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Pape François en RDC : Les enjeux ecclésiastiques et socio-politiques de la visite apostolique du Saint-Père ( Interview avec l’abbé Léonard Santedi, Recteur de l’UCC)

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CONGOPROFOND.NET :  Quels sont, pour vous, les enjeux religieux et politiques de cette visite du Pape chez nous ?

Abbé Léonard SANTEDI  : D’entrée de jeu, il faudrait tout d’abord préciser que le Pape c’est le successeur de Pierre; C’est le Bon Berger, le Berger qui rend visite au peuple de Dieu ; le Pasteur qui vient visiter ses fidèles. Et donc, il y a un grand enjeu ecclésial pour nous religieux. Il vient affermir la foi des fidèles. Comme le Christ avait dit autrefois à Pierre  : «  Pierre quand tu reviendras, affermis tes frères dans la foi ». Mais il vient aussi comme Pasteur, partager les joies et les espoirs, comme le dit « Gaudium et Spes », dans le Concile Vatican II : « Les joies et les espoirs, les angoisses des hommes de ce temps sont aussi les joies et les espoirs des disciples du Christ  ». Donc il vient partager avec le peuple Congolais nos joies, nos espoirs, mais aussi nos peines, nos souffrances  ; et nous en avons besoin. Il vient aussi réconforter ses frères dans l’épiscopat, comme évêque. Il va rencontrer les évêques, les prêtres, les religieux et les religieuses, et tous les consacrés pour nous réconforter dans notre ministère pastoral et dans notre vie des consacrés. Et je dirai, enfin, il vient ouvrir le peuple de Dieu à l’espérance, regarder l’avenir avec espérance. Et c’est là qu’intervient l’enjeu national. Le Souverain Pontife est quand même une voix autorisée du point de vue de relations internationales, du point de vue de rapports entre nations. C’est un chef de l’Etat, et donc il va rencontrer le Président de la République, afin de dialoguer, il va parler à la classe politique, il va rencontrer la société civile et diplomate. Et là aussi, nous attendons de lui, et nous le savons, une parole pour nous ouvrir à l’espérance parce que, notre pays, justement, vit des moments troubles dans sa partie Est. Il y a des cris de bottes, il y a une rébellion, il y a des groupes armés qui sèment la terreur. Les évêques ont écrit en disant qu’il y a le silence complice de la communauté internationale. Et donc le Saint-Père a déjà prié pour la paix dans notre pays  et il est très attentif à cela. Cette visite a aussi un enjeu hautement politique, d’écouter la voix du Saint-Père. Il devait aller à Goma, mais il n’y va plus. Cependant, il va recevoir une délégation des victimes, il va recevoir aussi des mouvements caritatifs. Comme lui-même aime parler des périphéries existentielles, humaines, nous attendons sa parole. Mais aussi, par rapport à nos dirigeants, il va les réconforter dans une politique, je dirai, de la prise en compte de la dignité humaine, de la justice ; une politique pour le service du bien commun, une politique aussi du développement intégral.

Donc voilà pour moi, les enjeux à la fois ecclésiaux, donc spirituels, mais aussi politiques, nationaux.

CONGOPROFOND.NET : Par rapport aux visites papales précédentes, qu’est-ce qui fait la particularité de celle-ci ? Et qu’est-ce que cette visite peut nous apporter ?

