Actualité
Pont Cabu : Après l’incinération des livres, les intellectuels congolais dénoncent une « barbarie culturelle »
L’émotion demeure vive dans les milieux intellectuels et culturels congolais. Trois jours après l’incinération de milliers de livres appartenant aux bouquinistes du Pont Cabu, à Kinshasa, par des éléments du Service national, écrivains, journalistes, artistes et opérateurs culturels sont sortis de leur silence.
Dans un mémorandum de protestation et de plaidoyer rendu public ce jeudi, ils condamnent avec fermeté ce qu’ils qualifient de « barbarie culturelle » et appellent les autorités à protéger le patrimoine écrit.

Un autodafé qui choque
Les faits remontent au lundi 3 août 2026. Lors d’une opération d’assainissement de la voie publique et de lutte contre le commerce informel au niveau du Pont Cabu, également appelé Pont Kasa-Vubu, des milliers d’ouvrages ( manuels scolaires, œuvres littéraires, publications scientifiques et documentaires ) ont été rassemblés puis incendiés.
Pour les signataires du mémorandum, cet acte dépasse largement la destruction de simples biens matériels. Ils estiment qu’il constitue une atteinte à la mémoire collective, à la transmission du savoir et au droit d’accès à la connaissance.
« Le livre n’est pas une ordure ; il est la lumière et la mémoire d’une nation », rappellent-ils.
Un précédent qui inquiète
Les acteurs culturels rappellent que ce n’est pas la première fois que des livres disparaissent dans de telles circonstances.
En septembre 2013, plusieurs dizaines de tonnes d’ouvrages avaient déjà été brûlées lors d’une opération similaire visant les bouquinistes de la Gombe. Des collections rares et des archives historiques avaient alors disparu.
13 ans plus tard, la répétition d’un tel épisode nourrit les inquiétudes sur l’absence d’une véritable politique de protection du patrimoine documentaire en République démocratique du Congo.
Les autorités interpellées
À travers leur mémorandum, les signataires demandent aux pouvoirs publics de garantir que les opérations d’assainissement urbain soient désormais conduites dans le respect des biens culturels et des droits des citoyens.
Ils estiment que cette affaire constitue un test majeur pour l’engagement de l’État en faveur de l’éducation, de la culture et de la préservation de la mémoire nationale.
Horly Barca Fibilulu Mpia/CONGOPROFOND.NET