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Religion et Comportement Economique: ” La pauvreté est un mauvais signe!” (Tribune de Russel Nsondey)

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AVERTISSEMENT EXPLICATIF

Le fait social que nous voulons analyser est la situation de pauvreté et de misère dans laquelle vit le peuple congolais. Pour ce faire, nous avons choisi de nous refléter dans la pensée de Karl Marx et de Max Weber en rapport avec l’influence de la religion sur le comportement économique. « Toute philosophie est fille de son temps », pense Hegel et nous d’ajouter : toute analyse sociale et fille de sa situation sociale. Il est vrai que ces deux ont réfléchit à partir d’une situation donnée.

Cependant, aucun barrière ne se pose contre nous lorsque, vivant des situations similaires, nous pensons, dans un effort de contextualisation, nous approprier ce qui, dans ces pensées, pourrait nous être utile. Ce qui motive notre regard à se tourner vers Marx et Weber est l’antinomie que nous descellons dans le rôle que joue la religion et le rôle qu’elle aurait dû jouer pour ce peuple majoritairement chrétien.

En guise de remède, nous proposerons aux protagonistes religieux de la RDC de redynamiser l’image du Dieu fac totum pro hominibus et de prêcher l’action.

  1. KARL MARX : LA RELIGION EST L’OPIUM DU PEUPLE

Le marxisme est un matérialisme. Comme tel, il accorde une importance sans égale à la matière en tant que susceptible de transformation. Mené à ses racines, le marxisme va jusqu’à nier l’existence de l’esprit pour n’admettre que le perceptible, soit ce qui passe sous les sens.

Mais telle n’est pas la perspective sous laquelle nous voulons aborder Karl Marx. Il s’agira, pour ce propos, de nous atteler à la dimension sociale du marxisme, particulièrement dans la position qu’il prend face à la question de l’influence religieuse sur le comportement économique.

a) Les antinomies du capitalisme et de la religion

Le point départ de l’analyse sociale de Karl Marx est le caractère antagoniste du capitalisme, qui, selon lui, porte en soi les causes de sa propre désintégration.

En effet, le capitalisme peut dire sa quiddité en ces termes : « un système économique, mais aussi social, dans lequel les moyens de production sont des propriétés privées et dont le but est l’accumulation de plus de profit possible et sans relâche ».  Dans sous ouvrage Le Capital, Karl Max clamait : « Accumulez, accumulez, c’est la loi et les prophètes ». Tel est le mot d’ordre du capitalisme.

Selon Weber, le capitalisme se définit par « l’existence d’entreprises (Betrib) dont le but est de faire le maximum de profit et dont le moyen est l’organisation rationnel de travail et de la production ». Si la soif effrénée du profit et la discipline rationnelle du travail caractérisent le capitalisme, l’esprit du capitalisme est simplement une disposition à l’accumulation indéfinie du profit. « Souviens-toi que le temps, c’est l’argent », sermonnait Benjamin Franklin.

    La société vivant sous le système capitaliste est inéluctablement divisée en deux classes : la bourgeoise et le prolétariat. Les bourgeois, souvent minoritaires, détiennent le matériel de travail et le fond nécessaire pour l’investissement (le capital), mais n’usent pas de leur force physique pour la reproduction de leur richesse. Pour investir le capital, les bourgeois exploitent la force physique, voire intellectuelle des prolétaires.

Pourtant, le bénéfice du travail enduré leur profite plus qu’au prolétaires. Ce dernier, sous-payé, s’épuise et demeure pauvre, tandis que le bourgeois, qui ne travaille pas s’enrichit. Ce fait d’investir un certain capital et, par l’exploitation du prolétariat, gagner plus que l’on a investi est désigné par « la plus-value ».

    Marx constate, par ailleurs que la société se figure en deux structures : la superstructure et l’infrastructure. L’infrastructure est l’ensemble des forces de production et des rapports de production. La superstructure désigne l’ensemble des institutions politiques, économiques, idéologiques, philosophiques et religieuses. Le penseur propose un renversement de la première par la deuxième, c’est la révolution ; et que le bourgeois soit renversé par le prolétaire, c’est cela la dictature du prolétariat.

En réalité, la révolution et la dictature du prolétariat sont rendues possibles par l’aliénation mutuelle qui existe entre le bourgeois et le prolétaire. Le premier, pour accroître son capital, dépend du travail du second. Et celui-ci dépend de celui-là pour gagner son pain quotidien. A la lumière de la dialectique du maitre et de l’esclave chez Hegel, le prolétaire pourrait renverser le bourgeois, un peu de ruse y suffisant.

