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RDC/Élections : chronique d’un chaos programmé
Puisqu’il apparaît aux yeux de certains observateurs avertis qu’il y a eu manifestement, au cours du scrutin du 30 décembre 2018, une machination allant dans le sens d’entretenir un chaos, la question peut-être vite posée: « A qui profite-t-il justement ? »
A en croire des rapports de différents monitorings des organisations de la Société civile congolaise et de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), des irrégularités constatées sur le terrain semblent profiter à la Majorité au pouvoir. Car, selon elles, en effet, plusieurs éléments l’attestent: les bureaux ouverts en grand retard dans les coins hostiles à Emmanuel Shadary, le candidat du Front Commun pour le Congo ( FCC); nombre d’électeurs toujours dans ces coins réputés anti- regime, n’ont pas retrouvé leurs noms sur les listes publiées dans ces bureaux électoraux( Limete/Kingabwa par exemple); certains témoins des candidats de l’opposition ont été éconduits sans ménagement et, de ce fait, empêchés de suivre le déroulement du scrutin ainsi que le dépouillement des bulletins de vote; l’existence des bureaux fictifs, outre le fait que l’église catholique a relevé que sur 4000 bureaux de Kinshasa, 846 ont été installés dans les endroits prohibés comme des camps militaires, des postes de la police, des debits de boissons, des églises ou encore des résidences privées.
Tous ces scénarios laissent croire que le décor a été planté pour favoriser un camp au détriment d’un autre.
Par ailleurs, le grand couac de ce scrutin reste et restera toujours l’exclusion des populations de Beni, Butembo( Nord-Kivu) et Yumbi ( Maï-Ndombe) lors de ce grand rendez- vous historique, au motif que ces braves congolais seraient exposés aux risques d’atteintes sanitaires et sécuritaires. Une fois de plus cette décision conforte l’hypothèse d’une action de sape devant protéger le dauphin de Joseph Kabila, plutot en mauvaise posture auprès de cet électorat de Beni et Butembo, particulierement, Yumbi n’aurait servi que de parade.
Ironie de l’histoire, les électeurs sacrifiés mais courageux ont pu démontré à la Ceni de Nangaa qu’ils ont le sens de la répartie.
En effet, faisant recours aux vieux matériels de la Ceni sur place, les « Benitiens » ont organisé de façon symbolique leur scrutin, voulant démentir la thèse brandie par la Ceni et le gouvernement sur une éventuelle contamination de la Maladie à virus Ebola, qui a décimé 340 personnes, il y a peu dans cette région. Le vote fictif de ces Congolais declarés personna non grata aux élections du 30 décembre, est un véritable défi aux autorités du pays.
Il faut dire également que le fait que les populations de ces régions soient écartés du scrutin présidentiel, pose un énorme questionnement quant à la symbolique sur les éléments constitutifs d’un État, à l’occurrence la Rdcongo qui aura en date du 06 janvier, conformément au calendrier de la Ceni, un nouveau président. Mais celui-ci sera voté seulement par une partie de la population( base sociale d’un État), pendant qu’il devra régner et diriger un territoire ( base physique d’un État) de 2.345.000 km/carré, y compris ces trois régions marginalisées. Sera-t-il leur président ? Bien sûr que Oui ! Se seront-ils redevables à lui? La question reste sans réponse.
En définitif, ce scrutin aura le mérite de produire un avatar de l’État, une monstruosité politico-administrative qui cache un hydre dont les tentacules se trouvent encore planqués derrière les collines du Kivu.
Du coup, il ne serait pas exagéré de pointer Corneille Nangaa comme responsable des dégats qui sont sur le point d’arriver en Rdcongo.
Il convient de rappeler que les deux premiers cycles électoraux, bien que non parfaits, ont posé les bases d’un système électoral pouvant permettre l’érection d’une démocratie au coeur de l’Afrique, en pleine forêt équatoriale. Hélas, l’histoire retiendra que la Centrale électorale dirigée par l' »expert » Corneille Nangaa aura tout destructuré. Il aura été l’auteur, sinon l’agent du chaos. La première génération construit, la deuxième génération jouit et la troisième génération détruit.
Les martyrs de la démocratie comme Rossy Tshimanga, Dechade Kapangala, Floribert Chebeya, Luc Nkulula, Bapuwa Mwamba, Babou Laurent Katembwe, etc. sont entrain de se retourner dans leurs tombes face au chaos qui guette leur patrie.
Quant aux combattants pro démocratie comme Carbone Beni, Joseph Alfred Katembwe, Denis Mukwege, Anzuluni, etc., ils continuent de croiser les doigts pour un succès du processus électoral actuel afin que leurs efforts pour la démocratisation de la RD Congo ne soient pas vains. Ceux-ci, convient-ils de rappeler, ont subi emprisonnement, humiliation, éxil, bastonnade, etc. à cause de leurs engagements contre la dictature et en faveur de l’instauration d’une vraie démocratie dans notre pays.
Jean-Claude Kuzikeza/CONGOPROFOND.NET