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Analyses et points de vue

Prévenir la balkanisation par une armée de 10 millions de soldats à l’horizon 2035

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La RD Congo fait face à une menace existentielle : la balkanisation de son territoire sous l’effet de conflits prolongés, de l’ingérence régionale et de la faiblesse chronique de ses institutions militaires. Face à l’offensive du RDF/M23, qui a conduit à la chute de Goma, de Bukavu, à des milliers de morts en 2025, et devant l’incapacité des solutions diplomatiques à endiguer la crise, une réponse radicale s’impose.

Le Rwanda soutient le RDF/M23 avec 3 000 à 4 000 soldats déployés en RDC, violant le droit international et exploitant les faiblesses congolaises. Les Forces Armées de la RDC (FARDC) sont minées par la corruption, le manque de formation, et une logistique déficiente. Leur effectif actuel est d’environ 166 700 soldats, insuffisant pour sécuriser un territoire de 2,3 millions de km². Les missions de paix (MONUSCO) et les accords régionaux n’ont pas empêché l’escalade.

Ce qui prouve que la sécurité de la RDC doit être assumée par les Congolais eux-mêmes. La RDC détient des réserves critiques de cobalt, cuivre, et terres rares, convoitées par des puissances étrangères. Cette convoitise alimente les conflits et encourage la balkanisation. La RDC a externalisé sa défense à des groupes armés loyalistes et des sociétés militaires privées, une solution coûteuse et inefficace. Il nous faut une armée de 10 millions de soldats d’ici 2035.

Une telle armée (environ 10% de la population) créerait une dissuasion crédible contre les agressions régionales. Historiquement, les nations menacées (Israël, Corée du Nord) ont opté pour des modèles de conscription massive pour survivre. La RDC compte 21 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire et 2,5 millions de déplacés. Seule une armée massive peut sécuriser les frontières et les zones minières.

Il faut instaurer un service militaire obligatoire pour les 18-30 ans, avec des formations accélérées et une intégration des milices loyalistes sous commandement centralisé. Le budget actuel de la défense (796 millions USD) doit être porté à 10-15% du PIB, via une réallocation des ressources minières (ex: taxe sur les exportations de cobalt). Il faut collaborer avec des fournisseurs militaires diversifiés (Turquie, Afrique du Sud, Chine) pour éviter la dépendance.

Ceci pour construire des usines d’armement (comme à Likasi) pour produire des munitions et des drones et développer des routes et aérodromes militaires pour une mobilité rapide. Les FARDC sont gangrénées par la corruption, entraînant des détournements de fonds et une faible loyauté. Il faut créer une agence de contrôle anti-corruption et intégrer des conseillers internationaux pour superviser la gestion. Le manque de professionnalisme affaiblit l’efficacité opérationnelle.

Il faut établir des académies militaires avec l’aide de partenaires et adopter des doctrines modernes (guerre asymétrique, cyberdéfense). Les puissances étrangères et l’ONU pourraient s’opposer à une militarisation massive. Il faut mettre en avant le droit à l’autodéfense (Article 51 de la Charte de l’ONU) et s’appuyer sur des alliances régionales (SADC). Un budget militaire accru pourrait réduire les dépenses sociales.

Il faudra alors utiliser l’armée pour des projets d’infrastructure civils (routes, hôpitaux), créant ainsi un double bénéfice. Une RDC militarisée contrerait l’hégémonie rwandaise et stabiliserait la région des Grands Lacs. La Chine, principal acteur minier en RDC, pourrait soutenir cette initiative pour protéger ses investissements. Les États-Unis, soucieux de contrer l’influence chinoise, pourraient fournir une assistance technique.

La RDC est à un carrefour critique : soit elle accepte la balkanisation et la domination étrangère, soit elle embrasse une militarisation massive pour regagner sa souveraineté. Une armée de 10 millions de soldats n’est pas une fantaisie mais une nécessité stratégique, inspirée par des leçons historiques et adaptée aux réalités congolaises. Le lion ne chasse pas toujours pour se nourrir, mais pour affirmer sa royauté.

