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Analyses et points de vue

Rwanda, le grand gagnant : Kagame « congolise » l’agression et réactive son joker pour légitimer l’occupation

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Alors que la RD Congo sombre dans une crise sans fin, le Rwanda de Paul Kagame apparaît comme le grand bénéficiaire d’un chaos savamment orchestré. La réintroduction de Joseph Kabila dans l’équation géopolitique n’est pas un hasard : elle permet à Kigali de crédibiliser son récit d’une instabilité congolaise endémique, tout en justifiant ses interventions militaires et économiques sous couvert de « sécurité régionale ».

Pendant ce temps, les Congolais, divisés par des indignations sélectives, n’ont pas saisi que l’échec de la carte Corneille Nangaa Yobeluo a conduit Paul Kagame à ressortir son joker ultime – Joseph Kabila – pour verrouiller son emprise sur l’Est du Congo. C’est Paul Kagame dont on ne parle pratiquement plus depuis deux mois qui est est le véritable maître du jeu de l’AFDL au RDF/M23 dans une stratégie immuable.

L’histoire se répète, mais les Congolais semblent incapables d’en tirer les leçons. Dans les années 1990, le Rwanda a utilisé l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila pour renverser le Président Mobutu, introduisant ainsi ses propres hommes dans les institutions congolaises. Aujourd’hui, Kagame réactive le même schéma pour renouveler son personnel.

1996-1997 : L’AFDL prend le pouvoir. Les officiers rwandais (comme James Kabarebe) occupent des postes clés dans l’armée congolaise. 2012-2024 : Le RDF/M23, créé par d’anciens éléments du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) avec Laurent Nkundabatware, reprend le flambeau, avec le soutien avéré de Kigali. La différence ? Cette fois, Paul Kagame a un atout supplémentaire.

Joseph Kabila, l’homme qu’il a lui-même installé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de LD Kabila. En le réintroduisant subtilement dans le jeu politique congolais, Paul Kagame donne une façade « congolaise » à son agression, faisant croire que les troubles viennent de l’intérieur. Joseph Kabila est le joker de Paul Kagame pour légitimer l’ingérence rwandaise.

Joseph Kabila n’est plus au pouvoir, mais son influence persiste. Son voyage à Goma et son rapprochement récent avec des figures proches du RDF/M23 et son silence complice face aux accusations contre le Rwanda en font un allié objectif de Kagame. Pourquoi ? Parce qu’il permet de diviser l’opinion congolaise pour permettre à Kigali de mieux régner.

En réintroduisant Joseph Kabila dans l’arène, Paul Kagame s’assure que la classe politique congolaise reste fracturée, incapable de former un front uni contre l’agression rwandaise. Il permet de par la fonction qu’il a occupée de crédibiliser l’occupation. Si des Congolais (comme Joseph Kabila) sont perçus comme complices du Rwanda, la communauté internationale aura moins de scrupules dans son cynisme.

Elle tolérera l’implication de Kigali, sous prétexte de « stabilisation ». Paul Kagame fait tout pour saper la légitimité de Félix Tshisekedi. En alimentant les tensions entre partisans de Tshisekedi et ceux de Kabila, Kagame affaiblit Kinshasa et justifie une présence militaire prolongée dans l’Est. Il y a une ironie tout à fait tragique dans cette histoire au-delà des millions de morts.

Après avoir subi 30 ans de domination rwandaise via l’AFDL-PPRD-FCC, la RDC risque de revivre le même cauchemar avec une « AFDL saison 2 », où Joseph Kabila jouerait le rôle de caution congolaise à l’occupation. Les indignations sélectives des Congolais sont l’aveuglement qui arrange Paul Kagame. La société congolaise est traversée par des clivages politiques qui servent les intérêts de Kigali.

Les pro-Tshisekedi dénoncent le Rwanda mais ferment les yeux sur les compromissions de certains de leurs alliés avec Kabila. Les pro-Kabila crient à la « manipulation occidentale » quand on évoque le RDF/M23, mais ignorent les liens historiques entre leur champion et Kagame. Pire encore, l’échec de Corneille Nangaa à populariser l’invasion rwandaise a poussé Kagame à changer de tactique.

Plutôt que de miser sur un homme seul, il mise désormais sur la fragmentation politique congolaise, avec Kabila comme pivot. La question de la loyauté des institutions congolaises se pose. Il est de notoriété publique qu’il existe une cinquième colonne rwandaise au sein de l’appareil de l’État en RDC. La question cruciale qui se posera bientôt est : Qui, dans les institutions congolaises, travaille encore pour Kigali ?

