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Nord-Ubangi : quand la crise en Centrafrique fait parler la RDC

La cité de Yakoma, chef-lieu du territoire du même nom dans la province de Nord-Ubangi, au nord-ouest de la République démocratique du Congo, était un lieu méconnu et ignoré du grand public. Malgré le prestige dû aux vestiges des belles Maisons et traces laissés par les dignitaires du temps du président Mobutu (Baramoto, Seti Yale), Yakoma est une cité fantôme perdue dans le Grand Équateur.

C’est la crise politico-militaire centrafricaine qui réveille cette agglomération qui dormait. Le crépitement des balles entre les forces militaires officielles et les rebelles de la Seleka de l’autre rive de l’Ubangi a mobilisé Yakoma. Près de 7000 centrafricains, fuyant la guerre ont traversé la rivière, pour une terre paisible. A ce jour, Yakoma est un havre de paix pour ces frères africains à la recherche d’un abris sûr.

Plusieurs catégories de personnes ont rejoint Yakoma, les journalistes nationaux et internationaux, les humanitaires et autres, tous mobilisés pour la cause de la crise en Centrafrique et l’accueil des réfugiés centrafricains en RDC. Dès lors, Yakoma s’impose dans l’opinion nationale et auprès de la communauté internationale. Pour sa part, le Haut commissariat des réfugiés (HCR) a mobilisé ses partenaires (communautés locales, organismes internationaux, autorités politico-administratives) pour cette cause. L’aviation a été réorganisée, et un vol humanitaire une fois la semaine fait les délices des curieux. Le trafic lacustre s’est accru dans la cité, les services de sécurité prennent de l’ampleur.

Le commerce roule à un nouveau régime. Sur le marché local, les denrées alimentaires et les produits manufacturés ont vu leur prix galoper, au point que les consommateurs se plaignent.

La banane qui se vendait à 100FC s’achète actuellement à 500 FC. La bouteille d’eau vive de 50cl prise à Kinshasa à 500 FC vaut le triple de son prix Yakoma. Celui de 1,5 litre est vendue à 2500 FC, alors qu’elle coûte 1000 FC en ville. La viande de singe -vendue autrefois 12.000 FC- est passée à 27.000 FC. La botte de pondu initialement vendue à 100 FC s’est envolée à 500 FC. Le morceau de viande de 500 FC a grimpé à 2000Fc.

Selon les consommateurs se confiant à Congoprofond.net, les prix des denrées alimentaires et autres produits ont augmenté à l’arrivée des humanitaires, notamment. Car pour les villageois et les commerçants, cette catégorie des clients amasse beaucoup d’argent grâce à leur fonction. La passe qui autrefois était soumise à l’appréciation du client, est facturée à ce jour. Il y a aussi la venue des professionnelles de sexe.

Yakoma, hier cité perdue en pleine forêt équatoriale, fait parler d’elle aujourd’hui. Son ère a sonné !

Émile YIMBU/CONGOPROFOND.NET