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Rumba congolaise : Sam Mangwana, Pépé Kallé, Carlyto Lassa, Madilu System, Mpongo Love… ces voix qui ont porté les œuvres de Simaro

La RD Congo regorge d’immenses talents dans le domaine de la chanson. Simon Lutumba Ndomanueno, mieux connu sous le nom de Simaro Massiya, figure parmi les grands piliers de la rumba congolaise. Guitariste et auteur-compositeur, il a laissé un répertoire d’une grande richesse artistique, dont plusieurs œuvres ont traversé les générations.

À l’occasion du décès de l’une des belles voix ayant contribué à porter ses compositions, Carlyto Lassa, la rédaction de CONGOPROFOND.NET rend hommage à ces artistes, morts ou vivants, qui ont donné une résonance particulière aux œuvres du « Poète ». Parmi eux figurent notamment Sam Mangwana, Pépé Kallé, Madilu System, Malage de Lugendo, Mpongo Love et Mbiya/ Mbiia Bel.

Né le 19 mars 1938 à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, et décédé à Paris le 30 mars 2019 à l’âge de 81 ans, Simaro Massiya a laissé une discographie qui peut être considérée comme un véritable patrimoine de la rumba congolaise. Ses chansons, souvent interprétées par de grandes voix, abordent des thèmes sociaux, moraux et existentiels qui continuent de parler au public.

7 ans après sa disparition, le nom de Simaro Massiya résonne encore dans les cœurs des nostalgiques et des amoureux de la musique congolaise.
« Je ne confie pas mes chansons à n’importe quel chanteur, mais plutôt aux grands », disait-il.

Cette exigence explique en partie pourquoi plusieurs grandes voix de la musique congolaise ont été associées à ses compositions.

Sam Mangwana, la voix qui a révélé « Mabele Ntoto »

Sam Mangwana est l’une des grandes figures de la rumba congolaise. Né à Kinshasa le 21 février 1945, ce chanteur et musicien d’origine angolaise, surnommé « le Pigeon voyageur », a marqué plusieurs générations par son parcours au sein de grands orchestres africains.

Il a notamment évolué à l’African Fiesta auprès de Tabu Ley Rochereau et du Dr Nico, avant de rejoindre le Tout-Puissant OK Jazz de Franco Luambo Makiadi et de poursuivre ensuite une brillante carrière en solo.

En 1972, après son départ de l’orchestre de Rochereau dans un contexte de différend financier, Sam Mangwana traverse une période difficile. C’est alors qu’il reçoit l’appel de Franco Luambo Makiadi. Sur la table de ce dernier se trouvent trois compositions de Simaro Lutumba Massiya : « Mabele Ntoto », « Faute ya Commerçant » et « Ebale ya Zaïre ».

Ces chansons attendaient un interprète capable de leur donner toute leur dimension.

En juillet de la même année, lors d’une édition de la Foire internationale de Kinshasa (FIKIN), l’OK Jazz monte sur scène. Franco est à la guitare, Empompo Loway « Déesse » au saxophone, Mpudi Decca à la basse et Sam Mangwana au micro. Le groupe entame « Mabele Ntoto ».
La prestation marque les esprits. L’émotion gagne le public et, selon le récit rapporté par plusieurs chroniqueurs de l’époque, des femmes vont jusqu’à pleurer. Sam Mangwana s’impose alors davantage au sein de l’OK Jazz et Simaro trouve en lui l’une des voix capables de porter ses compositions.

Selon le chroniqueur musical Tedika Kisunga, dans l’émission « Carte mémoire » de la RTNC, c’est notamment l’interprétation de « Mabele Ntoto » par Sam Mangwana qui aurait contribué à faire connaître à Simaro le surnom de « Poète ».

Plus de 50ans après leur création, ces chansons demeurent présentes dans les fêtes, les terrasses et les différents espaces de loisirs. Elles continuent d’être écoutées par plusieurs générations, témoignant de la force du répertoire de Simaro et de la contribution des interprètes qui l’ont porté.

Carlyto Lassa et Pépé Kallé, 2 voix marquantes

Les hommages vont également à Pépé Kallé et Carlyto Lassa, deux artistes dont les voix ont marqué l’univers musical de Simaro.

