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Analyses et points de vue

Tribune: La RDC devrait-elle encore rester dans la Francophonie ? ( Par François Anga Kupa)

Francophonie : les origines historiques

La langue française s’est propagée à travers le monde principalement par le biais de la colonisation française et belge au début du 16e siècle. Mais le concept moderne de « Francophonie » est beaucoup plus récent.

Le terme « FRANCOPHONIE » a été inventé en 1880 par le géographe français Onésime Reclus, qui l’utilisait pour désigner l’ensemble des personnes et des pays qui parlent le français. C’est après les indépendances des années 1960 que le terme Francophonie prend véritablement forme en tant qu’organisation. Plusieurs leaders africains, comme Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Habib Bourguiba (Tunisie) et Hamani Diori (Niger), ont joué un rôle crucial dans sa création, car ils voyaient dans la langue française un outil de développement et de coopération internationale. Ainsi fut créée en 1970 l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), première organisation intergouvernementale francophone. En 1986 eut lieu le tout premier Sommet de la Francophonie à Versailles, qui a marqué le début des rencontres régulières des chefs d’État et de gouvernement des pays francophones. En 1997, Léopold Sédar Senghor fut nommé comme premier Secrétaire général de la Francophonie pour renforcer la dimension politique de l’organisation. En 2005, l’ACCT devient l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Aujourd’hui, la Francophonie compte 88 États et gouvernements (54 membres et 27 observateurs). Elle représente plus de 300 millions de locuteurs de français dans le monde et œuvre dans divers domaines comme la culture, l’éducation, l’économie, le développement durable et la démocratie.

Les missions actuelles de l’OIF sont : la promotion de la langue française et de la diversité culturelle, le soutien à l’éducation et à la formation, la promotion de la paix, de la démocratie et des droits humains, le développement de la coopération économique, le soutien au développement durable. Par contre, l’OIF a comme défis : la concurrence de l’anglais comme langue internationale, le maintien de la pertinence du français dans un monde globalisé, l’adaptation aux nouvelles technologies, le développement économique des pays membres, la promotion de la diversité culturelle.

La Francophonie continue d’évoluer et de s’adapter aux enjeux du 21e siècle, tout en maintenant son rôle de pont entre les cultures et les peuples qui partagent le français comme langue commune.

La Francophonie est l’ensemble des pays et régions qui utilisent le français comme langue officielle, administrative ou d’usage courant. En Afrique, elle représente un héritage important de la période coloniale française et belge.

L’Afrique et la francophonie

Les principaux pays africains de la francophonie selon les régions :

En Afrique de l’Ouest, nous avons le Sénégal, où le français, comme langue officielle, coexiste avec le wolof ; la Côte d’Ivoire, important pays francophone avec Abidjan comme centre culturel ; le Mali ; le Burkina Faso ; le Niger ; le Bénin et le Togo.

En Afrique centrale, nous avons le Cameroun, pays à la fois francophone et anglophone ; le Congo-Brazzaville et la République Démocratique du Congo ; le Gabon ; le Tchad ; le Burundi et le Rwanda, où le français partage le statut officiel avec d’autres langues.

La Francophonie en Afrique représente aujourd’hui un espace d’échanges culturels, économiques et diplomatiques important. L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) joue un rôle clé dans la promotion de la langue française et la coopération entre ces pays. De ce fait, le français coexiste souvent avec les langues locales. On constate que des variantes locales du français se sont développées un peu partout dans les pays. Le cas du frangala, qui consiste à mixer dans son langage le lingala et le français, en est un exemple éloquent. En Afrique francophone, l’enseignement se fait généralement en français et les médias utilisent largement la langue française.

L’inertie de la francophonie face aux réalités conflictuelles subsahariennes

C’est une excellente question, et elle met le doigt sur les contradictions internes et les limites structurelles de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

La Francophonie, bien que porteuse d’un idéal de solidarité entre pays ayant en commun la langue française, peine à s’imposer comme un acteur crédible face aux conflits subsahariens. Entre inertie politique, manque de moyens et contradictions internes, elle reste largement spectatrice. Mais son potentiel de mobilisation culturelle et diplomatique pourrait, à condition de se réinventer, en faire un levier utile pour la stabilité et le développement en Afrique.