Il est temps que la RDC redevienne le lion de l’Afrique. Si nous devons mourir, que ce soit pour cette cause : celle de préserver l’intégrité de notre terre et de notre peuple. Nous n’avons plus que deux choix : la militarisation ou le chaos qui nous est imposé par le Rwanda et l’Ouganda depuis 30 ans

TEDDY MFITU

Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Analyses et points de vue

L’alternance par effondrement : le vide programmatique de l’opposition congolaise

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Alors qu’une jeunesse de qualité, qui a fait ses preuves, doit désormais assumer les fonctions sans qu’on la réduise au jeunisme, l’opposition congolaise ne spécule que sur l’épuisement mécanique du second mandat de Félix Tshisekedi. Sans projet, elle espère hériter du pouvoir par le seul calendrier électoral, esquivant la question centrale : que propose-t-elle concrètement pour refonder l’État ?

Cette vacuité intellectuelle et stratégique, érigée en méthode, révèle une faiblesse structurelle : l’incapacité à penser le pouvoir autrement que comme une revanche. Rien, ou si peu, sur la crise identitaire, l’école en ruine, une doctrine de sécurité, le déficit commercial. L’opposition congolaise n’accompagne pas la maîtrise de la question minière, pourtant au cœur de notre existence en tant que nation et peuple.

Elle ne soutient pas le travail précieux mené sur la justice, alors qu’une réorientation est en cours avec enquêtes et procès équitables systématiques. Et elle ne comprend rien à la bataille informationnelle, ce chantier de permanence et de cohérence qui a pourtant produit des résultats contre les narratifs hostiles. Elle n’a aucun cap pour le 22ᵉ siècle : IA souveraine, données stratégiques, conquête spatiale africaine, biotechnologies, monnaies numériques, éthique du transhumanisme.

Incapable de porter l’inéligibilité à vie pour quiconque a tué un seul Congolais depuis octobre 1996, une commission nationale des personnalités intègres de la société civile aux pouvoirs illimités sur les biens mal acquis, les détournements de deniers publics ou l’érection d’une nouvelle classe politique en 2028. Fiscalité asphyxiante, administration politisée, territoire à l’abandon, absence de protection sociale, numérique au rabais : silence complet.

Cette nullité est aggravée par une médiocrité devenue abyssale : il n’y a plus dans la classe politique congolaise actuelle même plus de seconds couteaux intellectuels, seulement des semi-déments. C’est cela notre drame. Leurs alter ego dans la majorité ne valent guère mieux, symétrie d’impostures qui précipite le pays vers les abysses. L’opposition se mue en coquille vide, incapable d’alternative. Elle installe l’idée dangereuse que le pouvoir se gagne par défaut, sans contrat avec la nation.

La République ne se refond pas sur un vide conceptuel. Pour gouverner, il faut cesser d’attendre un héritage constitutionnel et engager l’ingrat travail doctrinal sur l’instruction publique, une école qui émancipe, la Culture (à ne pas confondre seulement avec le théâtre et la musique) non comme folklore mais comme âme et génie de tout un peuple, la justice indépendante, la dépolitisation de l’administration et la place du Congo dans le monde. La qualité du débat démocratique dépend de la qualité des acteurs.

Or, l’opposition, tout comme une partie importante de la majorité en RD Congo, est en deçà de la médiocrité intellectuelle. Elle attend le pouvoir les dents ouvertes, le ventre vide, et pour toute stratégie, la mort des autres. Espérer l’alternance par effondrement, c’est vouloir gouverner un pays avec le silence pour programme – mais le silence, au fond, ne trompe que ceux qui ont déjà perdu l’ouïe. Elle restera le miroir déformant de ce qu’elle prétend combattre, promise à la même impuissance.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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