Justice
RDC : Le député Janvier Mseyibwa soupçonne un détournement de 70.000.000.000 CDF à charge du Président du Conseil Supérieur de la Magistrature
Le député national Janvier Mseyibwa Apele, élu de la circonscription de Fizi au Sud-Kivu, n’a pas de doutes que le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature a détourné au moins 70.000.000.000 FC (soixante-dix milliards de francs congolais) destinés à la mécanisation de nouveaux magistrats recrutés en 2022 en RDC.
Le député national a, en effet, découvert que sur un total de 364.478.740.204 FC alloué et débloqué par le gouvernement comme budget annuel en faveur du pouvoir judiciaire, une bonne partie, réservée à la paie de nouvelles recrues à la magistrature a changé de destination. L’élu de Fizi découvre que «ces nouvelles recrues à la magistrature n’ont jamais bénéficié de ce montant pour des défauts d’acte de nomination». Il le tient du ministre de Budget, à la faveur d’une question écrite initiée par lui, qui l’informe que le Conseil Supérieur de la magistrature a utilisé cette somme pour majorer les salaires des magistrats en fonction en 2024.
Le député, qui se veut très regardant, s’étonne que le Conseil Supérieur de la Magistrature réaffecte le budget à sa guise, sans requérir l’aval du Parlement (Sénat et Assemblée nationale), autorité budgétaire. La question du député national est claire : «le Conseil Supérieur de la magistrature a-t-il le pouvoir d’utiliser, comme il voudrait, une partie de son budget adopté par l’autorité budgétaire pour des objectifs autres que ceux pour lesquels les crédits ont été approuvés ?»
Pour le député, le Conseil Supérieur de la Magistrature aurait dû remettre l’enveloppe non utilisée au Trésor Public, étant donné que les nouveaux magistrats den’étaient pas encore en droit d’en bénéficier [puisque non nommés], ou simplement demander l’autorisation de l’autorité budgétaire avant toute réaffectation.
Le non-dit de cette saga, c’est que le député national penserait qu’il y a détournement axé sur le mépris du Conseil Supérieur de la magistrature, qui se passe délibérément du Parlement, l’autorité budgétaire.
Dans sa question orale avec débat adressée au Président du Conseil Supérieur de la magistrature, le député Janvier Mseyibwa Apele demande à l’intéressé de prouver que cette somme de soixante-dix milliards de francs congolais a effectivement servi à la majoration des salaires de magistrats en fonction. Cerise sur le gâteau, le président du CSM doit surtout fournir devant la représentation nationale le nombre des magistrats qu’il y a au pays et de fournir des explications sur l’utilisation de cette somme.
Émile Yimbu/ CONGOPROFOND.NET
À la Une
Kenge : Des réactions contrastées à l’annonce du retour de 2 magistrats
L’annonce du retour prochain à Kenge du magistrat Makwanza et du procureur Émile Ndjale continue de susciter des réactions au sein d’une partie de la population du chef-lieu de la province du Kwango, particulièrement parmi certains groupes de jeunes.
Selon plusieurs sources locales, des discussions seraient en cours au sein de la jeunesse afin d’évaluer les actions à entreprendre pour exprimer leur désaccord avec cette éventuelle réaffectation. Des consultations informelles se tiendraient notamment autour de l’organisation d’activités citoyennes destinées à faire entendre leur position.
D’après les informations recueillies, plusieurs options seraient envisagées. Certains jeunes évoqueraient la possibilité de profiter de la marche de l’opposition prévue le 3 juin pour faire connaître leurs préoccupations, tandis que d’autres privilégieraient une initiative distincte à une date ultérieure afin de démontrer leur mobilisation.

Un retour qui ravive des controverses passées
Le magistrat Makwanza et le procureur Émile Ndjale avaient déjà fait l’objet de critiques de la part d’une frange de la population locale concernant leur gestion de certains dossiers judiciaires. À l’époque, plusieurs accusations avaient été formulées à leur encontre par des citoyens et des organisations locales.
Ces allégations portaient notamment sur de supposés abus dans l’exercice de leurs fonctions ainsi que sur des comportements jugés incompatibles avec leurs responsabilités. Toutefois, il convient de rappeler que ces accusations relèvent des dénonciations faites par leurs détracteurs et qu’elles n’ont pas nécessairement fait l’objet de décisions judiciaires définitives établissant leur responsabilité.
En juillet 2025, un mouvement de contestation populaire avait conduit à une forte tension dans la ville de Kenge, poussant les deux magistrats à quitter temporairement leur poste.
Entre interrogations et attentes
L’éventualité de leur retour suscite aujourd’hui diverses interrogations au sein de la population. Certains habitants estiment que cette décision risque de raviver des tensions encore présentes, tandis que d’autres appellent au respect des procédures administratives et judiciaires en vigueur.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs plaident pour l’apaisement et le dialogue afin d’éviter toute escalade et de garantir le maintien de l’ordre public. Les autorités compétentes sont également attendues sur leur capacité à gérer cette situation avec sérénité et dans le respect de l’État de droit.
Alors que les spéculations se multiplient, l’attention reste désormais tournée vers les prochaines décisions administratives et les réactions qu’elles pourraient susciter au sein de la population de Kenge.
Émile Yimbu/CONGOPROFOND.NET
