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Diplomatie

OIF : La candidature de la RDC, entre poids francophone et exigence de leadership

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Dans l’histoire de la Francophonie institutionnelle, les élections les plus disputées ne sont jamais celles qui opposent des États, mais celles qui départagent des visions et des trajectoires. La décision de la République démocratique du Congo de présenter un candidat au poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) s’inscrit dans cette logique : elle engage moins un rapport de force qu’une capacité à convaincre par la crédibilité et la cohérence.

Une orientation stratégique assumée par le gouvernement

C’est dans ce cadre qu’il faut situer la communication faite lors du Conseil des ministres du 30 janvier 2026, rapportée par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. En rappelant les échéances du 15 juin 2026 pour le dépôt des candidatures et de novembre 2026 pour l’élection à Phnom Penh, le gouvernement a confirmé une orientation stratégique déjà mûrie : voir la RDC assumer un rôle plus visible et plus structurant au sein de la Francophonie.

Le poids démographique, un atout encore sous-exploité

Cette ambition repose sur une réalité incontestable. Avec près de 90 millions de locuteurs, la RDC est aujourd’hui le premier pays francophone au monde. Elle concentre, à elle seule, une part déterminante de l’avenir démographique de la langue française. Pourtant, cette centralité ne s’est jamais pleinement traduite en leadership institutionnel au sein de l’OIF. La candidature congolaise vise ainsi à combler le décalage entre poids réel et influence formelle.

À l’OIF, ce sont les personnalités qui comptent

Mais dans une organisation qui réunit 90 États et gouvernements, la démographie ne constitue ni un sésame ni un argument suffisant. L’OIF fonctionne avant tout sur une logique de confiance, de continuité et de représentation équilibrée. À ce niveau, ce n’est pas un pays qui est élu, mais une personnalité appelée à incarner l’intérêt général de l’espace francophone.

Le profil du candidat au cœur des arbitrages

C’est là que se situe le cœur du débat : le profil du candidat congolais. Plus encore que le programme ou les alliances, c’est l’aptitude à représenter la Francophonie dans toute sa diversité qui pèsera dans les arbitrages. Le futur Secrétaire général devra conjuguer expérience multilatérale, maîtrise des enjeux francophones et capacité à dialoguer avec des États aux sensibilités politiques, culturelles et géographiques très différentes.

Une compétition relevée face à une sortante expérimentée

La compétition s’annonce d’autant plus exigeante que la Secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, a officialisé sa candidature à un nouveau mandat. Son expérience, son réseau diplomatique et sa connaissance approfondie des mécanismes internes de l’OIF constituent des atouts reconnus. Dans ce contexte, la RDC ne peut se permettre une candidature de circonstance : elle doit proposer un profil capable de rassurer, de fédérer et de projeter une image de stabilité institutionnelle.

Le prolongement d’une stratégie de soft power

Cette exigence rejoint une dynamique plus large de soft power engagée par la RDC ces dernières années. La diplomatie culturelle et sportive, illustrée notamment par l’organisation des IXes Jeux de la Francophonie à Kinshasa en 2023, a contribué à repositionner le pays comme un acteur d’initiative et de rayonnement dans l’espace francophone. La candidature au Secrétariat général apparaît dès lors comme un prolongement naturel de cette projection, à condition d’être portée par une personnalité à la hauteur de l’ambition affichée.

Une vision à porter pour l’avenir de la Francophonie

Le profil recherché devra également être en mesure de porter une vision constructive des grands enjeux contemporains de la Francophonie : jeunesse, éducation, innovation numérique, diversité culturelle, transition écologique et protection du Bassin du Congo. Autant de thématiques sur lesquelles la RDC peut apporter une contribution crédible, à condition de les inscrire dans une perspective collective et non strictement nationale.

Un test pour la Francophonie et pour la RDC

À l’approche du scrutin de Phnom Penh, la candidature congolaise pose donc une question centrale à l’OIF elle-même : celle de sa capacité à reconnaître l’évolution de son centre de gravité et à accompagner l’émergence de nouveaux équilibres, sans rupture ni crispation. Pour la RDC, l’enjeu est clair : transformer son poids francophone en un leadership incarné, crédible et durable.

Franck NTUMBA Kaleka

À la Une

Ukraine-Afrique : Kiev veut dépasser les 6,7 milliards USD d’échanges commerciaux avec l’Afrique

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À l’occasion de la Journée de l’Afrique, célébrée le 26 mai à l’Académie diplomatique Hennadii Oudovenko relevant du ministère ukrainien des Affaires étrangères, l’Ukraine a affiché sa volonté de renforcer ses relations politiques, économiques et sécuritaires avec les États africains. Prenant part au forum « Ukraine – Afrique : le Passé, le Présent et l’Avenir des Relations », le chef de la diplomatie ukrainienne, Andrii Sybiha, a livré un plaidoyer en faveur d’un partenariat « pragmatique et mutuellement bénéfique » entre Kiev et le continent africain.

