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Analyses et points de vue

Que voulons-nous finalement ? ( Tribune d’Omer Diela, étudiant en philosophie)

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La naissance fait inéluctablement de l’homme un être de relation. En naissant, l’homme est inséré dans une société qui le détermine. L’homme est pour ainsi dire le fruit de sa société. C’est elle, à travers la famille, qui lui donne un nom et c’est d’elle qu’il soit son identité. Cela laisse aussi entrevoir qu’aucun homme ne saurait vivre en cavalier solitaire, créant ainsi son monde à part, outre que celui de sa société. Personne ! Et c’est ce qui fait que les actions humaines n’engagent pas seulement les individus qui les posent mais concernent aussi les autres. Les implications de l’agir humain déborde donc la sphère particulière jusqu’à intéresser ou mieux jusqu’à concerner les autres.

Et sur base de cet arrière-fond relationnel, il devient évident que les hommes arrivent à se porter mutuellement un jugement critique sur leurs actes. Dans ce contexte, par jugement critique ou simplement par la critique on entend toute communication adressée à l’autre en vue d’apporter une amélioration par rapport à son agir ou à son langage. De cette façon, il est reconnu à la critique une dimension méliorative. Car, c’est grâce à elle que l’homme peut prendre conscience de ses erreurs, de ses limites et de ses finitudes. Et le fait de la finitude, écrivait J. Onaotsho dans son article «…c’est peut-être l’autre qui a raison », creuse en l’homme un vide que toute sa vie cherchera désespérément à combler.
D’où, la critique est en soi quelque chose à ne pas craindre d’essuyer d’autant plus qu’elle amène l’homme à prendre conscience de ses erreurs et à progresser. Et encore que c’est plus difficile de voir ses propres erreurs, ce sont les autres qui nous regardent qui peuvent facilement juger la qualité de ce que l’on fait. Il n’est donc pas besoin d’en être effrayé. D’ailleurs, cela aide à grandir. Il sied alors d’accueillir les critiques d’une âme égale.

Par contre, il s’avère que dans notre société, la critique a perdu son caractère à vouloir propulser le progrès, pour ne devenir qu’une sorte de médisance de mauvais goût. Loin de promouvoir l’excellence, les critiques que les humains s’adressent entre eux sont devenues plus démolisseuses, déstabilisantes que constructives.
Il est vrai que l’état fini et limité soumet l’homme ou, mieux, le prédispose à être objet de la critique. Nous ne sommes pas des êtres divins pour ne pas essuyer des critiques. Mais critiquer ne suffit pas. Faudrait-il encore connaître l’intentionnalité qui accompagne cette critique : est-ce le vouloir construire ou le vouloir détruire? Bien souvent, c’est pour déstabiliser l’autre, l’amenuiser, le salir ou le détruire. Et surtout qu’il est souvent difficile de féliciter les autres pour ce qu’ils font de bien. Quand ils agissent bien, on se tait ; quand ils agissent mal, on s’empresse de leur coller des remarques. Ce qui est marrant, même où il n’y a pas à critiquer, on cherche à trouver des failles. Duc de la Rochefoucauld avait donc raison d’affirmer, dans ses « Maximes », qu’on blâme aisément les défauts des autres, mais on s’en sert rarement à corriger les siens.

Et lorsqu’il faut prendre la place de ceux qu’on critique ou faire ce qu’ils font, il n’est pas toujours évident qu’on fasse autant mieux ; quelquefois on fait peut-être pire. Evidemment, comme l’a écrit Destouches dans « Le Glorieux », la critique est aisée et l’art est difficile. Ceci doit permettre à comprendre que tout ce que font les autres n’est pas que mauvais ou négatif ; il y a aussi du positif. En revanche, que proposons-nous pour qu’ils fassent mieux ? Ne sont-ils que des minables ? D’où, le suc de la question suivante: que voulons-nous finalement ? Lorsque l’on nous pose cette question, à nous les grands critiques, nous manquons, ne serait-ce, des propositions à suggérer. Voilà ce qui davantage vient non seulement remettre en cause, mais surtout prouver l’invalidité de nos critiques.

Aussi, il ne faudrait pas confondre des choses. Le jugement critique devrait portait sur l’acte posé ou sur les propos tenus par l’autre, et non sur sa personne. L’homme s’acharne très souvent sur la personne, sur son intimité, laissant de côté ses actes. Ceux-ci sont même parfois personnifiés. Ainsi, quand on voit la personne, pour la réduire davantage, on l’identifie à ses actes. Non ! Ceci est un comportement à récuser. Quand quelqu’un déraille en agissant mal, il faut le remettre sur le droit chemin, en ne s’en tenant que sur l’acte commis. Que la faute commise ne devienne pas une porte d’entrée pour étaler toutes ses faiblesses.

Du reste, il convient d’examiner et de réviser notre façon de porter un jugement envers les autres. Il sied de le faire dans le but de vouloir les voir avancer dans la vie et bien réaliser les choses pour leur intérêt et/ou celui de leur communauté, voire de leur société. Il ne convient pas de critiquer les autres pour les blesser ou vouloir les rabaisser. En plus d’habiller nos critiques d’une intention droite, fournissons également l’effort de faire confiance en la raison des autres; c’est-à-dire en leur capacité de connaître et de bien réaliser les choses. Ce n’est que de cette manière-là, conscients de leur tort, ils auront le courage de nous écouter, d’accueillir nos conseils ou nos critiques et de les matérialiser dans leur agissement.

Kinshasa, 20 mai 2020.
Omer DIELA

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