    Le problème de Marx et la religion est que cette dernière ne contribue pas à émanciper le prolétaire. Si, la religion ne peut libérer l’homme, pense Marx, elle est donc vide sens. Poussant le raisonnement plus loin, Marx dira de la religion qu’elle n’est qu’une projection des idées dans le ciel.

En effet, Marx est témoin d’une société dans laquelle le clergé participe de la superstructure et mène une vie de bourgeois. Par constater, le même clergé prêche la justice et l’avènement d’un royaume d’égal bonheur sans fin. Recommandant le pardon et la miséricorde à un prolétariat ayant besoin de la justice sociale et économique, la religion endort le peuple. Elle empêche d’affronter la réalité concrète par les moyens adéquats : la révolution et la dictature du prolétariat. Voilà pourquoi, en renversant la superstructure capitaliste, il faut en même temps récuser la religion.

Ainsi, contre le capitalisme, Marx propose le socialisme ; un socialisme anticlérical et athée, bien entendu.

  1. MAX WEBER : L’ éthique protestante et l’esprit du capitalisme

Après qu’il suffisamment observé la réalité sociale qui était la sienne, Weber constate que le lien entre confession religieuse et stratification sociale est tel que les chefs des grandes entreprises et les travailleurs assidus sont, à portion très élevée, des protestants.

Ainsi se questionne-t-il aussitôt sur l’influence de la religion dans le comportement économique. Weber agence que la voix magistrale pour la religion d’agir sur le comportement de l’homme est l’impression d’une morale ou d’une idéologie dans le mental des adhérents. Approfondissons.

2.1. Religion et morale

La théorie wébérienne des valeurs est individualiste ; on comprendrait mieux à partir d’une confrontation de Durkheim et de Pareto sur l’origine et l’efficacité des valeurs morales.

Pour le premier, les valeurs sont sociétales. Cela veut dire que c’est  la société qui crée les valeurs et leur donne leur efficacité. L’individu s’insère donc dans une sorte de système moral préexistant. Ces valeurs, pense Durkheim, reposent sur les attentes de la collectivité.

Face à cette vue des choses, Weber soutient que la société serait bien le lieu de foisonnement des valeurs, mais à condition qu’elle soit considérée comme ensemble d’individus. Ainsi, c’est plutôt l’individu qui crée les valeurs en tant que membre d’une société.

Le deuxième, estime que  la valeur est liée à la fin qu’elle procure. Les sociétés humaines, avance-t-il, sont caractérisées par des contradictions fondamentales et seul le rapport entre les moyens et les fins pouvait être caractérisée comme logique ; toute détermination des fins était en telle non-logique. Pareto cherchait dans les états d’esprit, les sentiments ou les résidus, les forces qui produisent l’affirmation des fins ou encore la détermination des valeurs, dans ces caractéristiques constantes.

Au final d’une telle recherche, il visait établir une classification des résidus valable de manière permanente. Autrement, il espérait construire l’équivalent d’une théorie de la nature humaine. Weber lui répond que les classes des résidus répondent peut-être à des tendances permanentes de la nature humaine. Mais à s’en tenir à une classification, le sociologue ignore ou néglige ce qu’il y a de plus intéressant dans le cours de l’histoire : l’historien veut comprendre les significations que les hommes ont données à leur existence, la manière dont ils se sont accommodés du mal, la combinaison qu’ils ont établie entre égoïsme et dévouement.

Entre ces conceptions d’une part sociétale, ce qui cache l’énorme risque du traditionalisme, et d’autre part téléologique, portant le grand danger du relativisme moral, Weber propose une théorie réconciliatrice. Il invite l’une et l’autre conception à retrouver  la singularité historique de chaque société ; et par société, saisir les systèmes sociaux et intellectuels dans leurs traits singuliers. Dans cette invitation, la nécessité de l’action parait cruciale. Or, dans l’action, déniche Weber, existe une antinomie fondamentale entre l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction.

