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RDC : Pas de légitimité politique pour les armes, mais une place à la table du Dialogue ( Tribune de Me Nana-Nicole Eloko Ekodi, présidente de « la Dynamique Le Choix de la Liberté »/DCL)
Un principe doit d’abord être clairement posé : prendre les armes contre la République ne confère aucune légitimité politique et ne saurait constituer un raccourci vers le pouvoir. Une rébellion ne peut être transformée en moyen d’accès aux institutions, pas plus qu’un rapport de force politique ne devrait permettre d’obtenir des fonctions publiques au nom d’une sortie de crise.
Il convient également de s’interroger sur les repositionnements qui accompagnent traditionnellement l’annonce d’un dialogue politique. Un processus destiné à résoudre une crise nationale ne devrait jamais devenir une occasion de redistribuer les fonctions, de satisfaire des ambitions individuelles ou de récompenser ceux qui auront réussi à imposer un rapport de force.
La gravité de la crise congolaise interdit de réduire la recherche de la paix à une négociation de positions politiques.

La République n’est le patrimoine privé d’aucune génération politique. Le pouvoir n’est pas une propriété susceptible d’être redistribuée au gré des crises, des alliances et des rapports de force. Il procède de la souveraineté populaire et toute solution politique devrait, avant toute autre considération, répondre à l’intérêt de la Nation.
Mais une autre confusion doit également être évitée : dialoguer avec ceux qui ont pris les armes ne signifie pas légitimer les armes.
Si le dialogue est envisagé comme un mécanisme de sortie de crise, il doit nécessairement tenir compte des différentes composantes et des principaux protagonistes de cette crise.
Le pouvoir en place en est un acteur. Les forces politiques et sociales concernées en sont également des acteurs. Ceux qui ont choisi la voie des armes, aussi condamnable que soit ce choix, sont devenus de fait des protagonistes du conflit.
Reconnaître cette réalité ne signifie ni établir une équivalence entre les responsabilités ni accorder à toutes les parties une légitimité identique.
Le suffrage confère la légitimité démocratique.
La justice établit les responsabilités.
Le dialogue recherche les conditions d’une sortie de crise.
Ces trois dimensions ne peuvent être confondues.
Il est donc parfaitement cohérent de refuser que les armes deviennent un moyen d’accès au pouvoir tout en reconnaissant qu’un conflit armé ne peut durablement être résolu sans que ceux qui y participent soient concernés par le processus destiné à y mettre fin.
La question de la méthode devient alors fondamentale.
Lorsqu’un acteur est lui-même directement impliqué dans une crise, il ne peut raisonnablement déterminer unilatéralement le cadre, les conditions, les participants et les limites du processus appelé à résoudre cette même crise.
La crédibilité d’un dialogue repose nécessairement sur un minimum de consensus quant à ses règles, à son format et à ses objectifs.
Un véritable dialogue national doit donc être inclusif, sincère et crédible, sans pour autant devenir un mécanisme de redistribution du pouvoir.
L’inclusivité ne signifie ni impunité ni récompense politique.
Les acteurs armés doivent pouvoir participer à la recherche des conditions permettant de mettre fin aux hostilités, mais cette participation ne devrait leur conférer aucun droit automatique à une fonction publique ni transformer la violence en capital politique.
Le pouvoir, quant à lui, doit préserver les institutions et la continuité de l’État tout en acceptant qu’un processus de résolution d’une crise nationale exige un cadre suffisamment consensuel pour inspirer confiance aux différentes parties.
Les acteurs politiques doivent enfin apporter des propositions susceptibles de contribuer à la stabilité du pays, plutôt que considérer le dialogue comme une nouvelle possibilité de repositionnement institutionnel.
Et au centre de ce processus doit demeurer celui au nom duquel chacun affirme agir : le peuple congolais.
Le véritable choix n’est donc pas entre l’inclusivité et la défense des institutions.
Il est possible de défendre simultanément la légitimité issue du suffrage, le refus de la prise du pouvoir par les armes, la responsabilité devant la justice et la nécessité d’un dialogue véritablement inclusif.
Le dialogue doit servir à résoudre la crise, non à redistribuer la République.
La paix peut se négocier. Le Congo, lui, ne se partage pas.
Nana-Nicole Eloko Ekodi
Présidente de la Dynamique le Choix de la Liberté (DCL)
Présidente de l’association Figures de Femmes Inspirées (FFI)
Présidente de la Fondation la Femme de Lomela.