Analyses et points de vue
Plaidoyer pour des facultés stratégiques et une éducation scientifique de combat
Face à un impératif national, les Polytechniques, Sciences et Économie doivent devenir le fer de lance du développement Congolais. La République démocratique du Congo est à un tournant critique. Alors que le monde accélère vers une économie fondée sur la connaissance, notre système éducatif supérieur peine encore à s’affranchir des carcans de l’improvisation et du sous-financement.
Pourtant, sous l’impulsion de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU), la Professeure Marie-Thérèse Sombo, des réformes timides mais prometteuses émergent. Mais il faut aller plus loin : déclarer les facultés de Polytechnique, Sciences et Économie comme « Facultés Stratégiques pour le Développement », dotées de moyens exceptionnels, est une urgence nationale.
Pourquoi ces facultés doivent devenir stratégiques ? La Chine a bâti sa puissance sur une élite formée en sciences dures. Ses trois derniers présidents étaient ingénieurs, capables de négocier avec une rigueur analytique inédite. L’Allemagne post-Hitler (malgré les dérives eugénistes) a capitalisé sur sa base scientifique pour reconstruire son industrie. La RDC est capable de relever ce défi.
Lors de l’occupation de Goma et Bukavu, le Rwanda a utilisé des technologies de brouillage avancées, exploitant des compétences que nos facultés pourraient très bien développer. Il existe des problèmes congolais qui appellent des solutions scientifiques. Les embouteillages à Kinshasa pourraient être modélisés via des théories mathématiques de files d’attente ou de chaos.
Ce qui éviterait des solutions empiriques comme des nouveaux sauts-de-mouton mal conçus pour une meilleure gestion de trafic. La cryptographie et les systèmes de communication sécurisés, maîtrisés par nos physiciens, pourraient contrer les brouillages rwandais dans le cadre du renforcement de la sécurité nationale. Des modèles économiques adaptés aux réalités locales pourraient émerger des laboratoires de recherche opérationnelle.
Quelles sont les mesures concrètes à mettre en œuvre ? Il y a tout d’abord des subventions spéciales et les coopérations internationales. Allouer 15 % du budget de l’ESU à ces facultés, avec des fonds pour des laboratoires high-tech (ex. : équipements en intelligence artificielle). Négocier un accès aux ressources du MIT, d’Oxford, ou des universités chinoises via des partenariats comme celui signé avec Vodacom pour l’enseignement à distance.
Il s’agit de mettre en place des bibliothèques numériques et des bourses ciblées. Envoyer les meilleurs étudiants en master/doctorat dans des universités partenaires, avec obligation de retour pour appliquer leurs connaissances. Il faut des projets appliqués c’est-à-dire relier la théorie aux défis nationaux. Confier aux étudiants de 3ème/4ème année des cas concrets :
Optimisation des transports urbains via des algorithmes, conception de systèmes agricoles résilients avec l’agronomie et organiser des concours inter-universitaires. Comme « Génie en Herbe », mais axés sur des défis techniques (ex. : concours de mathématiques appliquées à la logistique). Il faut que la nation congolaise capitalise en détection précoce des talents. C’est très important.
Étendre les compétitions scientifiques aux écoles rurales pour identifier les talents cachés. Créer des classes préparatoires scientifiques inspirées des « Prépas Talents » françaises, réservées aux boursiers méritants. Il faudra dès alors répondre aux objections. Ceci est un investissement. Ce n’est pas une dépense. D’aucuns trouveront-ils ceci trop couteux ? Il faut le comparer au coût de 30 ans d’occupation rwandaise.
Une étude de la Banque Mondiale montre qu’1 $ investi dans l’éducation scientifique génère 10 $ de PIB à long terme. Le retour sur investissement est garanti. Impliquer le secteur privé (ex. : mines) via des partenariats public-privé, comme Huawei l’a fait pour l’infrastructure numérique pour trouver des fonds innovants. Y aurait-il des « priorités différentes » à cause de l’urgence sécuritaire ? Un pays sans scientifiques est un pays dépendant.
La RDC ne peut pas se permettre d’importer indéfiniment des solutions techniques. Le rôle clé de Son excellence Madame la Mininstre Marie-Thérèse Sombo est une vision à incarner pour le pays. La patronne de l’ESU en RDC a déjà posé des jalons : Numérisation de l’ESU via la plateforme « Je suis Tech » avec Vodacom, soutien aux étudiants relocalisés (Goma, Bukavu) malgré la guerre.
Mais elle doit maintenant porter un plaidoyer présidentiel pour classer ces facultés comme prioritaires et créer un Conseil Scientifique National associant universités, armée, et entreprises. C’est le temps de l’audace. La RDC a besoin d’une « élite scientifique patriotique », formée pour résoudre ses problèmes plutôt que pour s’exiler. La bataille pour l’émergence se gagnera dans les amphithéâtres avant de se concrétiser sur le terrain.
En s’inspirant des modèles chinois, allemands, et américains même rwandais, la Ministre Marie-Thérèse Sombo peut faire de l’ESU le moteur de la souveraineté nationale. Les facultés stratégiques ne sont pas un luxe : elles sont l’arme absolue pour briser le cycle de la dépendance avec l’appui des Sociétés Civiles Scientifiques et des Alumni des Grandes Écoles Congolaises.
TEDDY MFITU et TEDDY MBULA
Chercheurs et patriotes engagés
Analyses et points de vue
Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique
C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.
Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.
La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.
C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.
Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
