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RDC/Rwanda en réunion à Luanda : Une coopération fragile au milieu des incertitudes
Dans un climat alourdi par les tensions régionales, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda se sont retrouvés à Luanda pour une nouvelle tentative de conciliation. Cette sixième réunion ministérielle, sous la médiation angolaise, visait à détailler le Concept d’Opérations (CONOPs), un cadre stratégique supposé déboucher sur la neutralisation des FDLR et le retrait des troupes rwandaises stationnées en RDC. Pourtant, les discussions ont une fois de plus révélé les obstacles qui entravent une coopération véritablement efficace.
Les représentants congolais, dirigés par la ministre Thérèse K. Wagner, n’ont malheureusement pas insisté sur la nécessité de lever les ambiguïtés entourant certains termes du Plan Harmonisé. Des expressions comme « mesures défensives » et « désengagement des troupes rwandaises » demeurent vagues, faute d’un calendrier précis ou de mécanismes concrets pour les mettre en œuvre.
Du côté rwandais, le ministre Olivier J.P. Nduhungirehe s’est montré réticent à fournir des garanties détaillées, préférant s’en tenir à des formulations générales. Une attitude qui, aux yeux des observateurs, reflète une stratégie d’évitement face aux exigences logiques des Congolais.
Mais ce ne sont pas seulement les termes utilisés qui posent problème. Le Plan Harmonisé reste muet sur des aspects opérationnels essentiels. Qui doit mener les actions militaires ciblées contre les FDLR ? Quels mécanismes permettront de surveiller le désengagement des troupes rwandaises ? Et surtout, pourquoi le Plan ignore-t-il la question cruciale du M23, ce groupe rebelle accusé par Kinshasa d’être soutenu par Kigali ? Ces zones d’ombre nourrissent les soupçons, d’autant plus que, sur le terrain, la RDF reste déployée loin de la frontière commune, sans aucune transparence sur les résultats obtenus face aux groupes armés.
La RDC devrait insister sur une approche plus rigoureuse. L’élaboration d’un calendrier contraignant et l’implication d’observateurs indépendants devraient figurer parmi les revendications principales de Kinshasa. Ces mesures permettraient d’assurer la transparence des engagements pris et d’éviter les interprétations divergentes.
En outre, un mécanisme de suivi précis pour différencier les rebelles du M23 des soldats rwandais infiltrés s’avère indispensable pour restaurer la confiance dans ce processus.
Malgré ces défis, cette réunion a été l’occasion pour les deux parties de réaffirmer leur engagement envers le dialogue, même si celui-ci reste marqué par une profonde méfiance. Sous l’égide du ministre angolais Téte António, des progrès symboliques ont été enregistrés, mais ils peinent à répondre aux attentes d’une opinion publique congolaise de plus en plus sceptique.
Le temps joue contre les négociateurs. Si les ambiguïtés du Plan Harmonisé ne sont pas rapidement levées, le processus risque de s’enliser, laissant le terrain à l’escalade militaire et aux accusations mutuelles. La réunion de Luanda, bien qu’imparfaite, rappelle que la voie diplomatique est encore ouverte, mais que sa crédibilité repose sur des engagements concrets et vérifiables. Pour l’heure, la paix dans l’est de la RDC reste un objectif lointain, suspendu entre espoir et incertitude.
Par FNK
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395 millions USD pour désengorger Kinshasa : Judith Suminwa évalue l’avancement des rocades
La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a effectué, ce mardi 12 mai, une visite d’inspection sur les chantiers des rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa, un ambitieux projet routier de 73 kilomètres destiné à transformer durablement la mobilité dans la capitale congolaise.
Ce vaste corridor reliera l’est et l’ouest de Kinshasa, depuis la commune de Kimbanseke et la zone de l’aéroport international de N’djili jusqu’à Kinsuka Pompage, dans la commune de Ngaliema, en passant notamment par Mitendi et la Route nationale numéro 1 (RN1).
Estimés à près de 395 millions de dollars américains dans le cadre du partenariat sino-congolais issu du programme SICOMINES, les travaux ont été lancés en juin 2024 sous l’impulsion du Président de la République, Félix Tshisekedi, pour une durée prévisionnelle de trois ans.