Abbé Léonard SANTEDI  : On peut dire que la particularité, c’est le moment crucial où le Congo aujourd’hui est au bord d’une partition de son territoire. Le Congo, aujourd’hui, risque cette balkanisation. Tout le monde crie « Non à la balkanisation ». Le Congo aujourd’hui a une partie de son territoire occupée, et le Saint-Père vient dans ce contexte. Il voulait même se rendre dans cette partie, mais il ne peut pas. Donc vous voyez que ce n’est pas le contexte de 1980 où le Zaïre vit encore dans une certaine tranquillité. En 1985, c’est vrai que le pouvoir de Mobutu commence à battre de l’aile, et puis la population grogne. Mais là, le contexte rend encore plus urgent la visite du Saint-Père. Et nous attendons une pastorale plus empathique de cet homme, le Pape François, qui est très sensible à toute misère humaine, sensible à ses périphéries existentielles. Alors sa parole est attendue du point de vue même de la géostratégie. Mais c’est aussi une parole prophétique, du point de vue spirituel que nous attendons, parce que la situation actuelle risque de plonger la population dans une sorte de pessimisme sur l’avenir du Congo ; de doute sur l’avenir harmonieux de notre pays, l’avenir des jeunes, un avenir où on sent la noirceur. Eh bien  ! Le Pape, comme il aime le dire lui-même, voudrait nous inviter à vivre le présent avec passion, mais à nous ouvrir à l’avenir avec confiance et avec espérance. Et le thème aussi de sa visite, qui est le thème de la réconciliation  : «  Tous réconciliés en Jésus-Christ », nous donne aussi un grand souffle pour bâtir une grande destinée dans notre pays et ne jamais lâcher prise pour dire que c’est fini, il n’y a pas d’avenir dans ce pays, Non ! Bien au contraire, l’espérance jaillit avec cette parole du Saint-Père  : «  Avec Jésus-Christ, l’espérance naît et renaît toujours  ».

Donc nous attendons beaucoup de cette visite dans ce contexte précis de notre pays.

CONGOPROFOND.NET : En tant qu’homme d’Église, au regard de la situation que traverse actuellement notre pays, quelles sont vos attentes par rapport à cette visite du Saint-Père, et comment imaginez-vous la période postvisite ?

Abbé Léonard SANTEDI  : Le thème même de la réconciliation appelle le peuple congolais à se sentir vraiment frères et sœurs au-delà de clivages, de tribalisme  ; de clivages entre les nantis et les petits peuples  ; au-delà de coteries. Mais il y a aussi aujourd’hui toute la question de la corruption. L’on voit aujourd’hui une partie de la population qui vit dans des conditions de vie infrahumaines, inacceptables. Et donc, on peut dire que cette visite vient à point nommé, comme un kaïros, comme un moment favorable pour appeler les fils et les filles de ce pays à l’unisson pour bâtir notre pays. Nous réconcilier entre nous, seuls les peuples des tribus qui se donnent la main peuvent marcher ensemble ; seuls les peuples qui se regardent vraiment comme frères et sœurs peuvent aller loin  ; seuls les gens réconciliés en Jésus-Christ, c’est-à-dire en vérité, en profondeur peuvent taire leurs divergences et prendre en main la destinée de leur pays. Il y a là un grand souffle de l’espérance. L’espérance chrétienne ce n’est pas une espérance qui nous dédouane de nos responsabilités. Comme on dit aujourd’hui : « Nzambe ako sala ; Nzambe ako tika Congo te ». Ce Dieu qui nous a créés sans nous, ne veut pas nous sauver sans nous. Il veut nous sauver avec nous. L’espérance c’est un engagement au plus épée de la condition humaine pour bâtir l’Avenir, pour le construire, pour tricoter un avenir meilleur. Le Pape Benoît a dit dans Spe Salvi  : «  Celui qui a l’espérance, il vit autrement ». Et Saint Paul dit : « Celui qui est dans le Christ est un homme nouveau ». Le monde ancien s’en est allé, le monde nouveau est là. Et donc, nous pouvons dire que cette visite viendra, et nous l’attendons comme un réveil de l’espérance au cœur de la destinée du peuple congolais, une grande nation qui doit reprendre sa place de leader au cœur de l’Afrique. Et une grande nation aussi chrétienne catholique, le plus grand pays chrétien catholique en Afrique qui doit être une locomotive  ; qui doit inspirer, et aussi tirer les autres. Et en ce qui est de la période après visite du Pape, nous l’espérons et nous aspirons à une ère nouvelle. D’abord sur le plan ecclésial, des chrétiens revigorés, requinqués, ragaillardis par cette visite, ce souffle nouveau du point de vue spirituel, de l’engagement ecclésial dans les groupes d’actions catholiques. Il faut quand même dire que cela fait 38 ans que le Pape n’est pas venu ici, et donc cette jeunesse va quand même vivre un moment historique ; alors c’est pourquoi j’appellerai cela un kaïnos, un moment de nouveauté. C’est en quelque sorte l’apocalypse «  voici que je fais toutes choses nouvelles  »(Ap 21, 5). Cette nouveauté, c’est vraiment une complicité entre Dieu et l’Homme, un va-et-vient et vient-et-va entre le Seigneur qui, par son serviteur vient nous visiter et le peuple qui s’ouvre aussi à servir ce Seigneur. C’est un moment de joie, de célébration communautaire, mais aussi d’avenir dans l’espérance.

