Provinces
RDC : l’interpellation de Papy Kalala en Ituri provoque un tôlée, Jedidia Mabela dénonce « Une arrestation arbitraire »
L’arrestation de Papy Kalala, militant du mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA), suscite une nouvelle vague d’inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains et les acteurs de la société civile en République démocratique du Congo.
Dans une alerte rendue publique ce mercredi 19 août 2026 sur son compte X, Jedidia Mabela, politologue et militant de la LUCHA, affirme que Papy Kalala a été arrêté depuis le mardi 18 août à Mambasa, dans la province de l’Ituri. Selon lui, le militant a été transféré ce mercredi à l’auditorat militaire de Bunia, où il serait poursuivi pour des faits qualifiés de « démoralisation de l’armée ».
« J’alerte la communauté des défenseurs des droits humains ainsi que l’opinion publique nationale et internationale sur l’arrestation de Papy Kalala, militant de la luchaRDC depuis ce mardi 18 août 2026, à Mambasa dans la province de l’Ituri », déclare Jedidia Mabela.
Le militant poursuit son alerte en précisant :
« Il a été acheminé ce 19 août à l’auditorat militaire de Bunia où il est accusé de démoraliser l’armée »
Cette affaire intervient dans un environnement sécuritaire particulièrement préoccupant dans le territoire de Mambasa, où les populations civiles demeurent confrontées aux violences des groupes armés, notamment aux attaques attribuées aux ADF.
La société civile dans le viseur des autorités ?
Au-delà du cas individuel de Papy Kalala, Jedidia Mabela établit un lien entre cette arrestation et la situation plus générale des acteurs de la société civile qui, selon lui, documentent les violences dans la région.
« Il sied de signaler que cette arrestation intervient dans un contexte particulier où les acteurs de la société civile qui dénoncent les massacres des ADF dans les 7 chefferies du territoire de Mambasa, sont systématiquement traqués par les autorités de l’État de siège, qui peinent pourtant à assurer la sécurité des populations civiles », affirme-t-il.
Cette déclaration soulève une interrogation de fond sur l’équilibre entre les impératifs sécuritaires et la préservation de l’espace civique dans une province déjà confrontée depuis plusieurs années à une insécurité persistante.
Un appel à la libération
Face à cette situation, Jedidia Mabela demande explicitement la libération du militant de la LUCHA et interpelle les autorités sur leur responsabilité dans la protection des populations.
« J’en appelle à la libération immédiate et sans condition de Papy, et au rétablissement de la sécurité dans cette partie du territoire national longtemps meurtrie », plaide-t-il.
L’appel du politologue intervient alors que les défenseurs des droits humains congolais continuent de dénoncer les risques auxquels sont exposés les militants qui documentent les violations des droits humains dans les zones de conflit.
Par ailleurs, le cas de Jedidia Mabela lui-même avait déjà suscité des réactions d’organisations internationales de défense des droits humains. En 2025, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, avait dénoncé sa détention et demandé la fin du harcèlement judiciaire à son encontre.
Une préoccupation également portée par les mouvements panafricanistes
La question de la protection des voix citoyennes dépasse toutefois le seul cadre congolais. Au cours du mois de juillet 2026, des acteurs et mouvements panafricanistes réunis au Sénégal avaient également placé les libertés publiques, la souveraineté des peuples africains et la défense des droits fondamentaux au centre de leurs préoccupations.
Cette convergence des préoccupations entre les mouvements citoyens congolais et les réseaux panafricanistes traduit une réalité plus large : dans plusieurs pays africains, les organisations de la société civile revendiquent un espace public dans lequel la dénonciation des violences, la critique de l’action publique et la défense des populations civiles puissent s’exercer sans intimidation.
Dans le cas de Papy Kalala, les regards sont désormais tournés vers l’auditorat militaire de Bunia et les autorités de l’État de siège. La priorité pour la LUCHA est de déterminer avec précision les faits reprochés au militant, le fondement juridique de sa détention et les garanties procédurales dont il bénéficie.
L’affaire pose ainsi une question fondamentale : dans une région où les populations sont confrontées aux massacres et à l’insécurité, la dénonciation des violences par les acteurs de la société civile peut-elle être assimilée à une entreprise de démoralisation des forces armées ?
Pour les défenseurs des droits humains, la réponse ne saurait être recherchée dans la restriction de la parole citoyenne, mais dans le renforcement simultané de la sécurité des populations, de la responsabilité publique et de l’État de droit.
Blaise ABITA/CONGOPROFOND.NET