L’armée congolaise (FARDC) reste infiltrée par des éléments pro-rwandais, héritage de l’époque Kabila. Certains hauts fonctionnaires, juges et hommes d’affaires ont des liens opaques avec des réseaux rwandais, facilitant le pillage des minerais. Si les Congolais n’exigent pas un audit total de leurs institutions, ils risquent de se réveiller avec un État fantoche, où Kagame tirera les ficelles depuis Kigali.

Paul Kagame n’a jamais caché son ambition : faire du Congo une arrière-cour sécurisée et économique pour le Rwanda. En réintroduisant Joseph Kabila dans l’équation, il donne une légitimité congolaise à son projet, tout en divisant ses adversaires. Il pousse sciemment le Congo au bord du précipice. La communauté internationale, complice par son silence, préfère croire à un « conflit interne » plutôt qu’à une agression étrangère.

Pendant ce temps, les Congolais s’enlisent dans des querelles partisanes, sans voir que le vrai danger vient de Kigali. 30 ans après l’AFDL, accepterons-nous de vivre une deuxième saison de cette tragédie ? Si la réponse est non, alors il est temps de dénoncer les complicités internes (Kabila inclus). Exiger une purge des institutions infiltrées et forcer la communauté internationale à trancher.

Soit elle condamne clairement le Rwanda, soit elle assume son hypocrisie. Sinon, le Congo ne sera plus qu’une colonie déguisée, et Kagame en sera le grand gagnant. L’hypocrisie est un parfum qui ne cache que l’odeur de la trahison. Derrière chaque sourire de la communauté internationale se cache souvent un couteau rwandais, mais le vrai traître est celui qui feint d’applaudir des actes odieux commis en RDC.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Actualité

Le député Jacques Djoli brandit Tocqueville : la souveraineté populaire foudroie l’imposture

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L’Honorable Jacques Djoli Eseng’Ekeli n’a pas seulement démenti une rumeur : il a donné une magistrale leçon de grandeur. Par un tweet lapidaire convoquant la science, le Rapporteur de l’Assemblée nationale a refusé de descendre dans l’arène fangeuse où certains voulaient l’attirer. Il a choisi la verticale. Face à la manœuvre odieuse qui lui prêtait des propos imaginaires, il ne s’est pas justifié.

Il a surplombé, avec l’autorité souveraine de celui qui manie le droit comme on manie le glaive. Un silence calculé, puis une annonce : l’heure de la vérité sonnera, et elle sera sans appel. Car la riposte, c’est à Tocqueville qu’il la confie, élevant soudain le débat à des hauteurs où la calomnie ne peut plus respirer. Aux “chercheurs du Buzz” qui alimentent l’infamie, il assène la pensée centrale de l’article 5 de la Constitution.

Celle qui brûle toutes les impostures : “Au-dessus de toutes les institutions et en dehors de toutes les formes réside un pouvoir souverain : celui du peuple, qui les détruit ou les modifie à son gré.” Ce n’est plus un tweet, c’est un manifeste. Le pouvoir créateur, le pouvoir constituant originaire, est par essence illimité, inconditionné, indomptable. Placé au-delà des pouvoirs institués (simples créatures ), il détient la faculté sublime de tout refonder.

La faculté de briser les cadres établis et de redessiner, dans sa majesté absolue, le pacte national tout entier. Voilà la souveraineté populaire dans sa vérité nue, que le Professeur Jacques Djoli brandit comme une torche dans la nuit des manigances. Ainsi, en deux phrases et une citation, l’honorable rapporteur vient d’offrir à la nation congolaise bien plus qu’un rétablissement des faits : il lui restitue la puissance de son propre destin.

Là où les manœuvriers espéraient l’enfermer dans une polémique stérile, il leur oppose le granit des principes, rappelant que le peuple est le seul maître, le seul architecte, le seul juge. Par cette riposte éclatante, où Tocqueville éclaire le chemin de la RD Congo, Jacques Djoli Eseng’Ekeli lave son honneur sans une once d’aigreur, et du même geste réarme la démocratie avec une force conceptuelle rare. La calomnie n’a pas été vaincue : elle a été dissoute, dans la lumière d’une vérité plus haute. Magistral.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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