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Société

Réfugiés congolais en Ouganda : au-delà de l’urgence humanitaire, la question des solutions durables

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Dix ans. C’est désormais la durée moyenne de déplacement des réfugiés dans la région des Grands Lacs. Un chiffre qui illustre à lui seul l’échec des approches traditionnelles de gestion des crises humanitaires, pensées pour l’urgence mais confrontées à la réalité de situations qui s’installent dans la durée.

Cette problématique était au cœur d’une session de travail organisée lundi à Kampala par l’ambassade de France en Ouganda, deux semaines après la Conférence de Paris qui a mobilisé 1,5 milliard d’euros pour la paix dans les Grands Lacs. Avec près de 2 millions de réfugiés sur son territoire, dont 58% de Congolais parmi les nouveaux arrivants, l’Ouganda cristallise les enjeux d’une crise qui dépasse largement le cadre humanitaire.

Depuis janvier 2025, plus de 70 000 personnes ont fui l’Est de la République Démocratique du Congo vers l’Ouganda, fuyant les violences qui persistent dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Parmi eux, 70% sont des femmes et des enfants, une proportion qui reflète la nature des conflits contemporains où les civils constituent les premières victimes.

« Cette situation accroît les pressions sur les communautés locales, sur les services de base et sur l’environnement », a constaté l’ambassadrice de France, Virginie Leroy, lors de son allocution. Une pression d’autant plus forte que l’Ouganda, malgré sa politique d’ouverture saluée internationalement, fait face à ses propres défis de développement.

Le panel de discussion réunissait Patrick Okello, Commissaire à la gestion des réfugiés au Bureau du Premier ministre ougandais, et Michael Wells, Représentant assistant du HCR en Ouganda. Leurs échanges ont mis en lumière les limites d’un système d’aide internationale de plus en plus fragilisé.

« 2025 a marqué un tournant décisif dans la réponse aux réfugiés : les mécanismes d’aide traditionnels, fortement dépendants des donateurs publics, ne sont plus suffisants pour couvrir l’ampleur des besoins », a déclaré l’ambassadrice Leroy. Cette affirmation, loin d’être anecdotique, traduit une réalité observée sur l’ensemble du continent africain.

Les budgets des agences humanitaires sont sous pression. Les appels de fonds du HCR pour l’Ouganda ne sont généralement financés qu’à 50-60% de leurs besoins. Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si le modèle traditionnel de l’aide doit évoluer, mais comment opérer cette transformation.

« Ni le gouvernement ni les agences humanitaires ne peuvent supporter seuls cette responsabilité croissante », a reconnu la diplomate française, plaidant pour une implication accrue du secteur privé et des mécanismes favorisant l’autonomie économique des réfugiés.

_*Du nexus à la pratique*_
Le concept de « nexus humanitaire-développement-paix » n’est pas nouveau dans le jargon onusien. Mais sa mise en œuvre concrète reste un défi majeur. « L’assistance humanitaire sauve des vies, le développement renforce la résilience et la paix crée les conditions pour que ces efforts durent », a résumé l’ambassadrice Leroy.

Sur le terrain, cette approche se traduit par des projets qui vont au-delà de la distribution de vivres et d’abris. La France soutient ainsi des initiatives d’inclusion financière à travers des partenariats avec des institutions de micro-finance comme la Grameen Credit Agricole Foundation, Vision Fund et UGAFODE.

Le HCR et le Programme alimentaire mondial expérimentent également des systèmes de transferts monétaires via téléphone mobile, permettant aux réfugiés d’effectuer leurs propres choix de consommation. « L’accès à l’épargne, au crédit, à l’assurance et même à la banque mobile sont des outils adaptés pour débloquer l’autonomie des réfugiés et renforcer leur résilience », a expliqué Virginie Leroy.

Au-delà des services financiers, la coopération française investit dans des infrastructures essentielles. À Nakivale, l’un des plus anciens camps de réfugiés d’Ouganda, l’Agence française de développement finance la réhabilitation des réseaux d’eau potable et la construction de toilettes publiques.