L’Ukraine et l’Afrique unies contre le néocolonialisme

Dans son allocution, Andrii Sybiha a rappelé que la Journée de l’Afrique symbolise « la victoire contre le colonialisme » et l’unité des peuples africains. Établissant un parallèle entre les luttes historiques africaines et la guerre que mène actuellement son pays, le ministre ukrainien a estimé que l’Ukraine comprend « mieux que quiconque » la valeur de la souveraineté et de la liberté face à « une agression néocoloniale ».

Le chef de la diplomatie ukrainienne a également insisté sur le rôle majeur que peut jouer l’Afrique dans les efforts internationaux pour la paix. Il a appelé à une mobilisation commune contre la désinformation et l’influence russe sur le continent, évoquant notamment le recrutement illégal de mercenaires africains par des réseaux liés à Moscou.

« Cette pratique doit être arrêtée. Il s’agit de sauver des vies », a-t-il déclaré avec fermeté.

Kiev mise sur l’essor économique et humain de l’Afrique

Qualifiant le XXIe siècle de « siècle de l’Afrique », Andrii Sybiha a dénoncé les visions stéréotypées encore portées sur le continent. Selon lui, l’Afrique représente aujourd’hui l’un des principaux moteurs de croissance mondiale grâce à ses ressources naturelles, son dynamisme économique et surtout son capital humain.

L’Ukraine entend ainsi devenir un partenaire fiable de cette « Renaissance africaine ». Le ministre a souligné l’ouverture du président ukrainien Volodymyr Zelenskyy au dialogue avec les dirigeants africains ainsi qu’avec African Union.

Évoquant les liens historiques entre Kiev et plusieurs pays africains, Andrii Sybiha a rappelé que des ingénieurs et scientifiques ukrainiens avaient contribué au développement industriel de nombreux États africains au XXe siècle. Il a notamment cité des infrastructures emblématiques comme le Haut barrage d’Assouan en Égypte ou encore le complexe sidérurgique d’Ajaokuta au Nigeria.

Offensive diplomatique ukrainienne sur le continent africain

Le ministre ukrainien a annoncé l’ambition de son pays de dépasser le volume commercial de 6,7 milliards de dollars enregistré avant la guerre. Pour atteindre cet objectif, Kiev multiplie les initiatives diplomatiques sur le continent.

Huit nouvelles ambassades ont récemment été ouvertes en Afrique, portant à 18 le nombre total de représentations diplomatiques ukrainiennes. De nouveaux projets d’implantation sont également envisagés, notamment une ambassade en Zambie ainsi qu’un consulat général au Cap, en Afrique du Sud.

« L’Ukraine considère l’Afrique non comme un objet d’aide, mais comme un acteur égal et puissant de la politique mondiale », a affirmé Andrii Sybiha.

Selon lui, l’Ukraine souhaite proposer des solutions technologiques concrètes dans plusieurs secteurs stratégiques, avec une approche fondée sur le bénéfice mutuel et le partenariat d’égal à égal.

Sécurité, agriculture et numérique : les trois piliers de la stratégie ukrainienne

Le chef de la diplomatie ukrainienne a présenté une vision baptisée « Ukraine — partenaire stratégique pour le développement durable de l’Afrique — 2063 », en référence à l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Cette stratégie repose sur trois axes majeurs.

– Le premier concerne la sécurité alimentaire. L’Ukraine veut aller au-delà du simple rôle d’exportateur de céréales pour devenir un partenaire technologique capable d’accompagner la modernisation agricole africaine, notamment dans les infrastructures ferroviaires, portuaires et énergétiques.

– Le deuxième pilier porte sur la sécurité et la cybersécurité. Fort de son expérience acquise dans le conflit avec la Russie, Kiev propose son expertise dans la lutte contre les drones, la guerre électronique ainsi que la protection des systèmes numériques. Un projet d’alliance cybernétique régionale et un centre de surveillance contre la désinformation russe figurent parmi les initiatives annoncées.

– Enfin, le troisième volet concerne la transformation numérique et la formation. L’Ukraine souhaite partager son expérience dans la digitalisation des services publics à travers la plateforme Diia et développer des partenariats universitaires pour former une nouvelle génération de spécialistes africains.

Pour Andrii Sybiha, l’Afrique ne doit plus être perçue sous l’angle de l’assistance humanitaire, mais comme un espace stratégique de coopération internationale.

« Ensemble, nous sommes capables de construire un espace entièrement nouveau de sécurité et de développement », a conclu le ministre ukrainien.

Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET 

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