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« Schillingisation » de l’économie dans les provinces du Haut-Uélé et de l’Ituri : Problème de souveraineté nationale ?
Introduction
Parmi les moyens d’expression de souveraineté d’un Etat figure celle de battre sa monnaie. Et, dans le cas de la RD Congo, le Franc congolais est un des moyens d’exercice de la souveraineté de l’Etat. Celle-ci s’exerce sur un territoire donné et sur une population spécifique. C’est ainsi que la monnaie congolaise est un symbole de la RD Congo comme Etat. Mais dans la pratique, et sur terrain, peut-on en dire ainsi ?

Il n’est pas étonnant, dans les rues de Kinshasa et de certaines grandes villes de la RD Congo (Goma, Lubumbashi…) de se voir fixer les prix en « dollars », et cela spontanément et avec un naturel qui ne choque plus personne, tellement que la pratique semble inscrite dans les mœurs. Vous vous intéressez à un immeuble, eh bien le loyer et la garantie locative sont fixés en dollar. C’est normal et accepté ! En effet, la « dollarisation » de l’économie ne parait plus étrange aux populations congolaises qui s’y sont conformées.
Rendez-vous dans les villes limitrophes de la République Centrafricaine et de la République du Congo, principalement dans les provinces du Nord et du Sud-Ubangi, les riverains ont tendance à fixer les prix en Franc CFA (FCFA de la CEMAC2), monnaie de ces deux pays. Les prix des denrées alimentaires, des produits manufacturés, les services, etc. sont libellés dans cette monnaie « étrangère ». Etonnement, ce même reflexe ne se retrouve pas dans ces pays voisins ! Ça donne à penser…
Le même phénomène se constate dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. A Goma (capitale de la Province congolaise du Nord Kivu !) et dans le Masisi, le Franc rwandais se comporte bien ; pareil dans le Sud-Kivu où le Franc burundais se sent chez lui ! L’inverse ne se constate pas dans les pays frontaliers, qu’est-ce à dire ?

Les voisins seraient-ils plus soucieux et préoccupés par leur « souveraineté économique et monétaire » que nous ? Qu’est-ce qui se passe dans la tête des Congolais qui sont plus ouverts à « l’exotisme monétaire » qu’à leur propre monnaie, symbole de leur souveraineté ? A qui incombe la responsabilité ? Quelles sont les voies de solution à envisager pour sortir de ce désamour (typiquement congolais) de ses symboles ?
1. Monnaie symbole de souveraineté et moyen d’échange
La monnaie fiduciaire regroupe ce qu’on appelle dans le langage courant « l’argent liquide », notamment les pièces et les billets de banque. Cet outil a connu plusieurs étapes dans son élaboration en tant que système monétaire dans sa configuration actuelle.
Avant, dans les sociétés primitives et antiques (parfois pas loin de ce siècle) on pratiquait le troc qui a été suivi de choix d’un étalon de valeur qui représentait des formes plus diverses pour faire le commerce. Nous distinguons trois formes de monnaie actuellement, il s’agit des monnaies : métallique (pièces), papier (billets), scripturale (écriture ou avoirs bancaires). Et la quatrième qui sous-tend vers une dématérialisation de ces trois premières formes qui est le télépaiement. Sans compte ce qu’il convient d’appeler « bit coin », bref le block Chain. La monnaie est un facteur essentiellement économique qui permet à une région ou un pays de conclure des marchés et des services. C’est une unité de mesure très importante qui permet d’importer ou d’exporter des biens et des services d’un pays à un autre.

Elle permet au monde de calculer l’indice de pauvreté ou de prospérité d’un pays ou d’une région donnée. Mais quand on regarde la situation sur terrain, on est à bon droit de se poser la question de savoir si on peut en dire de même de la monnaie congolaise, qui semble faire objet d’un désamour de ses usagers naturels et privilégiés ?
2. La situation du Franc congolais dans les provinces du Haut-Uele et de l’Ituri
Cette réflexion part d’un constat et d’une observation (choquante) que nous avons faite lors d’un voyage. En 2018, en provenance de l’Europe, nous nous rendîmes dans le Haut-Uele via l’Uganda. De Kampala à Arua, nous embarquâmes à bord d’un bus ougandais. Nous franchîmes le port frontalier et gagnâmes Aru, une ville congolaise de la province d’Ituri. De là, nous empruntâmes un autre autocar jusqu’à la cité minière de Durba, dans le territoire de Watsa.
C’est sur ce parcours que le triste constat fut fait : d’Aru (Ituri) à Bo (Haut-Uélé), à chaque arrêt, et lorsque nous manifestâmes un quelconque intérêt pour un article ou un produit issus des champs des différents villages que nous traversâmes, les prix de ces produits furent « spontanément » libellés en « schilling » ougandais. La scène s’est tellement répété que nous fûmes étonnés et en fîmes part aux autres voyageurs qui étaient étonnés de notre étonnement. Leur étonnement nous décontenança davantage, car nous fûmes étonnés du fait qu’ils furent étonnés de nous voir nous étonner. Pire encore, quand nous leur posâmes la question de connaitre l’équivalent de ces prix en Franc congolais, ils semblaient ne pas s’y intéresser. C’est au-delà de Bo que le FC repris du service et retrouva tant soit peu ses droits sur un territoire qui est le sien.

