Mine
RDC : malgré la flambée des coûts, Kibali reste un jackpot aurifère stratégique
Malgré une hausse spectaculaire des coûts d’exploitation, la mine d’or de Kibali, située dans la province du Haut-Uélé, continue d’afficher des performances financières impressionnantes. Selon les données communiquées par Barrick Gold, actionnaire à 45 % de cette coentreprise, les coûts complets de production (AISC) ont atteint 1 337 dollars par once en 2025, contre 948 dollars en 2022, soit une progression de 41 % en trois ans.
Cette augmentation s’explique notamment par des contraintes géologiques et opérationnelles croissantes. Pour accéder au minerai, la mine doit déplacer des volumes toujours plus importants de roches stériles, entraînant des dépenses élevées en carburant, maintenance et main-d’œuvre. À cela s’ajoute une baisse progressive de la teneur du minerai, passée de 3,39 g/t en 2022 à 2,79 g/t en 2025, obligeant les équipes à traiter davantage de roche pour produire la même quantité d’or.
Cependant, ces pressions n’ont pas empêché Kibali de réaliser des résultats spectaculaires. En 2025, le chiffre d’affaires de la mine a dépassé le milliard de dollars, tandis que le bénéfice net attribuable à Barrick a atteint 527 millions de dollars, contre 142 millions trois ans plus tôt. La rentabilité reste soutenue par des cours de l’or exceptionnellement élevés, avoisinant 3 500 dollars l’once, ce qui compense largement le recul de la production.
Actif majeur entré dans sa deuxième décennie d’exploitation, Kibali demeure aujourd’hui un pilier stratégique pour Barrick, l’État congolais et ses partenaires. Les investissements nécessaires pour maintenir la production ont fortement augmenté, illustrant les défis d’une mine arrivée à maturité, mais aussi son importance économique pour la RDC, notamment à travers les recettes fiscales et les flux financiers générés.
À l’avenir, la trajectoire de Kibali dépendra largement de l’évolution des prix de l’or sur le marché mondial. Si la mine reste très rentable dans le contexte actuel, la hausse rapide des coûts pose une question centrale : jusqu’à quand des prix élevés pourront-ils compenser la dégradation progressive des conditions d’extraction ? Une interrogation majeure pour Kibali, mais aussi pour l’ensemble de l’industrie aurifère africaine.
Dorcas Mwavita
Mine
Exploitation minière dans le Haut-Uélé : des allégations visent le Directeur général de la GEMIUELE ; les personnes mises en cause disposent du droit de fournir leurs moyens de défense
Ce travail journalistique a été mené en collaboration avec des lanceurs d’alerte, des chercheurs, des artisans spoliés et des médias, avec tout le sérieux et la rigueur nécessaires. Il n’a pas pour objectif de nuire à qui que ce soit, mais de servir un seul impératif : l’établissement de la vérité sur la gestion des ressources minières dans la province du Haut-Uélé.
C’est précisément dans cet esprit d’équité et de responsabilité que nous laissons un délai de 72 heures aux personnes concernées — au premier rang desquelles le Directeur général de la GEMIUELE, Hassan LOBIA, et le président du Conseil d’administration, l’honorable Bismick BOELE — pour nous fournir leurs moyens ou éléments de défense. Leurs réponses seront intégralement publiées et soumises à l’appréciation du public. Ce que notre enquête a établi jusqu’ici est sans équivoque.
Une exploitation minière non conforme au Code minier congolais a bel et bien été conduite sur les quatre sites de NDANDA, TORA, SUAKA et MADAMBA, dans les territoires de Watsa, Faradje et Dungu. Nos vérifications de terrain confirment que ces opérations ont été coordonnées par le Directeur général de la GEMIUELE, qui aurait déployé des équipes techniques comprenant des sujets étrangers sans validation du Conseil d’administration, sans autorisation préalable des autorités compétentes et sans information des députés provinciaux.
Un obstacle majeur entrave cependant l’établissement complet des faits : les rapports journaliers de ces activités demeurent inaccessibles. Plusieurs superviseurs détenteurs de ces documents — dont les noms ont été recueillis et recoupés : le Dr Isaac et Aristote MASTAKI à NDANDA, Isaac OKADANE, neveu du Directeur général, et Eric LOBIA à TORA, Frédéric MADANGI à MADAMBA, ainsi qu’Exaucé Boby, superviseur en chef à Libombi — ont opposé un refus à notre équipe.
La raison invoquée est la suivante : selon les dires mêmes du Directeur général de la GEMIUELE, ces opérations seraient menées sur instruction du gouverneur de province Jean Bakomito Gambu. Actuellement, sur les quatre sites auparavant exploités, seuls deux sont restés opérationnels. Les deux autres ont été fermés sous la pression du procureur près le tribunal de paix de Dungu, qui est intervenu pour suspendre le site de NDANDA, dans la zone d’Awe Sepela.
Mais aussi celui de MADAMBA, où des activités d’exploitation présumées en zone protégée ont conduit à l’interpellation de deux individus, dont le superviseur en chef Exaucé Boby. Seuls demeurent actifs à ce jour le site de SUAKA, sous la supervision d’un militant de l’ARDC, et celui de TORA, où Isaac OKADANE et Eric LOBIA poursuivraient leurs opérations. Ces interventions judiciaires confirment la gravité des faits et renforcent l’urgence d’une enquête globale.
C’est pourquoi, au terme du délai de 72 heures et conformément à notre devoir d’information, l’ensemble des éléments médiatiques en notre possession sera formellement transmis aux ministres de tutelle concernés : le ministre des Mines Louis Watum Kabamba, le ministre d’État de la Justice et Garde des Sceaux Guillaume Ngefa Atondoko et le Vice-Premier ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani. Notre équipe poursuit son enquête et publiera les développements à venir.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