Ces investissements bénéficient non seulement aux réfugiés mais aussi aux communautés hôtes, une dimension essentielle pour maintenir la cohésion sociale. Car l’un des grands défis de l’Ouganda est de gérer l’équilibre entre l’accueil des réfugiés et les besoins légitimes de sa propre population.

Avec le HCR, la France soutient également le secteur énergétique et la diffusion de pratiques agro-écologiques, des initiatives qui s’inscrivent dans une perspective de résilience face au changement climatique.

_*La question des solutions durables*_

Si l’aide d’urgence et les programmes de développement sont nécessaires, ils ne répondent pas à la question centrale : quel avenir pour ces populations déplacées depuis parfois plus d’une décennie ?

Le droit international prévoit trois solutions durables pour les réfugiés : le retour volontaire dans le pays d’origine, l’intégration locale dans le pays d’accueil, ou la réinstallation dans un pays tiers. Mais chacune de ces options se heurte à des obstacles considérables.

Le retour volontaire suppose des conditions de sécurité dans les zones d’origine. « La nature prolongée des conflits continue d’entraver les conditions d’un retour sûr et volontaire », a noté l’ambassadrice Leroy. Tant que les affrontements persistent dans l’Est de la RDC, cette option reste hypothétique pour la majorité des réfugiés congolais.

L’intégration locale, bien que facilitée par la politique ougandaise qui permet aux réfugiés d’accéder à des terres et de circuler librement, reste complexe dans un contexte de ressources limitées. Quant à la réinstallation dans des pays tiers, elle ne concerne qu’une infime minorité de réfugiés, les quotas d’accueil des pays occidentaux étant extrêmement restreints.

Un aspect souvent négligé de la crise des réfugiés est le potentiel que représente la jeunesse déplacée. « La jeunesse réfugiée demeure une force motrice du changement et de l’innovation sociale », a souligné l’ambassadrice Leroy après une visite sur le terrain.

Cette génération, née ou ayant grandi en exil, possède des compétences, de la créativité et une capacité d’adaptation remarquable. Mais elle reste largement sous-utilisée, faute d’accès à l’éducation supérieure, à la formation professionnelle ou au marché du travail formel.

« Ils doivent faire partie de la solution plus que jamais », a insisté la diplomate française. Cette affirmation soulève la question de savoir comment transformer ce potentiel en opportunités concrètes, tant pour les réfugiés eux-mêmes que pour les communautés qui les accueillent.

_*Les engagements de Paris*_

La Conférence de Paris du 30 octobre a mobilisé 1,5 milliard d’euros d’engagements internationaux pour la région des Grands Lacs, dont 75 millions d’euros de contribution française. Au-delà de l’enveloppe financière, la conférence a permis d’obtenir des engagements concrets, notamment la réouverture prochaine de l’aéroport de Goma aux vols humanitaires et la création de corridors sécurisés pour l’acheminement de l’aide.

« Cette conférence a fourni une feuille de route et a contribué à mobiliser un soutien international sans précédent », a déclaré l’ambassadrice Leroy. Reste à voir comment ces promesses se traduiront sur le terrain dans les mois à venir.

Le thème de la session de lundi – « Faire progresser l’action humanitaire inclusive dans la région des Grands Lacs : ne laisser personne de côté » – n’est pas qu’un slogan. Il traduit une prise de conscience croissante que l’efficacité de l’aide humanitaire dépend de sa capacité à atteindre tous les groupes, y compris les plus vulnérables.

« Quand les besoins des femmes, des enfants, des personnes handicapées et des communautés marginalisées sont négligés, l’intervention humanitaire peut échouer ou même aggraver les vulnérabilités », a averti l’ambassadrice française.

Avec l’ONG Humanité & Inclusion, la France soutient des programmes visant à garantir un accès équitable aux services de santé sexuelle et reproductive, de protection et de réhabilitation dans le camp de Nakivale. Une approche qui reconnaît que l’inclusion n’est pas seulement une question d’équité, mais aussi d’efficacité.

La crise des réfugiés congolais en Ouganda ne peut être dissociée du contexte régional plus large. Les Grands Lacs restent l’une des régions les plus instables du continent, avec des dynamiques transfrontalières complexes impliquant plusieurs groupes armés et des intérêts économiques considérables liés aux ressources naturelles.