Quelques années plus tard, nous constatons avec amertume que le phénomène se porte bien, nous citons la ‘schillingisation’ de notre économie. L’économie de cette partie du pays s’adosse à cette « monnaie étrangère », plus faible que le Franc congolais !!! Et cela semble n’émouvoir personne, sauf quelques doux rêveurs comme nous. Si bien que sur le marché d’Ariwara, par exemple, présenter les billets de Franc congolais tient lieu d’offense au processus d’échange commercial et vous fait passer pour un « allien » ou un extra-terrestre. Le schilling ugandais semble se trouver « chez soi » sur le territoire congolais, autant que sur le territoire ougandais : il est transfrontalier tout en n’étant pas une monnaie de commerce régional. A quoi est dû ce phénomène qui lui donne cette puissance et ce poids économique qu’il est loin de mériter ? Pourquoi cette perméabilité des Congolais vis-à-vis des monnaies étrangères, alors que le même traitement n’est pas réservé à leur monnaie nationale chez les voisins ?
Est-ce que l’Uganda produirait plus que la RD Congo ? A y voir de plus près, on répondrait à cette question par la négative.
La même question mérite d’être posée quant à la relation des Congolais avec le FCFA. Les Républiques du Congo et Centrafricaine seraient-elles économiquement plus prospères que la RD Congo ? La réponse devrait aussi être : non !!! Serait-ce le goût sans limites des Congolais pour l’exotisme monétaire ou la recherche effrénée des devises étrangères ? Le Schilling, une monnaie ayant un poids économique plus faible que le Franc congolais, serait-il considéré comme une devise ? La réponse est sans ambages : NON ! Mais qu’est-ce qui serait à la base de cet engouement en faveur de cette faible monnaie ?
Qu’en pensent les autorités du pays et, notamment, celles des régions particulièrement concernées et touchées par ce problème ? Se rend-on bien compte des implications de cet « incivisme » qui grève lentement mais surement notre souveraineté devant nos voisins ? Les conséquences de cette propension à faire un usage immodéré de la monnaie des voisins sont incalculables et touchent à bien de domaines : politique, culturel, économique, bref à notre dignité nationale et au respect de notre pays et de nous tous en tant que Peuple. Les velléités expansionnistes manifestées par-ci par-là par nos voisins d’annexer des franges de notre territoire ne seraient-elles pas l’expression de ce non-respect de notre pays imputable à cette faiblesse que nous affichons aux yeux du monde en général, et de nos voisins, en particulier ?

La logique présidant à ces velléités serait simple : un moyen d’expression de leur souveraineté (la monnaie) serait déjà prisée, reconnue et acceptée sur le territoire congolais, et donc, le reste pourrait suivre aisément, eu égard à la prédisposition psychologique des Congolais à les accepter, eux, comme conquérants. Si on ne change pas de fusil d’épaule, la paix dans notre pays (la paix économique et ses implications) n’est pas pour demain.
3. Quelques pistes de sortie de cet engrenage monétaire
Dans un premier temps, éduquer civiquement les compatriotes dans leur ensemble (face à l’idolâtrie du dollar, ou ‘dollar latrie’) et rappeler que le dollar (US, CA…) appartient à des peuples qui l’ont choisi comme monnaie, leur histoire y est intimement liée ; tout comme l’Euro qui est lié à l’histoire des Européens (pas tous, d’ailleurs). Cette éducation citoyenne et civique doit concerner en particulier nos compatriotes « shillingisés » et qui contribuent, sans le savoir peut-être, à l’érosion de notre souveraineté et de notre histoire identitaire.
Ensuite, dans ce contexte de mondialisation, l’affirmation de son identité est la condition d’exister en tant que peuple situé dans le temps et l’espace. L’éclosion de la prétendue « culture mondiale » ne peut et ne doit pas dirimer les différences et les singularités qui l’enrichissent comme des rivières enrichissant un fleuve.
Enfin, les autorités tant nationales que locales doivent frapper d’interdiction tout usage public et abusif des monnaies étrangères, en l’occurrence le shilling ugandais, le Franc CFA, le Franc rwandais, le Franc burundais, etc. sur le territoire national. Les échanges doivent être dévolus aux services attitrés, dont les banques et bureaux de change agréés. L’absence de réciprocité dans la considération de nos symboles monétaires respectifs, fragilise en l’occurrence le Franc congolais. Pire, dans le contexte d’intégration régionale, la RD Congo semble sortir le plus grand perdant de ces processus.
Quel pays voulons-nous ? Quel Peuple voulons-nous être ? Quel est l’avenir que nous voulons pour notre pays et son Peuple ? A chaque compatriote d’y répondre et s’engager en conséquence.
Félix MBANDOMA MBEWE/Uniuélé, Isiro
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Produits pétroliers : 43,7 millions USD de pertes certifiées, Daniel Mukoko Samba salué pour la stabilité du secteur énergétique
Alors que le marché pétrolier international continue de subir les contrecoups des tensions géopolitiques mondiales, la RD Congo poursuit ses efforts pour garantir l’approvisionnement régulier du pays en carburants. C’est dans ce contexte que le Comité de Suivi des Prix des Produits Pétroliers (CSPPP) a certifié un montant global de 43,7 millions de dollars américains au titre des pertes et manques à gagner (PMAG) enregistrés par les sociétés pétrolières au cours du premier trimestre 2026.