Plusieurs pays africains ont récemment quitté l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), reflet des tensions politiques et d’une volonté de réaffirmer leur souveraineté. En mars 2025, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont annoncé leur retrait de l’OIF. Ces décisions font suite à des suspensions précédentes de ces pays en raison de coups d’État militaires qui y sont advenus. Les gouvernements de ces nations ont exprimé des préoccupations concernant ce qu’ils perçoivent comme une application sélective des sanctions par l’OIF à leur égard, et un manque de respect pour leur souveraineté nationale.

Ces départs s’inscrivent dans un contexte plus large de réévaluation des relations avec la France et des institutions francophones. Par exemple, le Burkina Faso a révisé sa constitution en décembre 2023, élevant les langues nationales au statut de langues officielles et reléguant le français au rang de « langue de travail ». De même, le Mali a rétrogradé le français en « langue de travail » en juillet 2024. Ces changements symboliques illustrent une volonté de se distancer de l’influence historique de la France dans la région.

Par ailleurs, un pays comme l’Algérie a des relations complexes avec la Francophonie. Bien que l’Algérie compte un nombre important de locuteurs francophones, elle a choisi de ne pas adhérer à l’OIF, estimant que cette organisation pourrait être perçue comme un prolongement de l’influence coloniale française. Avec 132 ans de colonisation française (1830-1962), l’Algérie a été administrée comme un département français, pas simplement comme une colonie. La guerre d’indépendance (1954-1962) a laissé des séquelles profondes dans la mémoire collective algérienne. En Algérie, le français est perçu à la fois comme un outil culturel puissant… et comme un héritage colonial à dépasser. Cela explique une méfiance persistante vis-à-vis de toute organisation perçue comme liée à l’influence française, à l’instar de l’OIF. L’Algérie n’a jamais rejoint officiellement l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Elle a toujours préféré garder ses distances, pour ne pas donner l’image d’un pays sous influence française. Pourtant, l’Algérie est le deuxième pays francophone au monde en nombre de locuteurs, après la RDC. Environ 35 % à 50 % des Algériens parlent français, surtout en milieu urbain. Le français est partout dans les médias, l’enseignement supérieur, les sciences, l’administration. Mais il cohabite avec l’arabe (officiel), le tamazight (langue nationale), et il y a un processus de « réarabisation » engagé depuis les années 1960. L’Algérie est un pays francophone sans être francophile, et refuse d’inscrire cette francophonie dans un cadre institutionnel.

Cela peut évoluer. Il y a eu des discussions par le passé sur une possible adhésion de l’Algérie à l’OIF en tant que membre observateur, mais cela n’a jamais abouti. Les tensions diplomatiques avec la France, les positions de politique étrangère indépendantes, et la sensibilité historique freinent tout rapprochement. Si un jour l’OIF parvient à se défaire de l’image d’outil d’influence française et se présente véritablement comme un espace multilatéral équilibré, alors peut-être que l’Algérie pourrait reconsidérer sa position. Mais pour l’instant, l’Algérie reste hors de la Francophonie institutionnelle, même si elle en incarne une forme vivante et paradoxale.

Conclusion

La Francophonie n’est pas qu’une question de langue, c’est aussi une question de pouvoir, d’histoire, d’identité. Si elle veut survivre et rayonner dans le monde multipolaire du 21e siècle, elle devra sortir de son tropisme occidental, investir dans des projets concrets, respecter la souveraineté des États membres, et surtout, écouter davantage les peuples qui la composent. Elle ne pourra convaincre l’Afrique de rester dans le giron francophone que si elle devient un véritable levier d’émancipation, et non une simple extension d’un passé colonial révolu. La langue française n’a pas dit son dernier mot, mais pour continuer d’être parlée, elle doit aussi savoir écouter.