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Tourisme

RDC, dans l’impasse touristique : John Katumba appelle à une expertise de crise

Quelques jours après une nouvelle mise en garde sécuritaire émise par l’administration Trump à l’encontre de la République Démocratique du Congo, classant Kinshasa parmi les zones à éviter pour les ressortissants américains, le professionnel congolais du tourisme John Katumba tire la sonnette d’alarme.

Il y voit non seulement un signal inquiétant pour la réputation du pays, mais aussi un énième coup dur porté à un secteur touristique déjà moribond.

Un secteur sans capitaine

Avec 22 ans d’expérience dans le tourisme congolais, Katumba déplore une gouvernance erratique, dépourvue d’expertise, qui étouffe les ambitions du pays. « Nous sommes humiliés pendant que le Rwanda, en pleine confrontation avec nous, attire des millions de touristes. Même l’Ukraine et la Russie, en guerre, arrivent à canaliser les flux touristiques vers des zones sûres. Pourquoi pas nous ? », interroge-t-il, amer.

Pour lui, l’absence d’une vision claire à la Présidence, à la Primature, et au ministère du Tourisme empêche toute relance sérieuse. Il plaide pour la création d’une Task Force d’experts capable d’élaborer une véritable stratégie de communication touristique nationale et internationale.

Une RDC aux richesses insoupçonnées mais invisibles

Le paradoxe est flagrant. La RDC détient un potentiel touristique unique au monde. Ses 964 sites touristiques (naturels, historiques, culturels ou industriels) pourraient faire du pays une destination de premier plan. Pourtant, la majorité est inaccessible ou située dans des zones insécurisées. Pire, aucun guide touristique officiel n’existe par province, aucune banque d’images d’État n’est disponible, et l’absence du pays dans les grands salons internationaux du tourisme continue de l’enterrer dans l’oubli.

Des erreurs stratégiques criantes

Katumba dresse la liste des fautes politiques :

Des ministres sans expertise sectorielle, plus touristes qu’acteurs.

Des offices touristiques confiés à des quotas politiciens ou à une diaspora déconnectée.

Le détournement de la redevance du Fonds de promotion du tourisme (FPT).

Des tracasseries infligées aux touristes par les services de sécurité.

Des visas onéreux, un accueil dissuasif, des ambassades qui véhiculent des alertes anxiogènes.

« Nous avons fait du tourisme un ministère de passage, sans continuité, sans politique nationale, sans ambition. Pendant ce temps, le Rwanda prolonge jusqu’en 2028 son partenariat avec le PSG pour promouvoir “Visit Rwanda”, pendant que nous, nous nous éparpillons entre “Visit Congo”, “Explore DRC” et des lettres diplomatiques sans stratégie », fustige-t-il.

Un projet saboté et une nation désarmée

John Katumba rappelle également que la RDC avait pourtant lancé un projet ambitieux lors du Forum de Davos : la création du corridor vert Kivu-Kinshasa, plus grande réserve forestière tropicale protégée au monde. « Un projet saboté par l’intelligence rwandaise parce qu’il menaçait leur monopole touristique. Et nous, que faisons-nous ? »

Il dénonce la faiblesse de la réponse diplomatique congolaise et le mutisme des services de sécurité face aux campagnes de stigmatisation relayées par certaines chancelleries et médias étrangers. « Nos ambassades ne corrigent pas les fake news. Nos agents de sécurité deviennent des obstacles au lieu de faciliter le passage. Et aucune structure professionnelle n’est mandatée pour défendre notre image dans le monde », regrette-t-il.

Un réveil nécessaire : relancer le géant touristique congolais

Le pays, selon lui, regorge de merveilles :

– Faune endémique unique au monde (okapis, bonobos, gorilles de montagne, etc.)

– Réseau hydrographique parmi les plus vastes de la planète

– Diversité culturelle et ethnolinguistique fascinante

– Paysages spectaculaires (montagnes, fleuves, forêts, mangroves, etc.)

– Parcs naturels classés au patrimoine mondial de l’UNESCO

400 sites naturels délaissés et sans accès

Katumba propose de structurer le secteur autour de niches comme l’agrotourisme, le tourisme fluvial, le tourisme de mémoire, le tourisme minier, et d’implanter une communication proactive dans les grands marchés émetteurs de touristes, à commencer par les États-Unis.

Appel à la volonté politique

Il exhorte le président Félix Tshisekedi à s’impliquer personnellement et à rétablir une image valorisante du pays, en faisant du tourisme un pilier de développement durable et d’emploi. « Nous devons rompre avec cette image de pays maudit. Le Congo est un paradis que nous avons honteusement caché au monde. Il est temps de le réveiller. »

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET