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RDC : L’EDNAT-NC prépare la refonte de la section littéraire et de l’enseignement du latin
La Direction des programmes et manuels scolaires et didactique (Dipromad) mène une réflexion sur la réforme de la section littéraire, option latin-philosophie. L’objectif est de rendre cette formation plus pratique et de permettre aux diplômés d’État d’accéder à des débouchés professionnels dès la fin du secondaire.
La section littéraire, option latin-philosophie, pourrait connaître une profonde transformation en RD Congo.
Face aux mutations de la société et aux exigences du monde professionnel, le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté envisage de revisiter cette filière ainsi que l’enseignement du latin.
Une réflexion est actuellement menée au sein de la Direction des programmes et manuels scolaires et didactique (Dipromad), afin d’apporter une réponse concrète aux préoccupations liées à l’avenir de cette section. C’est ce qu’a confié à CONGOPROFOND.NET M. Mpoyi Bisasa Timothée-Hyppolite, inspecteur principal à l’Inspection générale de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, et ancien professeur de latin à l’Institut Lumumba de Kinshasa.

Du prestige de la formation classique à la nécessité d’une réforme
Historiquement, la section littéraire était considérée comme une pépinière destinée à former l’élite intellectuelle du pays. L’enseignement du latin devait notamment contribuer à la maîtrise de la langue française et préparer les élèves à des professions telles que le droit, le journalisme ou l’enseignement.
« À l’origine, la section littéraire était une sorte de préparation ou de pépinière pour préparer l’élite. L’enseignement du latin a ainsi préparé les futurs avocats, journalistes et autres élites », a expliqué l’inspecteur principal Mpoyi.
Mais avec l’évolution de la société, cette vocation semble nécessiter une adaptation.
Selon cet ancien enseignant de latin, la formation actuelle ne garantit pas suffisamment de débouchés professionnels directs aux diplômés d’État.
« Les diplômés d’État en section littéraire sont obligés de poursuivre leurs études au niveau supérieur, alors que ce n’est pas tout le monde qui en a les moyens ni le temps », a-t-il fait remarquer.
Le latin au cœur de la réflexion
Longtemps présenté comme un outil privilégié pour la maîtrise du français, en raison de l’origine latine d’une grande partie de son vocabulaire, l’enseignement du latin fait aujourd’hui l’objet d’un questionnement sur sa place et ses méthodes.
L’enjeu n’est pas nécessairement de remettre en cause l’intérêt culturel et intellectuel des langues anciennes, mais de repenser leur enseignement afin qu’il réponde davantage aux réalités contemporaines.
La réforme envisagée devrait ainsi permettre de dépasser une formation essentiellement axée sur la mémorisation et l’étude de textes classiques, notamment ceux de Cicéron et de Jules César, pour proposer des apprentissages davantage orientés vers les compétences et les métiers.
Vers une section littéraire plus pratique
La réflexion de la Dipromad vise à rendre la section littéraire plus concrètement utile aux élèves qui achèvent leurs études secondaires. À terme, les diplômés pourraient être mieux préparés à exercer certaines activités professionnelles en lien avec leur formation.
Parmi les pistes évoquées figurent l’intégration de nouvelles matières, notamment la pédagogie, le journalisme et l’informatique. Ces enseignements devraient contribuer à développer des compétences directement mobilisables dans le monde du travail.
L’objectif annoncé est de permettre aux futurs diplômés de s’orienter vers des métiers tels que le journalisme, l’enseignement ou le secrétariat, sans que la poursuite des études supérieures constitue l’unique perspective.
Des matières à revoir et de nouvelles disciplines à intégrer
La refonte envisagée pourrait entraîner la suppression de certains cours ou de certaines matières, ainsi que l’introduction de nouveaux enseignements.
Dans cette perspective, la realia et l’histoire pourraient être fusionnées. Certaines séquences historiques jugées moins prioritaires dans le cadre d’un programme modernisé pourraient également être allégées, notamment celles consacrées aux guerres mérovingiennes, aux guerres de Napoléon Bonaparte, aux Horaces et aux Curiaces, à la guerre de Mithridate ou encore aux aventures de Pompée à Pharsale.
Le souhait est également de renforcer l’apprentissage du latin par l’introduction d’une langue vivante, notamment parmi les langues indo-européennes et germaniques. L’italien, l’espagnol et l’allemand figurent parmi les pistes évoquées.
Un programme unique pour la quatrième des humanités
L’enseignement du latin en quatrième des humanités, correspondant à l’ancienne sixième des humanités, devrait lui aussi faire l’objet d’une harmonisation.
L’un des problèmes soulevés concerne la coexistence de textes et de programmes différents selon les années paires et impaires, une situation qui complique parfois le travail des enseignants.
La réforme devrait conduire à l’adoption d’un programme unique, afin de faciliter l’enseignement et d’assurer une meilleure cohérence dans la formation des élèves.
Une réforme annoncée dans les 2 prochaines années
Selon les indications fournies par l’inspecteur principal Mpoyi Bisasa Timothée-Hyppolite, la mise en œuvre de ces réformes pourrait intervenir dans un délai de deux ans, le temps de permettre aux équipes scientifiques de la Dipromad de finaliser leurs travaux.
Les principales innovations seront rendues publiques en temps opportun, a-t-il précisé.
À travers cette démarche, le ministère entend adapter la section littéraire et l’enseignement du latin aux réalités actuelles, avec l’ambition de former des diplômés mieux outillés pour leur insertion professionnelle après le secondaire.
Emile YIMBU / CONGOPROFOND.NET