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RDC : l’apport des OSC pour la participation massive des femmes et filles aux élections de 2023

La République Démocratique du Congo se prépare pour la 4ème fois à l’organisation d’élections libres et démocratiques. Pour ces futures échéances, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) attend plus de 103.000 électeurs, femmes et hommes pour un siège électoral, a déclaré le Directeur des opérations de la CENI Joseph Senda, cité dans une dépêche de la cellule de la communication de la CENI. Selon la même dépêche, le nombre des sièges sera déterminé à la suite de l’enrôlement des électeurs après le nettoyage du fichier électoral. A cet effet, certaines organisations de la société civile notamment le Cadre permanent de Concertation de la Femme congolaise (CAFCO), le mouvement Rien sans les femmes (RSLF), le Forum des Femmes Citoyennes et Engagées pour la Gouvernance, la Démocratie et le Développement (FOFECEGDD) et la Dynamique nationale des Femmes candidates (DYNAFEC) s’organisent à leur manière pour accompagner les femmes et les filles à participer massivement et se faire élire à ces prochaines échéances électorales.

Parmi ces organisations, il y a la Dynamique Nationale des Femmes Candidates (DYNAFEC), une structure née après l’expérience des élections générales de 2018. Elle regorge en son sein, à en croire sa coordinatrice nationale et défenseuse des droits des femmes et des enfants, Carine Kanku, des femmes qui ont chacune une expérience à capitaliser pour les échéances futures. Cette structure est une idée des femmes candidates qui n’avaient pas été proclamées élues aux élections de 2018 et qui s’étaient résolues de se mettre ensemble et capitaliser des énergies pour mieux affronter les échéances futures.

Pour cette ancienne candidate, en ce qui est de l’apport de la DYNAFEC par rapport aux élections qui pointent à l’horizon, sa structure va vers les potentielles nouvelles candidates, pour surtout relever le défi de la parité.
«On a besoin des femmes qui puissent exprimer leurs intentions car les lois nous sont favorables. Il suffit de se manifester, de pouvoir se positionner pour y arriver. Peut-être que certaines femmes ne connaissent pas tous ces outils juridiques nationaux qui sont favorables à la participation égalitaire en RDC.

La DYNAFEC regroupe les femmes politiques de toutes les tendances confondues. Lors des échéances passées il n’y a pas eu une forte participation des femmes. Nous avons constaté une baisse par rapport aux cycles précédents.

«Je crois que pour 2023 les femmes vont pouvoir répondre positivement, car la bonne nouvelle est que la tendance à voter les femmes est montée légèrement, et c’est quelque chose à saluer. C’est un défi pour nous de voir les femmes être alignées sur les listes paritaires. Voilà pourquoi nous nous battons pour relever ce défi. D’ailleurs, nous sommes sûr d’avoir un électorat propice. Vous l’avez peut-être remarqué comme nous qu’aux élections des gouverneurs, 4 femmes ont été élues, et nous pensons que la tendance est en train d’aller crescendo», a déclaré Mme Carine Kanku.

Le renforcement des capacités, la sensibilisation et la mobilisation des femmes à l’interne, c’est ainsi que fonctionne la DYNAFEC. Une manière pour elle d’accompagner les femmes et les filles à participer aux prochaines élections.

En dehors de la sensibilisation, la DYNAFEC mène aussi des plaidoyers auprès des différentes cibles, notamment auprès des partis politiques.
« Il n’y a pas si longtemps, avant même la publication de la loi électorale, nous avons fait un sit-in de 10 jours devant l’assemblée nationale. Nous faisons aussi des lobbyings où nous abordons les personnalités, les décideurs pour faire avancer l’agenda genre. En dehors des plaidoyers nous avons le coaching, le mentorat, le partage d’expérience, bref toutes ces activités pour aider la femme à participer de manière égale », a conclu la présidente de la DYNAFEC.
Comme toutes les autres associations féminines, la DYNAFEC croit fermement que les femmes et les filles vont participer massivement aux prochaines élections de 2023.
Carine Kanku pense que dans l’échec, il y a toujours une leçon à tirer.

Déjà sur terrain des organisations pour la cause de la femme et jeune fille s’activent avec l’organisation des activités d’encadrement des femmes et filles pour les prochaines élections.
Le Cadre permanent de la femme congolaise CAFCO qui a pour mission de soutenir la participation politique des femmes et l’amélioration de la représentativité féminine à des postes de prise de décision, a récemment organisé un atelier de formation des femmes. A travers cette activité, l’objectif reste celui de fournir aux participantes des techniques d’accompagnement personnalisées afin d’améliorer la représentativité des femmes aux prochains scrutins.
Mme Félicité Kanku, trésorière et Présidente ad intérim de CAFCO, affirme que sa structure a toujours accompagné les femmes.

« Notre rôle est de former les femmes en coaching et en communication politique. Au sein de CAFCO, nous poussons les femmes à se connaître, à se situer quelque part pour qu’elles s’assument par rapport à la politique. Notre accompagnement se base plus sur la formation. Nous montrons aux femmes ce qu’elles doivent faire et ne pas faire en tant que politique. Notre rôle c’est aussi, les aider à se préparer à temps », explique-t-elle.
A elle d’affirmer qu’ « il n’y a pas que les femmes politiques qui sont concernées par l’accompagnement de CAFCO, il y a aussi les femmes de la société civile »,révèle-t-elle.