Jean-Baptiste Kabasele Yampanya wa Ba Mulanga, connu sous le nom de Pépé Kallé, est né à Kinshasa le 30 novembre 1951 et décédé le 29 novembre 1998. Il a notamment interprété en solo la chanson « Trahison », l’une des œuvres marquantes du répertoire de Simaro.

De son côté, Carlyto Lassa, de son vrai nom Charles Ndombasi Lassa, né en 1961, a également compté parmi les voix importantes de la musique congolaise. Son timbre particulier lui a permis de marquer le public à travers plusieurs œuvres de Simaro, notamment « Maya » et « Affaire Kitikwala ».

Au moment de la rédaction de cet article, ses obsèques sont prévues ce lundi 28 septembre 2026 à Paris, où il doit être conduit à sa dernière demeure.

Pépé Kallé et Carlyto Lassa ont également formé un duo qui reste gravé dans la mémoire des mélomanes. Ensemble, ils ont notamment interprété « Verre cassé » et « Diarrhée verbale », 2 compositions de Simaro Lutumba Ndomanueno.

Djo Mpoy et Madilu System, des voix révélées par le « Poète »

Au sein du Tout-Puissant OK Jazz, Djo Mpoy a également marqué les esprits par sa voix aiguë et particulière. Il s’est notamment illustré dans « Ma Ndola », une composition de Simaro Massiya, alors vice-président de l’orchestre.
La chanson a contribué à renforcer la notoriété de son interprète tout en consacrant davantage le talent de son auteur.

Autre grande voix associée au répertoire de Simaro : Madilu System. De son vrai nom Jean de Dieu Bialu Makiese, il intègre le Tout-Puissant OK Jazz le 8 avril 1980, après son passage à l’Afrisa International de Tabu Ley Rochereau.

Ses débuts au sein de l’OK Jazz sont difficiles. Jeune artiste au milieu de figures déjà établies, il doit faire ses preuves. Son talent finit toutefois par s’imposer, notamment à travers sa participation à l’enregistrement de « Non », une œuvre de Franco.

Cette prestation lui vaut progressivement la confiance de Franco Luambo, qui lui confie ensuite l’interprétation de « Mario » et « Mamou », en 1985.

C’est dans cette période d’ascension que Simaro lui confie à son tour l’interprétation de « Melesi bapesa na mbua », une chanson qui marque les esprits à la fin de l’année 1985.

Mpongo Love, Malage et Mbiia Bel dans la même lignée

D’autres artistes ont également contribué à la diffusion du répertoire de Simaro Massiya. Parmi eux figurent Mpongo Love, Malage de Lugendo et Mbiia Bel.

La chanson « Monama », interprétée par Mpongo Love, est une composition de Simaro. Il en est de même de « Testament ya Bowule », chantée par Malage de Lugendo.

De son côté, Mbiia Bel s’est illustrée dans l’album « Trahison » de Simaro, notamment avec « Maman Kulutu », interprétée en duo avec Pépé Kallé.

À travers ces différentes collaborations, Simaro Lutumba Ndomanueno a su s’entourer de grandes voix et exploiter leurs qualités vocales pour donner à ses compositions une portée particulière.

Un patrimoine porté par plusieurs générations

La carrière de Simaro Massiya reste ainsi intimement liée à celle de nombreux grands noms de la musique congolaise. Sam Mangwana, Pépé Kallé, Carlyto Lassa, Madilu System, Djo Mpoy, Mpongo Love, Malage de Lugendo et Mbiia Bel ont, chacun à leur manière, contribué à faire vivre ses œuvres.

La question des droits voisins et de la rémunération des interprètes mériterait, par ailleurs, une réflexion approfondie, notamment pour les artistes ayant contribué à populariser durablement certaines de ces compositions.

Quoi qu’il en soit, l’œuvre de Simaro demeure un pan important du patrimoine musical congolais. Beaucoup de ceux qui ont porté ses chansons ont aujourd’hui disparu. Carlyto Lassa vient de rejoindre cette cohorte.

Comme le dit l’adage, l’artiste ne meurt jamais véritablement : ses œuvres continuent de parler pour lui.

Jules Kisema Kinkatu / CONGOPROFOND.NET