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« Mon livre ne célèbre pas la pauvreté » : Grâce Tshitala Ilunga répond à ses détracteurs

Un an après la publication de son ouvrage Laveur des voitures ambitieux, Grâce Tshitala Ilunga, étudiant en droit à l’Université de Kinshasa, sort de son silence.

Face aux critiques suscitées par son livre, notamment celles formulées dans un article publié par Fatshimétrie le 8 décembre 2025, l’auteur réfute toute volonté de glorifier la précarité ou l’économie informelle. Il affirme, au contraire, avoir voulu transmettre un message de résilience, de responsabilité et d’espérance à une jeunesse confrontée au chômage et au manque d’opportunités.

Dans un entretien accordé à la rubrique Culture de Congoprofond.net, le jeune écrivain revient sur les intentions qui ont guidé son œuvre et répond, point par point, aux reproches formulés à son encontre.

« Le débat est légitime. Mais mon livre n’est pas celui que certains ont cru lire. Il ne célèbre pas la pauvreté ; il invite à transformer l’adversité en point de départ », déclare-t-il.

Une lecture que l’auteur juge réductrice

Pour Grâce Tshitala Ilunga, les critiques reposent sur une interprétation partielle de son texte. Selon lui, Laveur des voitures ambitieux ne constitue ni une apologie des petits métiers ni une invitation à s’installer durablement dans l’économie informelle.

« Ce n’est pas un manuel pour rester laveur de voitures toute sa vie. C’est un appel adressé aux jeunes : ne restez pas immobiles en attendant une opportunité qui ne viendra peut-être jamais. Commencez avec ce que vous avez, là où vous êtes. »

Dans un contexte marqué par un chômage persistant, notamment chez les diplômés, l’auteur estime que l’inaction est plus dangereuse que le travail, quel qu’il soit, pourvu qu’il soit exercé dans la dignité.

Un témoignage personnel avant tout

L’ouvrage puise sa force dans l’expérience vécue de son auteur. Avant d’entreprendre des études de droit, Grâce Tshitala raconte avoir lavé des voitures afin de financer ses ambitions entrepreneuriales. Derrière ce travail modeste se cachait une opportunité qu’il n’avait pas imaginée.

En exerçant cette activité, il affirme avoir rencontré des décideurs qui lui ont ouvert des portes et lui ont permis d’accéder à des opportunités ayant profondément transformé son parcours.

Cette activité, explique-t-il, lui a permis d’acquérir bien plus qu’un simple revenu.

« J’ai appris au bord du boulevard ce que l’amphithéâtre ne pouvait pas m’enseigner : la discipline, la gestion de l’argent, la relation avec les clients et la persévérance lorsque les journées étaient sans recette. Ces apprentissages ont forgé mon caractère. »

L’auteur insiste sur le fait que son récit ne cherche pas à embellir la pauvreté, mais à démontrer qu’il est possible de préserver sa dignité, même dans les situations les plus difficiles.

« Je n’ai jamais fait l’éloge de la misère. J’ai simplement refusé d’en avoir honte. Voilà pourquoi le mot “ambitieux” figure dans le titre. »

L’économie informelle, une réalité qu’il refuse d’ignorer

Pour étayer son propos, Grâce Tshitala rappelle qu’une grande partie de la population active congolaise tire ses revenus du secteur informel.

Selon lui, cette réalité ne saurait être occultée ni méprisée.

« Derrière l’économie informelle, il y a des familles qui survivent chaque jour : des vendeuses de marché, des taximen, des artisans, des petits commerçants. Les ignorer, c’est ignorer une part essentielle de la réalité congolaise. »

À ses yeux, le véritable défi consiste moins à condamner l’informel qu’à créer les conditions permettant à ces activités d’évoluer vers davantage de protection et d’opportunités.

Un appel à la responsabilité de l’État et des citoyens

L’auteur tient également à préciser que son ouvrage ne décharge nullement les pouvoirs publics de leurs responsabilités.

« Je ne demande pas aux jeunes de renoncer à leurs droits. Je leur demande de ne pas disparaître en attendant que l’État remplisse pleinement son rôle. »

Il résume sa vision en deux exigences complémentaires : encourager les jeunes à entreprendre et à travailler, tout en continuant à revendiquer des politiques publiques favorables à l’emploi, à la formation professionnelle, à l’accès au crédit et à la protection sociale.

Réponse aux principales critiques

Face à ceux qui l’accusent de romantiser la souffrance, Grâce Tshitala Ilunga répond que son livre décrit une réalité sans l’idéaliser.

« Dire qu’on peut se relever malgré les difficultés n’a jamais signifié que les difficultés sont souhaitables. »

À ceux qui estiment qu’il encourage les jeunes à rester dans la rue, il oppose une autre lecture.

« Je préfère voir un jeune exercer une activité honnête plutôt que rester sans perspective. Le point de départ importe moins que la destination. »

Enfin, à ceux qui jugent qu’un étudiant en droit devrait suivre un parcours plus prestigieux, il répond que son expérience professionnelle nourrit aujourd’hui sa compréhension des réalités économiques et sociales que le droit est appelé à encadrer.

Un livre qui continue de susciter le débat

Un an après sa parution, Laveur des voitures ambitieux continue d’alimenter les discussions. L’auteur affirme recevoir des témoignages provenant de plusieurs villes de la République démocratique du Congo ainsi que de la diaspora, où de nombreux lecteurs disent s’être reconnus dans son parcours.

« Si ce livre permet à un seul jeune de retrouver l’envie de se battre pour son avenir, alors il aura atteint son objectif », confie-t-il.

Entre résilience et espérance

Au terme de cet entretien, Grâce Tshitala Ilunga résume la philosophie de son ouvrage en une formule :

« Dans la RDC d’aujourd’hui, la plus grande richesse d’un jeune n’est pas l’attente, mais le courage. »

À travers ce témoignage autobiographique, l’étudiant en droit entend ouvrir une réflexion sur la place du travail, de la dignité et de la responsabilité dans une société confrontée à d’importants défis socio-économiques.

Au-delà de la polémique, Laveur des voitures ambitieux se veut une contribution au débat sur l’emploi des jeunes, la valeur du travail et la résilience. Un débat qui, selon son auteur, mérite d’être poursuivi avec rigueur, nuance et respect des opinions contradictoires.

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