Pour CAFCO, « C’est une manière pour nous de susciter un engagement actif en ces femmes qui ne sont pas encore engagées pour qu’elles prennent une décision qui s’impose parce qu’il y a beaucoup qui sont dans la société civile et qui ont peur. Mais chaque fois que nous formons les femmes politiques, nous prenons soin d’en former aussi celles qui militent dans les OSC (Organisation de la société civile) pour les amener à faire de la politique active », poursuit-elle.
A Mme Félicité d’ajouter que, « Depuis l’évaluation de la faible participation des femmes aux élections de 2006, nous avons accompagné plusieurs femmes à ce jour. C’est pourquoi, à chaque cycle électoral nous accompagnons et formons au moins 100 femmes », révèle-t-elle.
« Les moyens sont limités en tant qu’une ONG. Notre souhait est de nous déployer dans toute la République pour voir aussi d’autres femmes qui sont là-bas. Les résultats de notre accompagnement sont très positifs. Que ça soit pour les femmes qui ont été élues ou celles qui ne sont pas élues, elles ont vraiment amélioré leur façon de faire en tant que femme politique, leur façon de parler, de réfléchir. Il y a beaucoup d’amélioration dans le chef des femmes que nous avons accompagné jusque-là », déclare-t-elle.

Comme CAFCO, le Forum des Femmes Citoyennes et Engagées pour la Gouvernance, la Démocratie et le Développement (FOFECEGDD), fait de l’accompagnement surtout technique en fournissant aux femmes et aux filles les bonnes informations sur le processus électoral afin de les préparer pour les prochaines élections.
« Déjà avec la mise en place de la synergie des femmes politiques ETALI BISO, qui est un cadre de partage d’informations, de mentorat, de renforcement des capacités et de sensibilisation de ces dernières pour accroitre cette fois, la forte participation de cette catégorie des personnes aux élections de 2023 », confie maître Marie Lukusa, présidente du FOFECEGDD.

Des femmes bénéficiaires de l’accompagnement technique des OSC se réjouissent des renforcements des capacités et appellent des électrices à jouer aussi leur rôle de soutinir les candidates féminines.
« Moi ainsi que d’autres femmes qui aspirent à la politique, nous bénéficions toujours du coaching des OSC. Dans ces séances comme celle de CAFCO récemment ici, nous apprenons des techniques pouvant nous aider à améliorer notre façon d’agir pour mieux participer aux prochaines élections. Comme femme à des ambitions politiques, nous faisons ce qu’on doit faire comme role. Cependant, pour aller loin, j’estime que nous femmes nous devons être unies pour parler un seul langage et nous soutenir mutuellement pour améliorer notre score en ce qui concerne la participation électorale. Il est vrai que lorsque nous allons de manière dispersé sans repère nous ne saurons pas arriver au sommet », confie Honorine Bokashanga.

La nouvelle loi électorale est-elle un avantage pour la femme?

Pour Maître Liévin Gibungula de la LIZADEEL, en dépit de l’article 14 de la constitution congolaise et de la résolution 1325 du conseil de sécurité de l’ONU qui introduit la notion de représentativité équitable des Femmes dans les instances de prise de décision, la participation féminine est une réalité hors de portée de nombreuses femmes. La nouvelle loi électorale met également en exergue la même notion de la représentativité soulevée dans les deux dispositions sus-évoquées même si cette prise en compte n’est assortie d’aucune obligation ou conséquence sur la recevabilité des listes électorales.
L’une des grandes innovations de la loi du 29 juin 2022 portant organisation des élections présidentielles, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales telle que modifiée, dans son article 13, paragraphe 3 stipule que la liste qui aligne 50% au minimum de femmes dans une circonscription électorale sera exemptée du paiement du cautionnement.

Des OSC face aux partis et regroupements politiques.

La présidente du Forum des Femmes Citoyennes et Engagées pour la Gouvernance, la Démocratie et le Développement, (FOFECEGDD), Maître Marie Lukusa pense qu’il y a une petite avancée bien que minime. Selon elle, l’introduction d’une sanction positive d’exemption des frais de cautionnement aux partis et regroupements politiques qui respecteraient le dépôt des listes paritaires des candidats aux différents scrutins est une bonne chose. Quid alors des partis et regroupements politiques qui ne vont pas prendre en compte cette notion de représentativité car elle n’est pas contraignante?
« C’est comme ça que nous travaillons maintenant avec les partis et regroupements politiques en amont pour contribuer à atteindre cet objectif de représentativité équitable des femmes aux différents scrutins », a rétorqué Marie Lukusa.

Dans ce même ordre d’idée, la DYNAFEC encourage aussi les partis politiques à pouvoir mettre en application l’article 14 de la constitution et 13 de la loi électorale sur la parité. Elle soutient qu’ils peuvent même aller au-delà de cette disposition et appliquer tout simplement les textes sur la parité. « On attend voir quels partis politiques présenteront des listes paritaires », lance Carine Kanku, Coordinatrice de la DYNAFEC.

Elda Along, JDH./CONGOPROFOND.NET