Analyses et points de vue
Paix en RDC ou voyage de lobbyistes ? Une “survivante” rwando-canadienne s’invite à la table des rebelles
Dans la liste des “experts” du RDF/M23 dévoilée pour les pourparlers de Doha/Genève, un nom claque comme une insulte à la mémoire des victimes congolaises : Justine Rukeba Mbabazi, citoyenne canadienne d’origine rwandaise. Celle-là même qui, lors d’une conférence à Washington, évoquait avec émotion son fils s’interrogeant sur l’absence de vieux au Rwanda.
Touchant. Mais que vient faire cette rescapée du génocide rwandais dans une délégation armée qui déchire l’Est de la RD Congo ? Au lieu de pleurer sur son passé, aurait-elle décidé d’exporter les fantômes de Kigali jusqu’à Goma, sous couvert d’un passeport canadien et d’un titre d’”experte” ? L’hypocrisie est à son comble. Le RDF/M23 réclame des “garanties de protection juridique et sécuritaire” pour cette dame.
Comme si elle risquait sa vie à une table de négociation. Mais qui protège les millions de Congolais massacrés, déplacés, violés par les groupes armés dont le RDF/M23 est le fer de lance ? L’histoire de Justine est pathétique, pas politique. Qu’elle raconte ses souffrances à Ottawa ou à l’ONU, pas dans une délégation rebelle qui prétend défendre une “paix” qu’elle souille par sa seule présence.
Une chose est sûre : ce n’est pas en agitant sa carte de “survivante modèle” qu’on légitime l’ingérence rwandaise sous couvert d’expertise humanitaire. La RD Congo n’a pas besoin de ses larmes, mais qu’elle rende son mandat à ceux qui meurent vraiment sur le terrain. À force de pleurer ses morts, le Rwanda de Paul Kagame finit par enterrer les vivants des autres. Et les larmes d’une survivante ne sont pas un visa pour légitimer les bourreaux d’à côté.
De Kigali à Ottawa, puis d’Ottawa à Goma : le long voyage d’une mémoire sélective de Madame Justine Rukeba Mbabazi qui oublie le sang frais au bord de la route. Elle vient négocier la paix avec le mouchoir trempé des larmes d’hier quand ce dernier sert à essuyer les crimes d’aujourd’hui. Une survivante qui s’assoit chez le pyromane, ses souvenirs ne sont plus que des cendres qu’on jette au visage des vrais sinistrés.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
Le député Jacques Djoli brandit Tocqueville : la souveraineté populaire foudroie l’imposture
L’Honorable Jacques Djoli Eseng’Ekeli n’a pas seulement démenti une rumeur : il a donné une magistrale leçon de grandeur. Par un tweet lapidaire convoquant la science, le Rapporteur de l’Assemblée nationale a refusé de descendre dans l’arène fangeuse où certains voulaient l’attirer. Il a choisi la verticale. Face à la manœuvre odieuse qui lui prêtait des propos imaginaires, il ne s’est pas justifié.
Il a surplombé, avec l’autorité souveraine de celui qui manie le droit comme on manie le glaive. Un silence calculé, puis une annonce : l’heure de la vérité sonnera, et elle sera sans appel. Car la riposte, c’est à Tocqueville qu’il la confie, élevant soudain le débat à des hauteurs où la calomnie ne peut plus respirer. Aux “chercheurs du Buzz” qui alimentent l’infamie, il assène la pensée centrale de l’article 5 de la Constitution.
Celle qui brûle toutes les impostures : “Au-dessus de toutes les institutions et en dehors de toutes les formes réside un pouvoir souverain : celui du peuple, qui les détruit ou les modifie à son gré.” Ce n’est plus un tweet, c’est un manifeste. Le pouvoir créateur, le pouvoir constituant originaire, est par essence illimité, inconditionné, indomptable. Placé au-delà des pouvoirs institués (simples créatures ), il détient la faculté sublime de tout refonder.
La faculté de briser les cadres établis et de redessiner, dans sa majesté absolue, le pacte national tout entier. Voilà la souveraineté populaire dans sa vérité nue, que le Professeur Jacques Djoli brandit comme une torche dans la nuit des manigances. Ainsi, en deux phrases et une citation, l’honorable rapporteur vient d’offrir à la nation congolaise bien plus qu’un rétablissement des faits : il lui restitue la puissance de son propre destin.
Là où les manœuvriers espéraient l’enfermer dans une polémique stérile, il leur oppose le granit des principes, rappelant que le peuple est le seul maître, le seul architecte, le seul juge. Par cette riposte éclatante, où Tocqueville éclaire le chemin de la RD Congo, Jacques Djoli Eseng’Ekeli lave son honneur sans une once d’aigreur, et du même geste réarme la démocratie avec une force conceptuelle rare. La calomnie n’a pas été vaincue : elle a été dissoute, dans la lumière d’une vérité plus haute. Magistral.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
