Connect with us

À la Une

RDC : Jacquemain Shabani frappe le PPRD de Kabila et 12 autres partis, l’opposition dans la tourmente

La scène politique congolaise connaît un nouveau développement majeur. Le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a instruit les gouverneurs des provinces de prendre, « toutes affaires cessantes », les dispositions nécessaires pour faire appliquer l’interdiction des activités du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation de l’ancien président Joseph Kabila, ainsi que de douze autres partis politiques.

La décision est contenue dans un message officiel daté du jeudi 15 octobre et adressé aux gouverneurs de province. Le document a également été transmis, en copie, au président de la République, à la Première ministre, à la Police nationale congolaise (PNC), à l’Agence nationale de renseignements (ANR) et à la Direction générale de migration (DGM).

Le ministre exige une « exécution sans faille » de cette mesure et demande aux autorités provinciales de lui en accuser réception et de lui faire rapport sur sa mise en œuvre.

13 formations politiques concernées

Outre le PPRD de Joseph Kabila, la liste des partis visés comprend des formations dirigées ou associées à plusieurs figures connues de la scène politique congolaise.

Il s’agit notamment du Leadership et gouvernance pour le développement (LGD) de Matata Ponyo, de Piste pour l’émergence (PISTE-E) de Seth Kikuni, de l’Alliance pour l’alternance et le progrès (AAP) de Théophile Bemba Fundu et de l’Union démocratique africaine originelle (UDA originelle) de Claudel Lubaya.

La mesure concerne également le Mouvement du peuple congolais pour la République (MPCR) de Jean-Claude Vuemba, l’Alliance des travaillistes pour le développement (ATD) de José Makila Sumanda, le Parti national pour la nouvelle énergie du Congo (PNEL) de Michel Mwika Banza et le Mouvement lumumbiste progressiste (MLP) de Franck Diongo.

Complètent cette liste l’Union des patriotes congolais (UPC) de Thomas Lubanga, l’Action pour la dignité du Congo et son peuple (ADCP) de Corneille Nangaa, la Convention des fédéralistes pour la démocratie chrétienne (COFEDEC) de Filia Tshipasa Kahindo et les Actions alternatives pour la renaissance du Congo (AARC) d’Élisée Minembwe.

Une décision aux contours encore flous

Si le caractère national de la mesure et les exigences de son application sont clairement énoncés, le message du ministère de l’Intérieur ne précise ni les motifs de l’interdiction, ni sa durée, ni son fondement juridique.

Une distinction s’impose donc : le document porte sur l’interdiction des activités des formations concernées et ne prononce pas explicitement leur dissolution. Les conséquences concrètes de cette décision sur leur fonctionnement, leurs structures locales et leurs activités politiques restent à clarifier.

Cette absence d’explications détaillées soulève également des interrogations sur les modalités d’application de la mesure et sur les garanties entourant l’exercice des libertés politiques, notamment la liberté d’association et le pluralisme démocratique.

Un contexte politique particulièrement tendu

Cette décision intervient dans un climat marqué par une forte crispation entre le pouvoir de Kinshasa et plusieurs acteurs de l’opposition. Elle survient notamment quelques jours après l’annonce, à Goma, de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire placée sous la direction de Joseph Kabila et associant notamment des acteurs liés à l’AFC/M23.

La proximité entre ces événements alimente les interrogations sur le contexte politique de la mesure. Toutefois, le message du ministère de l’Intérieur ne fait pas explicitement référence à la création du FRN et n’établit aucun lien direct entre cette initiative et l’interdiction des activités des treize partis.

Reste à savoir quelles seront les réactions des formations concernées et les éventuelles suites institutionnelles ou judiciaires de cette décision.

Dans un pays confronté à une grave crise sécuritaire dans l’Est, l’évolution de ce dossier pourrait peser sur les relations entre les autorités et l’opposition, ainsi que sur le débat autour du pluralisme politique en République démocratique du Congo.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET 

Copyright © 2025 Congoprofond.net