CONGOPROFOND.NET: Quel message pouvez-vous adresser à la jeunesse congolaise surexcitée par cette visite du Pape François ?

Abbé Léonard SANTEDI  : Aux jeunes, je leur demande de saisir l’occasion, l’opportunité qui leur est offerte de vivre un moment vibrant, vivifiant avec le Saint-Père. Ce sont des moments, je dirai historiques, qui marquent une vie, et même ouvrent des portes autrement. Le Pape François dans Evangelii Gaudium dit qu’il « voudrait annoncer la joie de l’Évangile qui remplit les cœurs et toute la vie des ceux qui rencontrent Jésus-Christ », et dans Christus vivit il dit : « Il vit le Christ ». Il faut aller vers Lui pour recevoir cette vie. Et donc ces jeunes-là, je les invite à ne pas rester sur le quai de l’histoire, mais à entrer, à vivre ce moment de la messe mais aussi de la catéchèse avec le Saint-Père ; à ne pas rater le virage, à vivre ce moment. Le Pape est là, et donc, que les jeunes se mobilisent pour être là. Mais en suite, qu’ils se préparent spirituellement, d’abord dans le cœur. On accueille une bénédiction de Dieu, on accueille le Seigneur Lui-même. Il faudrait s’ouvrir intérieurement. Ne pas voir tout cela superficiellement : je prendrai des images, des selfies, non  ! D’abord un accueil intérieur. Bénis soit celui qui vient au nom du Seigneur. Le Pape vient au nom du Seigneur, qu’est-ce que moi je reçois dans ma vie intérieure et quelles sont les portes que je suis appelé à ouvrir pour que ma vie soit transformée, pour que la lumière du Christ dont il est porteur m’atteigne dans ma vie. Voilà une préparation spirituelle. Mais aussi un engagement dans tout ce qui est demandé. On a besoin des volontaires pour le protocole, pour tant d’autres services. Que les jeunes soient là, généreux, qu’ils se donnent avec générosité pour que ce soit vraiment une belle fête réussie, où eux-mêmes ne se sentent pas en dehors, mais partie prenante, pour apporter leur richesse et leur imagination créatrice. Et enfin, c’est toujours dans le thème d’espérance, l’Avenir cette belle Revue qui parle aux jeunes, les invite à regarder l’avenir avec courage et avec espérance. Que les jeunes, à partir de cette rencontre, que ce ne soit pas une simple rencontre et puis c’est tout, mais une rencontre qui les appelle à regarder l’avenir avec optimisme, avec espérance, en disant qu’avec le Seigneur rien n’est irrémédiablement perdu. Même cette situation difficile de la vie où on étudie et on n’a pas de travail, et donc en espérance nous pouvons vaincre, nous pouvons traverser ces épreuves et avoir un avenir meilleur. Alors, il faut y croire, il faut s’engager, il faut s’ouvrir au-delà de frontières, comme dit le Pape «  une fraternité ouverte au-delà de ma petite vie  », m’ouvrir, rencontrer d’autres et croire en l’avenir, et bâtir cet avenir. Voilà un bon message pour les jeunes.

