Kinshasa, Toute une Histoire
Ngaba, ex Yolo-Lemba : une commune de Kinshasa longtemps à l’écart du développement
Petite commune urbaine située dans le sud-est de Kinshasa, Ngaba est l’héritière d’un territoire plus vaste connu autrefois sous le nom de Yolo-Lemba. Enclavée et souvent négligée, elle abrite pourtant une population active, une vie communautaire dense et une histoire ancienne.

Une origine historique méconnue
Avant de devenir une commune à part entière en 1975, Ngaba faisait partie de l’ancienne entité administrative appelée Yolo-Lemba, qui englobait plusieurs quartiers aujourd’hui répartis entre Kalamu, Lemba, Makala, Selembao et Mont Ngafula. Ce secteur, à l’époque coloniale, était géré sous l’autorité de chefs coutumiers, notamment Teke et Humbu.

Le nom « Ngaba » viendrait d’un mot d’origine Kongo signifiant tortue, un symbole de lenteur mais aussi de persévérance, à l’image du développement progressif de cette commune.
Une commune enclavée
Avec une superficie estimée à moins de 5 km² et une population de plus de 150 000 habitants selon les données administratives récentes, Ngaba est l’une des plus petites communes de Kinshasa. Elle est entourée de Lemba, Makala, Selembao et Mont Ngafula. Son relief accidenté et ses voies d’accès en mauvais état compliquent la circulation, surtout pendant la saison des pluies.
Les infrastructures de base y sont insuffisantes : peu d’écoles publiques, absence d’un marché central moderne, et manque d’un centre de santé de référence.
Une population résiliente
Malgré ces difficultés, la population de Ngaba fait preuve d’une grande résilience. Les marchés informels se forment autour de points stratégiques comme Nzolantima, Masanga Mbila ou l’échangeur de la Gombe Matadi. L’économie locale repose essentiellement sur le commerce de détail, l’artisanat et la débrouillardise.

Les églises de réveil y sont très nombreuses et jouent un rôle social important dans l’encadrement des jeunes et le soutien aux familles.
« Nous vivons dans une commune oubliée, mais c’est chez nous. La solidarité y est forte », témoigne maman Alphonsine, résidente depuis plus de 40 ans.
Des figures locales
Plusieurs personnalités ont vu le jour à Ngaba ou y ont grandi. Parmi elles :
– Singa Gnel, rappeur engagé de la scène kinoise, originaire de Masanga Mbila ;
– Feu Pasteur Mukuna wa Ndanu, figure religieuse influente des années 1980 ;
– Didier Kalombo, ancien footballeur international U20 formé dans un club local ;
– Pr. Lisungi Mbuyi, sociologue et enseignant à l’Université de Kinshasa, auteur de travaux sur les périphéries urbaines.
Une commune en attente de modernisation

Les promesses de développement restent pour l’instant peu concrètes. Les projets de pavage entamés ces dernières années ont souvent été interrompus. Les établissements scolaires, comme l’Institut Ngaba ou le Complexe scolaire Kimbanguiste, sont saturés. L’accès à l’eau potable et à l’électricité est encore aléatoire dans plusieurs quartiers.
« Il faut que la ville considère enfin Ngaba comme une commune à part entière, avec des droits et des besoins clairs », plaide Jean-Marc Mpongo, enseignant et militant communautaire.
Kinshasa, toute une histoire
À la Une
Jean Angwalima : Le “Al Capone” kinois, entre mythe urbain et réalité troublante
À Kinshasa, le nom « Angwalima » dépasse aujourd’hui la simple identité d’un homme. Il est devenu un mot du jargon populaire, synonyme de voleur rusé, méthodique et insaisissable.
Pourtant, comme le rappelle le chroniqueur Ngimbi Kalumvueziko, « Angwalima n’est pas qu’un mythe urbain : c’est d’abord un homme bien réel qui a marqué Léopoldville au lendemain de l’indépendance ».
Jean Angwalima s’impose ainsi comme l’un des personnages les plus fascinants – et controversés – de l’histoire criminelle congolaise.

Léopoldville, théâtre de ses exploits
Dans les années 1960, alors que la ville de Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) se transforme après l’indépendance, Angwalima multiplie les cambriolages spectaculaires.
Il cible particulièrement les quartiers huppés (Kalina, Limete, Mont Stanley ou encore Ma Campagne ) où réside une nouvelle bourgeoisie congolaise ayant succédé aux colons européens.
Selon Ngimbi Kalumvueziko, « ses opérations, d’une précision presque chirurgicale, nourrissaient autant la peur des riches que l’admiration silencieuse des petites gens ».
Dans les rues, les récits de ses coups audacieux circulent, amplifiés par l’imaginaire collectif.
Une légende aux accents mystiques
Très vite, Angwalima dépasse la simple figure du voleur pour entrer dans la légende.
On lui prête des pouvoirs surnaturels : invisibilité, capacité d’hypnotiser ses victimes, ou encore maîtrise mystérieuse des serrures les plus complexes.
Ngimbi Kalumvueziko note à ce sujet que « la ville fabrique elle-même son héros nocturne, entre fascination et exagération ».
Ses arrestations répétées, suivies d’évasions spectaculaires de la prison de Makala, renforcent encore son image d’homme insaisissable.
L’audace ultime : un cambriolage présidentiel ?
La rumeur la plus persistante reste celle d’un cambriolage de la résidence du président Joseph Kasa-Vubu.
Bien que jamais confirmée, cette histoire contribue à bâtir son aura quasi mythique.
Comme l’écrit Ngimbi Kalumvueziko, « qu’elle soit vraie ou non, cette rumeur suffit à consacrer Angwalima comme un défi vivant à l’autorité de l’État ».
Du banditisme à la chute
Avec le temps, Angwalima quitte le cambriolage pour rejoindre une bande de criminels armés opérant en périphérie de la capitale.
Mais cette escalade marque un tournant tragique. Après le meurtre d’une fermière dans la région de Kasangulu, il est arrêté avec ses complices.
Le chef de bande, Ngabidila, est condamné à mort et exécuté publiquement. Angwalima, lui, échappe de justesse à la peine capitale.
Selon Ngimbi Kalumvueziko, « des interventions discrètes, notamment d’officiers originaires de l’Équateur, auraient pesé dans la commutation de sa peine ».
Prison, oubli… puis rédemption inattendue
Condamné à la prison à vie, Angwalima est transféré à Luzumu, dans le Kongo Central.
Libéré dans les années 1970, il disparaît progressivement des radars après s’être installé à Bana, dans un ancien village de “paysannat”.
Le plus surprenant reste sa dernière métamorphose : son retour à Kinshasa dans les années 1990… comme prédicateur.
Ngimbi Kalumvueziko conclut avec une pointe d’ironie : « le destin d’Angwalima rappelle que les trajectoires humaines échappent souvent à toute logique ».
Une renommée jusqu’aux États-Unis
L’écho de ses exploits dépasse les frontières du Congo. Le prestigieux The New York Times lui consacre un article en 1963, le comparant à Al Capone.
Une consécration internationale pour celui que Kinshasa n’a jamais cessé de raconter.
Entre mythe et mémoire collective
Aujourd’hui encore, Angwalima reste une figure ambiguë : criminel pour les uns, héros populaire pour les autres.
Mais comme le souligne Ngimbi Kalumvueziko, « ce n’est pas seulement l’homme qui survit, mais l’histoire que la ville a choisi de raconter à travers lui ».
Une légende urbaine née dans les ruelles de Léopoldville, et gravée à jamais dans la mémoire kinois.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
