kintambo et ma campagne (Ngaliema). Chacun est animé par deux jeunes qu’il appelle « ses guerriers ».
« Ce sont des gars sans boulot, mais courageux. Je ne veux pas qu’ils deviennent des kuluna. Alors je les encadre. »
« Le business est rentable. Un carton acheté à 102.000 FC rapporte environ 160.000 FC».
« Pour mes collaborateurs, Chaque vendeur doit reverser 50.000 FC par jour. Le reste, c’est leur bénéfice. Il peut vendre 7Kg, et sortir 100.000 Fc par jour. Pour moi, c’est seulement 50.000Fc ».
Demain, un Take-away
« Je veux arrêter les stands de dindons cette année. Me marier. Et ouvrir un Take-away que je vais gérer seul. »
Lui qui n’avait que des souvenirs de charbon dans la tête, se projette aujourd’hui dans la restauration moderne. Mais il reste fidèle à ses racines, et fier de son parcours.
« Le dindon m’a donné une deuxième vie. Je veux que mes gars continuent, même si moi je change de route. »
Aujourd’hui, il ne travaille jamais le dimanche. « C’est le jour du Seigneur », affirme-t-il avec calme, avant d’ajouter qu’il consacre ce jour à prêcher à l’église où il est berger, à Ndjili. Une double casquette qu’il porte avec fierté, entre le fumoir de Bandal et la chaire de Ndjili.
Pour lui, vendre des dindons n’a jamais été une honte. Au contraire, c’est un travail noble, honnête, et surtout, un tremplin. « C’est par là que Dieu m’a ouvert une porte », dit-il. Désormais, son regard est tourné vers l’avenir : il rêve d’ouvrir un take-away moderne et se prépare à fonder un foyer.
Un goût de résilience
Dans un Kinshasa où les jeunes peinent à trouver leur place, l’histoire de ce vendeur de dindons montre qu’il est possible de construire un avenir avec peu, mais avec passion et rigueur.
Dorcas Mwavita/CongoProfond.net
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Jeux d’argent en RDC : Le ministère des Finances lance la grande réforme de la régulation du secteur
Le gouvernement congolais franchit une étape décisive dans la modernisation du secteur des jeux d’argent. Sous l’impulsion du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, la Cellule de surveillance des jeux d’argent a engagé un vaste processus de réforme destiné à assainir et structurer un secteur en pleine expansion.
C’est dans cette dynamique que le coordonnateur de la Cellule de surveillance des jeux d’argent, Dieudonné Ntumba, a présidé une importante réunion avec les opérateurs du secteur au Centre financier de Kinshasa. Cette rencontre marque le lancement d’une série d’activités visant à mettre en place un cadre moderne de régulation, conforme aux standards internationaux.

Un partenariat entre l’État et les opérateurs
Dans son allocution, Dieudonné Ntumba a insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite entre les pouvoirs publics et les opérateurs privés afin de garantir une concurrence loyale et de prévenir les dérives liées à la criminalité financière.
« Le rôle de l’État n’est pas d’empêcher les activités économiques, mais de les encadrer », a-t-il déclaré, rappelant que cette démarche s’inscrit dans la vision du gouvernement de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka visant à moderniser l’économie nationale tout en protégeant les populations vulnérables.
Une plateforme numérique pour contrôler les flux financiers
Parmi les mesures phares annoncées figure la mise en place d’une plateforme centralisée de régulation. Cet outil permettra aux autorités de suivre en temps réel les transactions et les mouvements financiers générés par les opérateurs de jeux.
L’objectif est double : renforcer la transparence du secteur et optimiser la mobilisation des recettes publiques. Les opérateurs ont ainsi été invités à intégrer leurs systèmes à cette nouvelle infrastructure technologique.
Vers un nouveau cadre légal
La réforme s’accompagne également d’une évolution du cadre juridique. Un projet de loi sur la régulation des jeux d’argent est actuellement examiné au Parlement. Ce texte ambitionne de remplacer les dispositions héritées de l’époque coloniale par une législation moderne adaptée aux réalités actuelles du marché.
En attendant son adoption, la Cellule de surveillance poursuit la mise en œuvre des mécanismes de contrôle et d’encadrement destinés à préparer le secteur à cette transition.
Un soutien des acteurs du secteur
Les opérateurs présents à la réunion ont salué l’initiative du ministère des Finances. Responsable commercial et marketing de PixLab RDC, l’un des participants a estimé qu’un environnement mieux réglementé permettra aux entreprises d’exercer leurs activités dans un climat plus sécurisé et plus prévisible.
À l’issue des échanges, Dieudonné Ntumba a réaffirmé la volonté du ministère des Finances de maintenir un dialogue permanent avec les opérateurs afin d’assurer une mise en œuvre harmonieuse de cette réforme stratégique pour l’économie nationale.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
