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Nord-Ubangi à l’arrêt : les médecins déclenchent une grève sèche pour salaires impayés
L’intersyndical de la santé du Nord-Ubangi a annoncé une grève sèche dans toutes les structures publiques de la province à compter de ce vendredi 06 février. La décision a été prise à l’issue d’une Assemblée générale tenue dans l’après-midi par les médecins et infirmiers.

Des mois de salaires impayés en cause
Réunis sous la bannière de l’intersyndical, les professionnels de santé dénoncent le non-paiement de leurs salaires par la Banque Afriland First Bank. Selon les représentants syndicaux, le personnel de santé des quatre territoires de la province cumule trois mois d’arriérés de paie ordinaire (PO), tandis que celui du chef-lieu, Gbadolite, attend encore un mois de salaire.
À ces retards s’ajoutent les paies complémentaires (PC) du quatrième trimestre 2025, également restées impayées.
« Nous n’avons plus d’autre choix »

Face à cette situation jugée intenable, les « blouses blanches » ont décidé de suspendre toute activité médicale jusqu’au règlement intégral des arriérés.
« Nous n’avons plus d’autre choix que de recourir à une grève sèche. Nos revendications sont claires : le paiement immédiat des salaires de novembre et décembre, ainsi que des compléments du dernier trimestre 2025 », a déclaré le docteur Sisco Ngunde, président syndical, à l’issue de la réunion.
Un système de santé public menacé

Cette grève risque de paralyser le système de santé public dans la province du Nord-Ubangi, où les hôpitaux et centres de santé font déjà face à de sérieuses difficultés matérielles et financières. En attendant une issue favorable, les patients pourraient être contraints de se tourner vers des structures privées ou de différer leurs soins.
Appel urgent aux autorités

L’intersyndical lance un appel pressant aux autorités provinciales et nationales afin qu’elles interviennent sans délai pour éviter une crise sanitaire majeure aux conséquences potentiellement dramatiques pour la population.
Caroline Ndoba/CONGOPROFOND.NET
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Tribunal pénal économique et financier : Pour Me Carlos Ngwapitshi, la restitution des fonds détournés doit devenir la priorité
Depuis plusieurs décennies, la République démocratique du Congo est confrontée à une criminalité économique persistante. Détournements massifs de fonds publics, corruption systémique et blanchiment d’argent fragilisent les institutions et nourrissent un profond sentiment d’impunité dans l’opinion.
Pourtant, le droit congolais prévoit des sanctions sévères pour ces infractions : jusqu’à 20 ans de travaux forcés, la confiscation spéciale des biens et la restitution des fonds détournés.

Des sanctions théoriques, une restitution quasi inexistante
Dans une analyse récente, l’avocat Carlos Ngwapitshi Ngamashi met en lumière les limites de ce dispositif répressif.
Selon lui, les procès aboutissent souvent à des condamnations spectaculaires, mais rarement à une réparation effective du préjudice subi par l’État. « Le condamné purge sa peine, mais à sa sortie, les millions dissipés ne sont pas restitués », déplore-t-il, pointant ainsi un système judiciaire qui punit sans véritablement récupérer les ressources publiques perdues.
Les failles du système judiciaire actuel
Plusieurs facteurs expliquent cette inefficacité. D’abord, l’absence de mécanismes juridiques contraignants pour forcer la restitution des fonds détournés. Ensuite, la confiscation des biens reste généralement limitée à ceux officiellement enregistrés au nom du condamné, alors que les capitaux illicites sont souvent dissimulés à travers des prête-noms. Enfin, la corruption judiciaire peut conduire à une réduction significative des peines en appel, affaiblissant davantage l’effet dissuasif des sanctions.
La création d’un tribunal spécialisé

Face à ces limites, le président Félix Tshisekedi a récemment promulgué une loi instituant le Tribunal pénal économique et financier, accompagné d’un parquet général spécialisé.
Cette réforme dote le pays d’un instrument judiciaire dédié à la lutte contre la criminalité économique et financière, avec l’ambition de renforcer l’efficacité des poursuites contre les crimes en col blanc.
Les conditions d’une justice crédible
Cette innovation institutionnelle est saluée comme une avancée importante dans la lutte contre la prédation financière.
Toutefois, son efficacité dépendra de plusieurs conditions essentielles : garantir l’intégrité et l’expertise des magistrats appelés à siéger au sein de cette juridiction, assurer une rémunération conséquente accompagnée de primes éventuellement indexées sur les fonds récupérés, et offrir une protection sécuritaire renforcée aux responsables chargés de ces dossiers sensibles.
Un tournant décisif pour la justice congolaise

Pour Carlos Ngwapitshi, la création de ce tribunal doit s’inscrire dans une réforme plus ambitieuse. Il plaide notamment pour l’introduction de mécanismes tels que la médiation pénale, la confiscation générale des biens acquis illicitement, l’imprescriptibilité des crimes économiques ou encore la prison à perpétuité pour les cas les plus graves.
Le message serait alors clair pour les auteurs de détournements : restituer les fonds publics ou s’exposer à la perte totale des biens et à des sanctions irréversibles.
Dans un pays où la corruption a longtemps sapé la confiance citoyenne, la réussite de cette juridiction spécialisée pourrait marquer un tournant historique dans la restauration de l’autorité de l’État.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