La Conférence de Paris a tenté de poser les bases d’une approche régionale coordonnée, impliquant non seulement les pays directement affectés mais aussi l’Union africaine et les partenaires internationaux. Le défi sera de transformer cette coordination diplomatique en actions concrètes sur le terrain.

_*Un model en mutation*_

La session de travail de lundi à Kampala a mis en évidence une réalité incontournable : le modèle traditionnel de gestion des réfugiés, basé sur l’aide d’urgences et les camps, n’est plus viable face à des crises qui s’installent dans la durée.

Les discussions entre Patrick Okello, Michael Wells et les auprès participants ont esquissé les contours d’un nouveau paradigme, où l’autonomie économique, l’inclusion financière, l’accès aux services de base et l’implication du secteur privé détiennent centraux.

Mais cette transformation nécessite des investissements considérables, une coordination renforcée entre acteurs humanitaires et du développement, et surtout une volonté politique soutenue au niveau régional et international.

Pour les 70 000 Congolais arrivés en Ouganda depuis janvier, comme pour les centaines de milliers qui les ont précédés, la question reste entière : combien de temps durera cet exil ? Et dans quelles conditions pourront-ils envisager un avenir, que ce soit dans leur pays d’origine ou dans leur pays d’accueil ?

Les réponses à ces questions dépassent largement le cadre humanitaire. Elles touchent aux dynamiques de paix et de sécurité dans la région, aux modèles de développement, et à la capacité de la communauté internationale à transformer ses engagements en changements durables sur le terrain.

Claudine N. I

Société

Ebola à Butembo : les tenanciers d’hôtels appelés à revoir leurs méthodes d’accueil et d’orientation des clients

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Les tenanciers d’hôtels de la ville de Butembo, au Nord-Kivu, ont été sensibilisés, vendredi 12 juin 2026, aux risques liés à l’accueil des visiteurs dans un contexte marqué par la résurgence de la maladie à virus Ebola. Cette séance de sensibilisation s’est tenue dans la grande salle de l’Hotel Butembo, à l’initiative du chef du service urbain du Tourisme, Kambasu Matembela.

À cette occasion, ce dernier a invité les responsables d’établissements hôteliers à adapter leurs pratiques d’accueil et d’orientation des clients afin de prévenir tout risque de propagation de la maladie.

« J’ai invité les représentants du secteur de la santé, notamment ceux de la Division provinciale de la santé (DPS), afin qu’ils présentent la situation actuelle de l’épidémie. Ils ont expliqué les dangers auxquels les hôteliers sont exposés, étant donné qu’ils reçoivent des visiteurs venant de différentes localités. Il est donc important qu’ils sachent comment gérer, surveiller et orienter leurs clients dans ce contexte sanitaire particulier », a déclaré Kambasu Matembela.

Les opérateurs du secteur hôtelier ont ainsi été appelés au strict respect des mesures barrières recommandées par les autorités sanitaires ainsi qu’aux différentes directives édictées par les autorités provinciales pour lutter contre Ebola, souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique homologué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’est encore disponible.

Le chef du service urbain du Tourisme a également exhorté les responsables d’hôtels à ne pas confondre établissements hôteliers et maisons de tolérance, soulignant que ces dernières peuvent constituer des foyers potentiels de propagation de la maladie. Il a, à cet effet, annoncé le déploiement prochain d’une mission de contrôle et d’identification sur le terrain.

Par ailleurs, deux nouvelles zones de santé du Nord-Kivu ont récemment enregistré des cas liés à cette 17ᵉ épidémie d’Ebola. Il s’agit des zones de santé de Vuhovi et de Masereka. La province compte actuellement 40 cas confirmés. La zone de santé de Katwa demeure l’épicentre de l’épidémie avec une dizaine de cas enregistrés. La prise en charge des malades se poursuit à travers les Centres de traitement d’Ebola (CTE) mis en place dans les différentes zones concernées.

Dalmond Ndungo/Congoprofond.net

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