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Analyses et points de vue

Modeste Bahati Lukwebo : la voix discordante qui perce le ballon des flatteurs

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Pendant que bruissent de chuchoteurs et de béni-oui-oui autour du Président Félix Tshisekedi, une voix s’élève pour rappeler une évidence qui dérange : le mandat présidentiel a une date de fin. Modeste Bahati Lukwebo, allié de longue date et deuxième vice-président du Sénat, a remis les pendules à l’heure avec une clarté qui tranche avec la novlangue ambiante.

Ceux qui murmurent à l’oreille du Chef de l’État que sa mission serait “interminable” ne sont, selon lui, que des flatteurs dont la complaisance finira par coûter cher au pays. Le message est simple, presque trivial, mais dans un contexte où chaque silence est interprété comme une permission, il devient subversif : la Constitution fixe le terme au pouvoir en 2028, et ce n’est ni la ferveur des militants ni les arrangements de couloir qui y changeront quoi que ce soit.

En rappelant cette évidence arithmétique, Bahati Lukwebo ne se contente pas de compter les jours ; il démonte l’usine à illusions. Mais c’est sur le fond que le président de l’AFDC-A porte l’estocade la plus cinglante contre la classe politique dont il est pourtant un éminent représentant. Alors que s’organise en sous-main le grand barnum de la révision constitutionnelle, lui oppose un argument massue : “Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes.”

En une phrase, il balaie des mois de spéculations et de manœuvres. À quoi bon réécrire la loi fondamentale si c’est pour que les mêmes médiocres continuent de la violer avec la même impunité ? Faut-il vraiment changer la règle du jeu quand ce sont les joueurs qui trichent ? La question est d’autant plus gênante qu’elle vise juste : la Constitution actuelle, si elle était scrupuleusement appliquée, suffirait à garantir l’État de droit. Mais appliquer, justement, n’intéresse personne.

On préfère rêver d’une loi sur mesure plutôt que de se soumettre à celle qui existe. En tenant ce discours de vérité, Modeste Bahati Lukwebo marche sur une corde raide. Assez proche du pouvoir pour savoir où il met les pieds, assez lucide pour ne pas se noyer dans le bain des flagorneurs, il incarne cette contradiction salutaire : celle d’un allié qui refuse d’être un complice. Il rappelle, à qui veut l’entendre, que la fidélité à un homme ne saurait primer sur la fidélité à la Loi.

Dans une République où l’on confond souvent l’intérêt général avec les intérêts du général en Chef, cette piqûre de rappel a valeur de pavé dans la mare. Reste à savoir si le message sera entendu par ceux qui, justement, se croient au-dessus des textes. Dans la forêt des échos flatteurs, seul l’arbre qui plie sous la tempête sans se rompre sait rappeler au soleil que son règne a une heure. Modeste Bahati connaît la Loi et la réalité. Il s’adapte sans trahir et avec courage, ose dire la vérité au pouvoir. Il est dès lors la voix de la raison géologique dans un océan de complaisance.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Analyses et points de vue

Dieu n’a pas de mode avion : une passagère impose ses louanges à tout un vol Air France

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Il est deux heures du matin au-dessus du Sahara, la cabine du vol Air France Kinshasa-Paris est plongée dans le noir, chacun tente de trouver le sommeil dans le bourdonnement climatisé des réacteurs. Soudain, des décibels de gospel s’échappent d’un téléphone tenu sans écouteurs. Les visages se tendent, une hôtesse s’approche.

La passagère, sourire angélique et regard déterminé, oppose une fin de non-recevoir : elle est chrétienne, elle ne peut pas dormir sans louange et adoration, “surtout ici, au milieu de gens dont je ne connais pas l’état d’âme”. En une phrase, le vol de nuit devient un culte forcé, et les tympans des 300 autres passagers, l’offrande involontaire sur l’autel de sa piété personnelle. Le sommeil collectif est prié de plier bagage : la foi, elle, n’a pas d’heure ni de touche volume.

Ainsi se déploie une théologie du sans-gêne qui mérite les travaux pratiques. L’argument des “états d’âme inconnus” fonctionne comme un exorcisme social : parce que le monde serait peuplé d’âmes potentiellement troubles, il faudrait le saturer de vibrations saintes, quitte à transformer la rangée 16 en paroisse pentecôtiste. Ce n’est plus une prière murmurée pour trouver la paix intérieure, c’est un concert évangélisateur où le prochain n’est pas un voisin qu’on ménage, mais un démon à conjurer ou un public à convertir.

On reconnaît là le syndrome du pharisien 2.0 : plus la louange est audible, plus elle serait efficace, abolissant au passage la frontière entre conviction intime et agression sonore. Le “aime ton prochain comme toi-même” se mue en “impose à ton prochain ta bande-son, au cas où il serait spirituellement suspect”. Ce petit théâtre aérien dépasse le fait divers : il signe l’avènement d’un individualisme sacré où la croyance personnelle, brandie comme un droit absolu, piétine toute notion de contrat social.

Sous couvert de religiosité, c’est une privatisation du silence commun qui s’opère, une OPA sur l’espace acoustique au nom d’une identité brandie en étendard. On en vient à imaginer la suite : demain, un passager exigera de purifier la carlingue au tambour chamanique, un autre diffusera des mantras pour “réaligner les chakras de l’appareil”. Face à la standardiste des âmes, la règle du “mode avion” paraît soudain bien dérisoire.

La seule question qui flotte encore dans la cabine, entre deux ronflements avortés, est celle-ci : à quel moment la louange, quand elle oublie la discrétion, cesse-t-elle d’être une adoration pour devenir un bruit qui éloigne du ciel ?

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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