Analyses et points de vue
Savoir qui l’on est : Une boussole politique et existentielle
Dans l’arène tumultueuse de la politique, où chaque jour se présente comme une bataille d’idées et de convictions, savoir qui l’on est et ce que l’on veut devient une nécessité impérieuse. Pourtant, cette quête identitaire va au-delà de la simple affirmation de soi; elle exige une clarté sur ce que l’on n’est pas, sur ce que l’on refuse de devenir.
Car c’est dans cette négative, dans ce refus catégorique, que se forge la véritable étoffe des leaders authentiques. La politique, miroir déformant de notre société, est souvent le théâtre d’alliances éphémères et de masques érodés par le temps. Dans ce jeu de rôles incessant, nombreux sont ceux qui perdent de vue leur essence, sacrifiant leur intégrité sur l’autel du pouvoir temporaire.
Mais, comme l’enseignaient déjà les philosophes stoïciens, la véritable sagesse réside dans la connaissance de soi. Se connaître, c’est tracer une ligne claire entre l’authentique et le factice, entre la conviction profonde et l’opportunisme passager. Refuser de devenir ce que l’on méprise est un acte de courage. C’est une rébellion silencieuse contre les compromis qui érodent l’âme.
C’est une résistance contre les forces qui nous poussent à trahir nos idéaux pour des gains immédiats. La vraie grandeur politique ne réside pas dans les titres ou les succès éphémères, mais dans la capacité de rester fidèle à soi-même, de se dresser contre les vents contraires avec une détermination inébranlable. Nous ne vivons réellement que pour quelques instants.
Ces moments intenses et privilégiés où l’on se voit clairement dans le miroir de nos actions et de nos choix. Le reste du temps, nous attendons ces éclairs de lucidité, ces rencontres avec notre moi profond, ces instants où l’alignement parfait entre nos aspirations et nos actions nous fait entrevoir l’éternité dans le fugace. La politique, dans sa grandeur et sa décadence, n’est rien d’autre que la scène de notre quête perpétuelle de ces moments de vérité.
Ainsi, dans un monde où les lignes de démarcation se brouillent et où les valeurs sont souvent marchandisées, sachons être iconoclastes. Déchirons les voiles de l’illusion, brisons les idoles de l’ego, et marchons résolument vers ce que nous sommes vraiment. Car c’est en sachant ce que nous ne voulons pas être que nous découvrons ce que nous sommes véritablement destinés à devenir.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )
Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.
Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.
La perfusion : le grand retour de l’État-providence
Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.
L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.
L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.
Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen
C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.
Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.
Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.
Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.
Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité
Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.
Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.
Aldo Kamwanga/Expert et Consultant
