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Procès « Rebo Tchulo » : Indisponibilité de certains juges, le verdict renvoyé au 27 août

Le verdict dans l’affaire opposant la chanteuse congolaise Déborah Mulanga Tshimpaka, connue sous le nom de « Rebo Tchulo », au ministère public ne sera finalement pas rendu ce jeudi 20 août 2026. Le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema a décidé de reporter le prononcé au jeudi 27 août, en raison de l’indisponibilité de certains juges.

Très attendu par l’opinion publique congolaise, le jugement devait mettre un terme à plusieurs mois de procédure judiciaire autour des violences infligées à Platini Kasaï Sadisa, dans la nuit du 17 au 18 avril 2026, au domicile de la chanteuse à Kinshasa.

Selon les informations rapportées à l’issue de l’audience du 20 août, le président de la chambre, le capitaine Guy Kwesh, a expliqué que l’absence d’un des juges attendus ne permettait pas au siège de rendre sa décision. D’autres sources évoquent une indisponibilité liée à des raisons de santé. Le prononcé a donc été renvoyé d’une semaine, au 27 août 2026.

Une affaire née d’une vidéo devenue virale

L’affaire a éclaté au grand jour en avril dernier après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant un homme soumis à des violences physiques par des personnes présentées comme des militaires, dans la résidence de Rebo Tchulo.

La personne présentée comme victime est Platini Kasaï Sadisa, chauffeur. Selon les éléments exposés au cours de la procédure, un différend serait né autour de la disparition d’un sac appartenant à Rebo Tchulo. La victime a alors été interpellée et conduite au domicile de l’artiste, où elle aurait subi des violences de la part de militaires.

La vidéo, largement relayée sur les réseaux sociaux, avait provoqué une vive indignation et conduit les autorités judiciaires à s’intéresser aux circonstances de ces violences. Le parquet militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema s’est saisi du dossier.

Rebo Tchulo poursuivie, plusieurs militaires également devant la justice

Au fil de l’instruction, le dossier s’est élargi à plusieurs militaires. 13 militaires sont concernés par la procédure, dont 4 seraient en fuite.

Ils sont notamment poursuivis pour des faits présumés de torture, extorsion, concussion et violation des consignes militaires.

Le sous-lieutenant Zababu Musafiri, présenté comme le chef de la patrouille qui s’était rendue au domicile de Rebo Tchulo dans la nuit des faits, figure également parmi les prévenus. Le parquet militaire a requis contre lui 40 mois de servitude pénale.

Pour Rebo Tchulo, l’accusation porte principalement sur l’incitation de militaires à commettre des actes contraires à la loi, au devoir et à la discipline des FARDC.

Le parquet requiert 14 mois de prison

Le dossier a connu une étape majeure le 6 août 2026, lors de l’audience consacrée aux réquisitions et aux plaidoiries.

Le parquet militaire a requis contre Rebo Tchulo 14 mois de servitude pénale principale. Il a également sollicité que la prévenue soit condamnée aux frais d’instance et aux conséquences civiles prévues par la procédure.

La partie civile, représentée par les conseils de Platini Kasaï Sadisa, a pour sa part réclamé 250.000 USD de dommages et intérêts au titre du préjudice qu’elle estime avoir subi.

Il importe toutefois de rappeler que les réquisitions du ministère public et les demandes de la partie civile ne constituent pas une condamnation. Seul le tribunal est habilité à déterminer, après examen du dossier, si les faits reprochés sont établis et quelle décision judiciaire doit être prise.

La défense réclame l’acquittement

Face aux accusations, Rebo Tchulo a constamment contesté son implication dans les violences reprochées aux militaires.

Ses avocats ont plaidé l’acquittement pur et simple, estimant notamment que le ministère public n’avait pas apporté les éléments permettant d’établir l’infraction d’incitation de militaires à poser des actes contraires à leurs devoirs et à la discipline militaire.

Dans son dernier mot devant le tribunal, l’artiste a également rejeté les accusations portées contre elle. Elle a notamment affirmé n’avoir aucune relation avec les militaires poursuivis et a nié avoir sollicité leur intervention. « Je suis innocente », a-t-elle déclaré, tout en demandant à la justice de déterminer les responsabilités de chacun.

Un dossier qui a évolué au fil des audiences

L’affaire n’a pas toujours été présentée sous le même angle au cours de la procédure.

Lors d’une audience du 11 juin 2026, le tribunal examinait encore principalement les faits de torture présumés impliquant les militaires. À cette étape, certaines sources rapportaient qu’aucune charge n’était encore retenue contre Rebo Tchulo. Le lieutenant Zababu Musafiri avait toutefois cité son nom en expliquant que l’intervention de la patrouille était liée à un différend portant sur des objets disparus du sac de l’artiste.

La procédure s’est ensuite poursuivie avec l’audition de différents protagonistes, l’examen des éléments versés au dossier ainsi que les communications téléphoniques évoquées au cours des audiences.

La chanteuse a finalement été renvoyée devant le tribunal militaire pour répondre de l’infraction d’incitation reprochée par le ministère public.

Le 20 août, un verdict finalement ajourné

Après les plaidoiries et la mise en délibéré de l’affaire, le verdict était initialement attendu le 20 août 2026.

Mais jeudi, le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Ngaliema n’a pas pu rendre sa décision. L’absence de certains juges, notamment pour des raisons de santé selon plusieurs sources, a conduit à un nouveau report.

À cette audience, Rebo Tchulo n’était pas présente. La partie civile, Platini Kasaï Sadisa, était également absente. Les 2 parties étaient représentées par leurs avocats.

Le nouveau rendez-vous judiciaire est désormais fixé au jeudi 27 août 2026.

Une semaine supplémentaire d’attente

Ce report prolonge le suspense autour d’un procès qui a largement dépassé le seul milieu musical.

Depuis la diffusion des images en avril, l’affaire a suscité de nombreuses réactions dans l’opinion, notamment sur les réseaux sociaux. Elle pose également des questions plus larges sur les rapports entre civils et militaires, l’usage de la force, la responsabilité individuelle des militaires et la manière dont les différends liés à des accusations de vol doivent être traités.

Pour Rebo Tchulo, l’enjeu est désormais judiciaire : le Tribunal militaire devra déterminer si les éléments du dossier permettent d’établir sa responsabilité pénale dans les faits qui lui sont reprochés.

Pour Platini Kasaï Sadisa et ses conseils, l’enjeu est également important puisqu’ils réclament réparation du préjudice allégué.

Quant aux militaires poursuivis, leurs responsabilités respectives devront être appréciées séparément, selon les faits et les charges retenus contre chacun.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET