Coopération
Politique, économie, social, justice, paix en RDC : le CCDD 2025-2029 adopte une nouvelle approche pour répondre aux vraies causes des conflits
Le bureau du coordonnateur résident du système des Nations unies en République démocratique du Congo a présenté, jeudi 24 juillet 2025, à la grande salle de la MONUSCO (Ngaliema), le nouveau Cadre de Coopération pour le Développement Durable (CCDD) sur la période 2025-2029 qui est à la fois le résultat des analyses causales et consultations menées lors de l’élaboration de l’analyse commune de pays (CCA) en 2023 et des travaux des ateliers de planification stratégique tous entre mars et juin 2024, impliquant les institutions gouvernementales au niveau central et provincial, la société civile, le secteur privé, les partenaires sociaux, les partenaires techniques et financiers, ainsi que le monde universitaire et académique.
Constant que les vrais problèmes résultent des causes historiques, politiques, économiques et sociales, ce nouveau cadre de coopération a été élaboré avec une nouvelle approche afin de tenter de répondre à ces causes profondes qui constituent les facteurs majeurs structurels majeurs du conflit. Pas à pas, le système des Nations unies en RDC va accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre des politiques publiques transformationnelles et en déterminant des zones de convergence.
Pour ce faire, quatres axes stratégiques seront pris en compte :
– Pour le premier, nous allons promouvoir une économie créatrice d’emplois, équitable, répartie autour des différents territoires, fondée sur des investissements responsables et un tissu productif national renforcé ;
– Pour le deuxième axe stratégique, nous visons de renforcer l’autorité de l’État, moderniser les institutions, nous allons garantir la justice pour tous et assurer la sécurité des citoyens congolais ;
– Pour le troisième axe, nous allons investir dans l’éducation, la santé, l’eau, l’assainissement et les filets sociaux pour construire une société plus juste et plus résiliente et
– Et enfin, pour le quatrième axe, nous visons d’intégrer la transition écologique à nos politiques, préserver nos écosystèmes et assurer une exploitation responsable des richesses naturelles de la large société.
CCDD 2025-2029 : 5 réalisations majeures fixées par les Nations unies et la RDC
Bruno Le Marquis, Coordinateur résident du système des Nations unies en RDC a confié que son bureau contribuera à la poursuite de cinq résultats majeurs, à savoir : accès aux opportunités d’emplois décents et de développement de partenariats de développement, amélioration de l’Etat de droit et de la qualité de la gouvernance, environnement de sécurité amélioré, de paix durable et de justice plus efficace, accès aux services sociaux de base de qualité et de protection sociale inclusive et gestion durable des ressources naturelles, protection des écosystèmes et gouvernance environnementale.
Par ailleurs, Celestin Kabombo, secrétaire général à la Coopération internationale a souhaité que “ chacune des Agences du Système des Nations Unies, à son niveau y compris le Gouvernement de la République, contribuera à la mobilisation des financements nécessaires à la réalisation de ces engagements “, reconnaissant que “ les budgets estimatifs des activités planifiées présentent des gaps importants de financements, et le contexte international actuel, caractérisé par les annonces de réduction de l’aide au développement, nous impose de travailler plus avec les moyens disponibles mais dans le souci d’atteindre des résultats à impact réel sur les populations bénéficiaires et les autres cibles. »
Les activités prioritaires à réaliser dans les cinq prochaines années pour la réalisation de différents produits définis dans le Cadre de Coopération et celles à réaliser cette année en 2025 ont été définies et planifiées au mois d’avril 2025 ensemble avec les Experts du Gouvernement, les représentants des Organisations de la Société Civile, les acteurs publics et privés ainsi que les membres des Staffs des Agences des Nations Unies, qui ont aussi pris part à cet événement.
Exaucé Kaya/CONGOPROFOND.NET
Coopération
Kinshasa, terre d’asile forcée : les premiers “expulsés latinos” de l’accord RDC-USA débarquent dans la nuit à N’Sele
Ils sont arrivés dans le silence épais de la nuit tropicale, à l’heure où Kinshasa s’assoupit sous le poids de l’humidité. Vendredi, peu après 1 heure du matin, quinze silhouettes éreintées ont foulé le tarmac de N’djili, non pas comme des voyageurs en quête d’aventure, mais comme les premiers rouages d’une mécanique migratoire inédite entre Washington et la RD Congo.
Péruviens, Équatoriens et Colombiens – tous originaires de cette Amérique latine que l’on imagine plus proche du rêve américain que des rives du fleuve Congo – ont été extirpés du territoire des États-Unis pour être “réinstallés” à près de 10 000 kilomètres de leur continent natal. Après une escale technique furtive à Accra, c’est une Afrique centrale souvent perçue comme un point de départ qu’ils découvrent à présent comme un terminus administratif.
Leur prise en charge immédiate dans une vaste résidence de la commune de la N’Sele transforme ce coin périphérique de la capitale en une antichambre inattendue de la politique de fermeté américaine. Ce transfert nocturne est la traduction concrète d’un accord bilatéral encore méconnu du grand public congolais, mais qui place Kinshasa dans le jeu complexe des externalisations des frontières américaines.
Alors que Washington durcit sa doctrine en matière d’immigration, la RDC, en quête de partenariats stratégiques et de reconnaissance diplomatique sur l’échiquier international, accepte de jouer le rôle de plateforme de transit ou d’accueil pour des ressortissants de pays tiers. L’ironie est palpable : là où des milliers de Congolais risquent leur vie pour atteindre les Amériques, voici que des Latino-Américains sont déportés vers la RDC, pays qui lutte lui-même pour stabiliser ses propres déplacés internes.
La nationalité des expulsés soulève une question lancinante : pourquoi Kinshasa ? La réponse tient probablement moins à la proximité géographique qu’à la disponibilité logistique et à la signature d’un parapheur engageant la souveraineté congolaise comme variable d’ajustement des flux humains du Nord. Installés dans le calme relatif de la N’Sele, loin du tumulte de la Gombe, ces quinze hommes et femmes incarnent désormais une nouvelle catégorie juridique et humaine aux contours flous.
Pris en charge dans des conditions décrites comme « correctes » par les sources sécuritaires, ils demeurent néanmoins suspendus à un vide juridique et existentiel. Que deviendront-ils une fois les projecteurs diplomatiques éteints ? Le gouvernement congolais évoque une aide au retour volontaire ou à la réinstallation, mais les filières migratoires entre le Pérou, l’Équateur et la RDC sont inexistantes.
Cet épisode nocturne, aussi discret soit-il, est bien plus qu’un simple fait divers aéroportuaire ; c’est le premier signal faible d’une reconfiguration des routes de l’exil, où le Sud global se voit contraint d’absorber les contradictions et les rejets du Nord. Dans les prochains mois, la résidence de la N’Sele pourrait bien devenir, malgré elle, un laboratoire à ciel ouvert de cette nouvelle géopolitique du refoulement.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