Une facture lourde pour les opérateurs pétroliers
Réunis les 28 et 29 mai derniers à Kinshasa, les membres du CSPPP ont examiné la situation des entreprises pétrolières opérant dans les 4 principales zones de consommation du pays : Ouest, Sud, Est et Nord.
À l’issue des travaux, les pertes certifiées se répartissent comme suit :
– Zone Ouest : 35,4 millions USD ;
– Zone Sud : 3,95 millions USD ;
– Zone Est : 3,64 millions USD ;
– Zone Nord : 727.491 USD.
Selon les experts du secteur, ces contre-performances sont principalement liées aux turbulences observées sur les marchés internationaux des hydrocarbures à la suite des tensions entre l’Iran, Israël et les États-Unis, qui ont affecté les coûts d’approvisionnement.
Le Gouvernement mobilisé pour éviter une crise d’approvisionnement

Face à cette situation, le Gouvernement congolais a opté pour une approche visant à préserver la continuité de l’approvisionnement du pays en produits pétroliers. Les discussions ont notamment porté sur les mécanismes permettant d’accorder des avances sur les pertes et manques à gagner, grâce aux recettes issues des stocks de sécurité. Cette mesure vise à maintenir la fluidité de la chaîne d’approvisionnement et à éviter toute rupture susceptible d’impacter les consommateurs.
Au cœur de cette dynamique figure le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba.
Selon le Coordonnateur du Comité de Régulation des Prix (CRP), le ministre a renforcé les équipes chargées du suivi de la collecte des ressources parafiscales destinées au financement des remboursements des pertes et manques à gagner des sociétés pétrolières. Cette décision a permis d’améliorer la mobilisation des ressources nécessaires au fonctionnement du mécanisme de stabilisation des prix.
Depuis son arrivée à la tête du ministère de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba s’est illustré par plusieurs initiatives visant à renforcer la régulation des marchés, lutter contre les spéculations sur les prix des produits de première nécessité et améliorer le suivi des mécanismes de fixation des prix stratégiques. Son action s’inscrit dans la volonté du Gouvernement de préserver le pouvoir d’achat des ménages tout en garantissant la viabilité économique des opérateurs.
Le secteur privé satisfait

Les représentants des sociétés pétrolières et du secteur privé ont salué la qualité du travail réalisé durant le processus de certification. Le président de la Commission nationale des hydrocarbures de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), Ali Mamina, a notamment mis en avant l’esprit de concertation qui a prévalu tout au long des échanges.
Cette reconnaissance traduit la confiance croissante entre les autorités publiques et les opérateurs économiques dans la gestion d’un secteur particulièrement sensible pour l’économie nationale.
Un enjeu stratégique pour l’économie congolaise

Dans un pays où le transport, l’industrie et une grande partie des activités économiques dépendent des produits pétroliers, la maîtrise des fluctuations du marché demeure un défi majeur. La certification régulière des pertes et manques à gagner, associée aux efforts de mobilisation financière entrepris par le Gouvernement, constitue un levier important pour préserver la stabilité du secteur et protéger les consommateurs contre les effets des crises internationales.
À travers ces mesures, l’exécutif entend maintenir l’équilibre entre les impératifs économiques des opérateurs et la nécessité de garantir aux Congolais un accès continu aux produits énergétiques indispensables à la vie quotidienne.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