L’éthique de responsabilité est de souche machiavélique. S’apparentant à la conception parétienne des valeurs, elle réclame que la fin justifie le moyen. L’éthique de conviction quant à elle postule l’exigence d’une conformité à sa propre conscience, sans tenir compte du résultat de l’action. On y voit un fondement kantien tiré de la morale du devoir. Ce dernier pose l’obéissance inconditionnelle à la loi morale qui dérive de l’impératif catégorique ainsi formulé: « agir de telle manière que tu puisses vouloir que la maxime de ton agir soit érigée en loi universelle ».

Les deux éthiques sont jugées extrémistes et infécondes dans l’action. La première verse à la tyrannie, tandis que la deuxième est simplement irréaliste. D’où l’exigence d’une morale intermédiaire. C’est la morale de l’homme authentique qui sait concilier les deux éthiques.

2.2. L’éthique protestante et comportement économique

Tenant ce long excursus comme Background, que retenons-nous sinon que l’agir humain dépend de la morale, d’autres parleront des idéologies, qui anime l’homme. Par ricochet, Weber estime que l’un de meilleurs cadres de transmission des idéaux moraux est la religion. Voilà qui nous fait revenir à la question du lien existant entre l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Bornons, de prime abord, que le protestantisme dont par Weber  est le calvinisme.

Cette confession enseigne une doctrine que Weber ramène en ces cinq propositions : (1) Il existe un Dieu absolu, transcendant, qui a créé le monde et qui le gouverne, mais qui est insaisissable à l’esprit fini des hommes. (2) Ce Dieu tout-puissant et mystérieux a prédestiné chacun de nous au salut ou à la damnation sans que, par nos œuvres, nous puissions modifier un décret divin pris à l’avance. (3) Dieu a créé le monde pour sa gloire. (4) L’homme, qu’il doive être sauvé ou damne, a pour devoir de travailler à la gloire de Dieu et de créer le royaume de Dieu sur cette terre. (5) Les choses terrestres (…) appartiennent à l’ordre du péché et de la mort, et le salut ne peut être pour l’homme qu’un don totalement gratuit de la grâce divine.

La première réaction que suscite une telle prédication est pour chacun de se demander : « suis-je parmi les élus ou les damnés ? » Or, il n’existe aucun moyen de le savoir, car Dieu est transcendant et insaisissable (1  et 2). Il suit de là une conversion du regard. Plutôt que de vouloir scruter les voies intangibles de Dieu, l’homme se retourne vers ce qui est de son devoir : « travailler pour la gloire de Dieu et l’instauration de son royaume sur terre » (3 et 4). En même temps, les choses terrestres étant de l’ordre du péché et de la mort (5), il ne faut pas s’y attacher ».

Cette attitude religieuse procure deux grands avantages. D’abord, l’homme est condamné à travailler de manière à réussir, en vue de s’assurer la conscience tranquille d’être parmi les élus. Ensuite, l’homme qui travaille ne s’attache pas à ses gains, car l’objectif est moins un enrichissement matériel qu’une satisfaction psychologique à tendance eschatologique. Par conséquent, le calviniste ne se livre pas à la jouissance matérielle qui, par ailleurs est un gaspillage.

Son capital accumulé forme une épargne qui sert à investir. Subséquemment, le travail méthodique et sans relâche associé à son sens scrupuleux profitent à la notion de productivité. Il résulte de là que le calviniste est, de par sa religion, disposé au capitalisme. Ainsi, pour lui, « ce qui est réellement condamnable, du point de vue moral, c’est le repos dans la possession, la jouissance de la richesse et ses conséquences : [167] Oisiveté, tentations de la chair, risque surtout de détourner son énergie de la recherche d’une vie sainte. Et ce n’est que dans la mesure où elle implique le danger de ce repos que la possession est tenue en suspicion».

Redeamus ad nostram ! (Revenons au nôtre !) Suivant l’orientation prise dès le départ, ce qu’il nous importe de faire actuellement est de voir en quoi ce parcours serait profitable pour notre situation en République Démocratique du Congo.

3. « LA PAUVRETE EST UN MAUVAIS SIGNE ! »

Le plus grand reproche que les deux auteurs étudiés adressent au capitalisme est l’existence d’une minorité bourgeoise qui jubile sur les efforts exténuants du prolétariat. La RDC est un pays profondément chrétien, à majorité catholique. Marx n’a donc pas élu domicile chez nous – heureusement ?

Cependant, la structure sociale de ce pays ne ressemble pas moins à la polarisation bourgeoisie-prolétariat que dénoncent Marx et Weber. A certains égards, on demanderait s’il conviendrait de qualifier de prolétaire un peuple sans travail… Toujours est-il que la faille séparant les riches et les pauvres est abyssale et tout porte à croire que les premiers s’enrichissent sur les seconds.

