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Port de Bena Dibele : ni vendu, ni bradé, ni cédé
Depuis plusieurs semaines, une rumeur persistante circule dans l’espace public congolais : le port de Bena Dibele aurait été vendu à une entité étrangère. À en croire certains relais sur les réseaux sociaux, cet actif stratégique, situé dans le Sankuru, serait tombé entre des mains obscures, sacrifié sur l’autel d’intérêts privés. Pourtant, à l’épreuve des faits, rien ne vient étayer cette thèse. Le port de Bena Dibele n’a jamais été vendu. Ni à une entreprise chinoise, ni à un quelconque investisseur étranger, ni à un opérateur local.
À l’origine de cette rumeur : un malentendu, savamment entretenu par des acteurs politiques en quête de boucs émissaires. En réalité, le port fait bien l’objet d’un projet de réhabilitation dans le cadre d’un partenariat public-privé, mais aucune cession de propriété n’est intervenue. Il s’agit d’un bail d’exploitation temporaire, assorti d’engagements en matière d’investissement, de maintenance et de création d’emplois. L’État congolais reste propriétaire des installations, qui demeurent sous le contrôle des autorités compétentes.
L’intervention du Vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, lors de son audition devant la Commission ATI-NTIC de l’Assemblée nationale, a d’ailleurs permis d’apporter un éclairage définitif à ce sujet. Devant les députés, le VPM a démenti formellement toute vente ou cession du port, confirmant la souveraineté de l’État congolais sur cette infrastructure stratégique. Une audition qui, à elle seule, aurait dû mettre un terme au débat.
Mieux encore : des procédures judiciaires sont actuellement en cours pour rétablir l’ONATRA dans ses droits face aux prédateurs qui, depuis des années, convoitent ou détournent ce patrimoine public. Il ne s’agit donc pas d’un abandon, mais d’un effort de reconquête – juridique, administrative et stratégique.
Ce que révèle surtout cette polémique, c’est une méfiance généralisée vis-à-vis de la gestion du patrimoine public, nourrie par des décennies d’opacité, de prédation et de pillage. Bena Dibele est aujourd’hui un symbole : celui d’un Congo qui veut renaître par ses infrastructures, mais qui doit impérativement reconstruire la confiance entre l’État et ses citoyens.
Les vrais enjeux sont ailleurs. Ils concernent l’état de vétusté de nombreux ports fluviaux, l’enclavement de provinces entières, la paralysie du transport des marchandises, l’étouffement de circuits commerciaux vitaux pour les producteurs et les consommateurs. La relance du port de Bena Dibele est une opportunité pour désenclaver le Sankuru et redonner vie à un carrefour régional oublié.
Avant de crier à la trahison, il faudrait peut-être commencer par se demander ce qui a été fait – ou pas – depuis des décennies pour préserver et valoriser ce type d’infrastructure.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET