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RDC : L’université fabrique-t-elle des diplômés… ou des chômeurs ?
À quelques semaines de la rentrée académique 2026-2027, une scène observée à l’Université de Kinshasa résume à elle seule le paradoxe de l’enseignement supérieur congolais : des milliers de jeunes se bousculent pour accéder à quelques centaines de places, avec le rêve d’un diplôme et d’une vie meilleure. Mais après les longues années d’études, combien trouveront réellement leur place sur le marché du travail ?

3 000 candidats pour 500 places : le vertige universitaire
Mercredi 16 septembre, à l’Université de Kinshasa, la Faculté de Médecine humaine a été confrontée à une affluence impressionnante. Pour un auditoire prévu pour environ 500 étudiants, près de 3 000 candidats auraient pris part au concours d’admission.
La scène est symbolique.
Elle traduit d’abord l’aspiration d’une jeunesse qui continue de croire que l’université constitue l’une des principales portes d’entrée vers la réussite sociale. Mais elle révèle également une pression croissante sur un système universitaire confronté à l’explosion de la demande.
Ils sont des milliers à vouloir devenir médecins, ingénieurs, juristes, économistes, informaticiens, enseignants ou spécialistes dans divers domaines.
Mais une question demeure volontairement dérangeante : l’économie congolaise est-elle capable d’absorber tous ces futurs diplômés ?
Le diplôme ne garantit plus l’emploi
Pendant des années, le diplôme universitaire a représenté un puissant symbole d’ascension sociale.
Aujourd’hui, son pouvoir semble beaucoup plus relatif.
Un jeune peut consacrer 5, 6, 7 ou 8 années à sa formation, décrocher un diplôme et se retrouver quelques mois plus tard dans la même file d’attente que des milliers d’autres demandeurs d’emploi.
Le paradoxe est brutal : plus le nombre de diplômés augmente, plus la bataille pour les rares opportunités professionnelles devient rude.
L’université promet la qualification. Le marché du travail, lui, ne garantit pas l’emploi.
Des médecins derrière les guidons
Le phénomène peut prendre des proportions particulièrement paradoxales dans certaines professions.
Après plusieurs années de formation médicale, certains diplômés peuvent être contraints de se tourner vers d’autres activités pour subvenir à leurs besoins : enseignement, commerce, hôtellerie, transport ou activités informelles.
Le cas de jeunes diplômés devenant conducteurs de véhicules ou de motos-taxis est particulièrement révélateur.
Il ne s’agit évidemment pas de dévaloriser ces métiers. Tous les travaux honnêtes méritent respect et dignité. Mais le contraste interpelle : comment expliquer qu’une société investisse pendant des années dans la formation d’un spécialiste sans parvenir ensuite à créer les conditions lui permettant d’exercer son métier ?
Le fameux « 2 ans d’expérience » qui ferme la porte
Comme si le chômage ne suffisait pas, un autre obstacle attend les jeunes diplômés : l’expérience professionnelle.
2 ans d’expérience. 5 ans. Parfois davantage.
Mais une question simple revient : où le jeune doit-il acquérir cette expérience si personne ne veut lui donner sa première chance ?
Le paradoxe est devenu presque institutionnel : on demande au débutant d’avoir déjà travaillé pour pouvoir commencer à travailler.
Cette situation pousse certains jeunes à multiplier les stages non rémunérés, à accepter des emplois sans rapport avec leur formation ou, tout simplement, à abandonner progressivement leur domaine de spécialisation.
Quand l’université devient une salle d’attente
Le problème dépasse donc les seuls étudiants.
Il concerne la société entière.
Une famille peut consacrer des années et des ressources importantes à la scolarité d’un enfant. Celui-ci obtient son diplôme avec l’espoir de contribuer à son tour à l’économie familiale.
Mais si, au bout du parcours, il ne trouve ni emploi, ni financement pour entreprendre, ni mécanisme d’accompagnement, le diplôme risque de devenir davantage un document conservé dans un tiroir qu’un véritable outil d’insertion.
À quoi sert alors de multiplier les diplômés si l’économie ne multiplie pas simultanément les opportunités ?
Une jeunesse formée, mais insuffisamment financée
La réponse ne réside pas uniquement dans l’université.
Elle se trouve également dans l’environnement économique.
Un jeune qui souhaite entreprendre a besoin d’un minimum de capital, d’un accès au crédit, d’un accompagnement, d’une formation pratique et d’un marché.
Or, pour beaucoup, l’accès au financement reste difficile.
La RDC dispose pourtant d’une population jeune et d’immenses ressources naturelles. Le véritable défi consiste à transformer cette abondance démographique et ces ressources en opportunités économiques concrètes.
Sans cela, le risque est de voir se creuser le fossé entre une jeunesse de plus en plus diplômée et une économie incapable de lui offrir suffisamment de perspectives.
Former pour quoi faire ?
C’est probablement la question la plus inconfortable.
Faut-il continuer à ouvrir massivement les portes des universités sans repenser parallèlement les besoins du marché du travail ?
Faut-il encourager davantage les filières techniques et professionnelles ?
Comment rapprocher les universités des entreprises ?
Comment faire du stage une véritable passerelle vers l’emploi plutôt qu’une simple formalité académique ?
Et surtout, comment financer les jeunes qui souhaitent créer plutôt que chercher indéfiniment un emploi ?
Ces interrogations dépassent largement les étudiants. Elles interpellent l’État, les universités, les entreprises, les banques et l’ensemble des acteurs économiques.
Le vrai examen commence après l’université
Le concours d’admission de l’UNIKIN n’est finalement qu’un premier examen.
Le véritable examen viendra plusieurs années plus tard.
Ce jour-là, le jeune diplômé ne sera plus face à un jury universitaire. Il sera face à un marché du travail exigeant, à des offres parfois rares, à des contraintes financières et à la nécessité de prouver sa capacité à créer ou à trouver sa place dans une économie en mutation.
La RDC ne manque pas seulement de diplômés. Elle manque surtout d’un système suffisamment solide pour transformer ses diplômés en forces productives.
La rentrée académique 2026-2027 devrait donc être davantage qu’une nouvelle saison d’inscriptions et de cérémonies universitaires.
Elle devrait relancer une question essentielle : quel avenir professionnel préparons-nous réellement à cette jeunesse que nous encourageons chaque année à étudier ?
Parce qu’une nation ne se mesure pas uniquement au nombre de diplômes qu’elle délivre.
Elle se mesure aussi à sa capacité à donner une utilité économique et sociale aux compétences qu’elle contribue à former.
Blaise ABITA
Journaliste congolais intéressé par la science et le système éducatif du pays.