Une visite de terrain pour mesurer l’état réel du projet
Accompagnée du Gouverneur de Kinshasa, du Ministre de l’Aménagement du territoire ainsi que de la Ministre déléguée en charge de la Politique de la ville, la Cheffe du Gouvernement s’est rendue sur plusieurs sites afin d’évaluer personnellement l’évolution des travaux.
Pour Judith Suminwa Tuluka, cette descente sur terrain était indispensable afin de confronter les rapports administratifs à la réalité du chantier.
« Il y a presque deux ans, en juin 2024, le Chef de l’État avait lancé les travaux de ces rocades. Il était important pour moi de venir voir personnellement comment les choses évoluent sur le terrain. Nous recevons régulièrement des rapports, nous suivons les images et les vidéos, mais rien ne remplace le constat de visu », a déclaré la Première Ministre.
Un périphérique stratégique pour décongestionner Kinshasa

Pensées comme un véritable périphérique urbain, les rocades Sud-Est et Sud-Ouest doivent permettre de désengorger les principaux axes routiers de la capitale, particulièrement la RN1, saturée par le trafic en provenance ou en direction du Kongo Central, du Grand Bandundu et de l’aéroport international de N’djili.
Au cours de sa visite, Judith Suminwa Tuluka a parcouru plusieurs tronçons déjà ouverts ou en cours d’aménagement, notamment entre le quartier Ndjoku et Mitendi, où un important échangeur est en construction.
« Cette rocade est conçue comme un périphérique qui permettra de désengorger Kinshasa. À Mitendi, la rocade passera sous la Nationale numéro 1 tandis que la RN1 passera au-dessus. Ce type d’infrastructure va profondément transformer la mobilité dans la ville », a expliqué la Cheffe du Gouvernement.
Des infrastructures modernes pour renforcer la connectivité

La Première Ministre a également salué les dispositifs techniques mis en place pour lutter contre les érosions et sécuriser durablement les infrastructures routières.
Murs de soutènement, importants travaux de terrassement et tracé en deux fois deux voies figurent parmi les aménagements prévus pour améliorer la fluidité de la circulation et les conditions de déplacement des habitants de Kinshasa.
« Nous avons vu les travaux de stabilisation ainsi que le tracé de cette future route à deux fois deux voies. Tout cela permettra d’améliorer durablement les déplacements des Kinois », a-t-elle souligné.
Judith Suminwa Tuluka a par ailleurs replacé ce projet dans la vision nationale de modernisation des grands corridors routiers portée par le Chef de l’État afin de renforcer la connectivité entre les provinces et les espaces économiques du pays.
Le défi des indemnisations au cœur des préoccupations

Malgré l’avancement des travaux, la Première Ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer les opérations d’expropriation et d’indemnisation des populations concernées afin d’éviter tout retard dans l’exécution du projet.
« Le principal défi aujourd’hui reste l’expropriation et l’indemnisation des populations concernées sur certains tronçons. Nous nous sommes entendus avec notre partenaire chinois, dans le cadre du programme SICOMINES, pour finaliser ces opérations afin de permettre l’achèvement du projet dans les délais prévus, idéalement d’ici septembre 2027 », a-t-elle indiqué.
Le partenariat sino-congolais mis au service des infrastructures

La Cheffe du Gouvernement a enfin salué les retombées du partenariat sino-congolais revisité sous l’impulsion du Président de la République, estimant que celui-ci permet désormais d’accroître les investissements dans les infrastructures structurantes au bénéfice direct des populations.
« Aujourd’hui, les résultats commencent à être visibles. Les travaux ne concernent pas seulement Kinshasa. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large de connexion des provinces et des grands corridors économiques du pays », a-t-elle conclu.
Le projet des rocades s’inscrit dans le troisième pilier du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028 consacré à « l’aménagement du territoire national en vue d’une connectivité maximale », avec pour objectif de renforcer les infrastructures stratégiques et d’améliorer durablement la mobilité urbaine et interprovinciale.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