A notre humble connaissance, il ne nous semble pas qu’il ait en RDC une religion qui professe la prédestination au sens calviniste. Quelques-unes de religions qui tendent vers la doctrine de la prédestination ouvrent généralement une marge de manœuvre à l’action de l’homme qui peut lui attirer grâce et la miséricorde divine. Calvin n’a donc pas été favori au Congo – heureusement ?

Sous une approche phénoménologique, la religiosité congolaise s’avère telle qu’il nous parait impératif de questionner ce qui se prêche chez nous, vue la pauvreté alarmante et croissante. La plus part de religions en RDC prêchent un Dieu père des hommes, capable de guérisons, bénédictions et autres formes de miracle. Ce qui n’est pas un mal. Mais il sied de se demander si, le Dieu des Congolais est aussi le père qui envoie labourer les champs.

L’hésitation que suscite la réponse à une telle question nous donne force de soupçonner de soporifique l’angle sous quel les protagonistes religieux congolais interprètent cette consigne des premières communautés chrétiennes : « si quelqu’un ne travaille pas, il ne doit pas manger non plus » (2 Thessaloniciens 3,10). Poussés aux bornes, il nous est à la limite mal aisée d’admettre certaines pratiques. Entre autres, qu’un lieu de culte occupe le 1/3 de la journée du fidèle.

Ayant penché vers la pense wébérienne, en raison de la compénétration entre la religion et le comportement économique, nous suggérons aux instances religieuses congolaises de prêcher l’action. Il n’a pas été question pour nous de soutenir la prédestination, moins encore de corroborer le délaissement.

Seulement, nous estimons, à l’heure qu’il est, que les religions actives en RDC doivent dépasser l’image du Dieu « papa bonheur », que l’on prierait sans relâche afin qu’il fasse pleuvoir le manioc qui, naturellement, doit pousser du champ. En d’autres termes, il s’agit de sortir le peuple de l’opium d « Nzambe ako sala » (Dieu pourvoira), pour le plonger dans l’effort de « Nzambe alobi tosala » (Dieu demande que nous travaillions).

EXCURSUS CONCLUSIF

En préparation du présent article, j’ai une conversation assez intéressante avec deux étudiantes à la faculté d’économie de l’Université Simon Kimbangu. L’une répond au nom de Channel Bo. et l’autre Rebbeca Ba. Nous partagions un verre d’amitié quelque part… A la fin de notre régalade, la dernière remit à la première un billet de 10 $ pour le convertir en F.c. A quelques pas d’où l’on était, se tenait un cambiste qui monnayait au taux de 162. Un peu loi de là, se trouvait un autre qui changeait à 165. Alors que le temps était jaloux, Channel s’élève et s’en va monnayer à 165. Surpris je lui demande : – Pourquoi prends-tu la peine de marcher, l’écart est quelconque entre les deux. Elle de répondre : – « En tout, il faut cultiver le comportement économique qui a pour  devise : minimiser le coût et maximiser le profit ».

CONGOPROFOND.NET


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Urgent/ Kasaï : Une femme tuée par un camion en pleine ville à Tshikapa

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Une femme non identifiée a été tragiquement heurtée par un camion sur le boulevard Lumumba, au centre-ville de Tshikapa, dans un accident de la circulation survenu ce samedi 2 mars 2024.

Selon les témoins, la dame se trouvait à bord d’un taxi-moto en provenance du marché Kamalenga. Il y a eu une collision entre la moto et le camion qui venait de la commune de Dibumba. La dame a malheureusement perdu la vie sur place, tandis que le conducteur du taxi-moto, gravement blessé avec les deux jambes fracturées, a été conduit à l’hôpital général de Tshikapa.

Les témoins indiquent que l’excès de vitesse de la part des deux conducteurs est la principale cause de cet accident.

Entre-temps, le conducteur du camion, qui tentait de s’échapper, a été appréhendé par la population à Kamalenga.

À l’heure actuelle (18h à Tshikapa), le corps sans vie de la dame gît sur le sol, suscitant un profond regret au sein de la population du Kasaï.

Clementus Lusamba Lua Mbombo/CONGOPROFOND.NET


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Bientôt le magazine CONGO PROFOND dans les kiosques à journaux : Simplicité, Pertinence et Découverte