Interview réalisée au Campus de l’Université Catholique du Congo/Mont-Ngafula par Régis NGUDIE/CONGOPROFOND.NET

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« Descendez au refuge ! » : À Kyiv, j’ai vécu 2 alertes aériennes qui m’ont fait comprendre le quotidien des Ukrainiens sous les bombes (Carnet de voyage CONGOPROFOND.NET)

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Pendant 3 heures d’échanges riches et passionnants avec des universitaires, des diplomates et des journalistes, nous avons eu l’opportunité exceptionnelle de découvrir les initiatives académiques et scientifiques portées par l’Ukraine en direction de l’Afrique, grâce au précieux accompagnement du Centre d’études africaines de l’Université nationale Taras Chevtchenko et de nombreux partenaires engagés.

Mais au-delà des discussions scientifiques et diplomatiques, c’est une expérience humaine forte qui marquera durablement ma mémoire.

Quand les sirènes interrompent la science

Alors que les échanges se déroulaient dans une atmosphère studieuse et conviviale, les sirènes d’alerte aérienne ont retenti à 2 reprises. À chaque fois, nous avons dû interrompre la conférence pour rejoindre en urgence un refuge anti-bombes.

Ces moments ont suscité en moi des émotions intenses. Descendre dans un abri souterrain alors que l’on participe à une conférence universitaire est une expérience qui dépasse l’imagination de ceux qui vivent loin du conflit. Cette réalité, je ne l’avais jusqu’alors observée qu’à travers les médias. La vivre personnellement m’a permis de mieux comprendre les conditions actuelles de l’Ukraine et les défis quotidiens auxquels les Ukrainiens sont confrontés depuis le début de l’agression russe.

Sur le chemin menant au refuge, une question me traversait l’esprit. J’ai alors demandé à notre hôte si les frappes russes visaient uniquement des objectifs militaires. Sa réponse fut aussi simple que percutante : « Que faut-il en penser lorsque nous sommes obligés, avec des étudiants et des chercheurs, de descendre dans un abri anti-bombes alors que nous discutons de science ? »

Cette interrogation résume à elle seule la réalité d’un pays où la guerre s’invite jusque dans les amphithéâtres, les salles de conférence et les espaces dédiés au savoir.

Le courage d’informer malgré la guerre

 

Cette visite a également été marquée par la présence d’une importante délégation de journalistes africains. Je tiens à saluer le courage et le professionnalisme de mes confrères venus de plusieurs pays du continent. Leur décision de se rendre en Ukraine en cette période particulièrement difficile témoigne d’un véritable engagement envers la recherche de la vérité et la compréhension des réalités du terrain.

Choisir de visiter un pays en guerre ne relève pas seulement du devoir professionnel ; cela exige aussi une part importante de courage personnel. Leur détermination à voir l’Ukraine de leurs propres yeux mérite d’être reconnue.

Cette visite m’a permis de découvrir une autre facette de l’Ukraine : celle d’un peuple qui continue d’enseigner, de rechercher, d’innover et de dialoguer avec le monde malgré les menaces permanentes. J’espère sincèrement que cette expérience contribuera à une meilleure compréhension des réalités que vivent quotidiennement les Ukrainiens et renforcera les liens entre l’Afrique et l’Ukraine dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de la coopération internationale.

Une expérience qui rapproche l’Afrique et l’Ukraine

Au cours de cette tournée de presse, des journalistes venus du Bénin, de la République démocratique du Congo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Sénégal et du Togo ont eu l’opportunité de couvrir les activités organisées à l’Université nationale Taras-Chevtchenko de Kyiv et de découvrir de près la réalité ukrainienne. Leur présence a donné à cette mission une dimension véritablement panafricaine, favorisant les échanges d’expériences et le partage de regards sur les défis contemporains auxquels fait face l’Ukraine.

Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude à Saleck Zeid, Josiasse Assemon, Arnauld Kassouin, Aliya, Mohamed Diop, Robert Kra, Bernadette Ayelo Ablavi Ayibe, Paul Joel Kamtchang, Mor Amar, Eddy Tshiala Katala qui ont participé à cette tournée de presse en Ukraine. Leur professionnalisme, leur courage et leur volonté de témoigner des réalités du terrain ont contribué au succès de cette mission et à une meilleure compréhension mutuelle entre nos peuples. Ensemble, nous avons vécu une expérience marquante qui restera gravée dans nos mémoires bien au-delà de ce voyage.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET

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