Culture
« Misisa na Biso » de Cheik FITA : les racines congolaises à l’honneur au Festival Maisha 2025 à Bruxelles
La Compagnie du Théâtre Jubilés Cheik FITA (CTJCF) de Kinshasa s’apprête à faire rayonner la culture congolaise au cœur de l’Europe. Elle est officiellement invitée à la 23e édition du Festival Maisha, prévue du 1er au 3 août 2025 devant le prestigieux Théâtre de la Monnaie, à Bruxelles.
À cette occasion, la troupe présentera « Misisa na biso »nos racines”, un ballet d’inspiration traditionnelle signé Cheik FITA, icône du théâtre congolais et auteur-metteur en scène au parcours aussi riche qu’impressionnant.
Écrit et mis en scène par Cheik FITA, « Misisa na Biso » transporte les spectateurs au cœur de l’Afrique centrale, plusieurs siècles en arrière. Le récit bouleversant suit le destin d’un orphelin, né après une razzia meurtrière. Élevé dans la douleur et la résilience par sa mère survivante, il finit par rejeter l’héritage et les valeurs de ses ancêtres… jusqu’au jour où l’histoire tragique se répète.
Ce ballet est un spectacle total, enraciné dans les arts vivants traditionnels du Congo : percussions (tam-tam, lokole, ngonga), chants, danses, masques, proverbes, onomatopées, et costumes typiques.
Ce passage à Bruxelles s’inscrit dans le double jubilé de Cheik FITA, célébrant 50 ans d’écriture et 40 ans de théâtre. Une série d’événements internationaux (Japon, Kinshasa, Belgique, France, Suisse) ont été programmés de 2024 à 2026 autour du thème :
« Promotion de la lecture du livre congolais et promotion du théâtre classique congolais ».
Né FITA FITA DIBWE, Cheik FITA est un philosophe, écrivain, dramaturge et metteur en scène congolais vivant en Belgique depuis 2002. Ancien professeur, lauréat du Grand Prix National de Théâtre (1987), finaliste RFI en 1979, ancien conseiller ministériel et député à la CNS, il a écrit plus d’une trentaine de pièces jouées en Afrique, en Europe et en Asie, et publié une vingtaine d’ouvrages.
Outre Misisa na Biso, la CTJCF a récemment monté la pièce “Le Syndrome de CANH” (décembre 2024 – février 2025) et développe une série de contes traditionnels congolais. La compagnie se positionne aujourd’hui comme un pilier de la mémoire culturelle et un vecteur du renouveau du théâtre classique congolais à l’international.
Dorcas Mwavita/Congoprofond.net
Culture
Culture et Arts : “JE…”, Une poésie de Negue Fly Nsau, incarnée entre Kinshasa et les racines du Kongo-Central
À travers son nouveau projet scénique intitulé JE…, l’artiste poète Negue Fly Nsau propose bien plus qu’un simple spectacle : une immersion intime dans une quête identitaire, portée par la puissance des mots et la profondeur des sonorités traditionnelles. Entre poésie urbaine et héritage culturel, l’artiste kinois livre une œuvre à la fois personnelle, musicale et profondément ancrée dans le territoire dont il est originaire.

Un projet introspectif : dire “je” pour toucher le “nous”
Avec JE…, Negue Fly Nsau explore une écriture de l’inachevé. Le titre lui-même, suspendu par des points de suspension, évoque une identité en construction.
« Je suis une phrase qui cherche encore sa fin », confie-t-il.
Pensé comme une autobiographie en mouvement, le spectacle interroge l’humain dans sa fragilité, ses doutes et ses aspirations. C’est une plongée dans l’intime, où l’artiste se met à nu, sans artifice, dans une démarche sincère et assumée.
Kinshasa comme muse, matrice et tension créative
Au cœur du projet, une ville : Kinshasa. Ville de contradictions, à la fois “bruit” et “berceau”, elle devient une véritable protagoniste du spectacle. L’artiste y puise son inspiration, décrivant une relation complexe, faite d’amour et de lutte : « Je ne vis pas à Kinshasa, c’est elle qui vit en moi. »
Dans JE…, Kinshasa est à la fois une mère nourricière et une blessure persistante. Elle façonne l’artiste autant qu’elle le met à l’épreuve, nourrissant une poésie brute, authentique, profondément urbaine.
Le mandara : une mémoire vivante au cœur de la création

L’originalité du projet réside aussi dans l’intégration du mandara, musique traditionnelle du Kongo-Central.
Loin d’être un simple accompagnement, cette musique devient un véritable partenaire de scène. Guitare, percussions et piano dialoguent avec la voix du poète, créant un univers sonore hybride où tradition et modernité se rencontrent.
« Le mandara n’est pas un fond sonore, c’est un personnage. »
Ce choix artistique traduit une volonté forte : reconnecter l’art contemporain aux racines culturelles, dans une démarche de transmission et de valorisation du patrimoine.
Une écriture organique, entre langues et territoires
Negue Fly Nsau revendique un processus d’écriture vivant, nourri par le quotidien kinois.
Ses textes naissent dans le tumulte de la ville : taxis, bars, ponts, rues. Ils oscillent entre lingala, français et kikongo, reflétant la diversité linguistique et culturelle de son environnement.
Le critère ultime ? La musicalité : « Si un mot ne peut pas être dansé par les percussions, je l’enlève. »
Cette exigence donne naissance à une poésie incarnée, rythmée, profondément sensorielle.
Une œuvre engagée, au service de l’humain

Sans revendiquer un militantisme frontal, l’artiste inscrit son travail dans une forme d’engagement humaniste.
Ses textes défendent le droit à la vulnérabilité, à la quête de soi, à l’amour d’une ville imparfaite. Ils dénoncent aussi, en filigrane, l’oubli progressif des cultures locales.
Dans un contexte où la parole peut être contrainte, la poésie devient un espace de liberté : « Elle dit tout haut ce que la rue pense tout bas. »
Une expérience scénique totale
« JE… » n’est pas un projet destiné à rester sur papier. Il prend tout son sens sur scène, dans la rencontre avec le public.
Chaque représentation devient un moment unique, où le souffle du poète se mêle aux vibrations musicales et aux réactions des spectateurs.
À Kinshasa, le public joue un rôle central : « S’il ne sent pas, il sort de ta vibe. »
Cette interaction constante nourrit l’évolution du spectacle, faisant de chaque performance une recréation.
Un tournant décisif dans le parcours de l’artiste
Avec JE…, Negue Fly Nsau franchit une étape importante de sa carrière.
Là où ses précédents travaux s’ouvraient sur le monde, ce projet marque un retour vers soi, plus risqué, plus intime. Il affirme pleinement son identité de poète kinois, enraciné dans le Kongo-Central. « C’est un point de non-retour. »
Perspectives : faire voyager la poésie et les racines

Porté par une réception déjà forte, le projet ambitionne désormais de s’étendre au-delà de Kinshasa.
L’artiste envisage une tournée nationale, voire internationale, ainsi qu’une captation filmée du spectacle. L’objectif : faire voyager le mandara et ses mots, et inscrire cette œuvre dans une dynamique de diffusion plus large.
Une œuvre entre fragilité et puissance
Avec JE…, Negue Fly Nsau signe une création profondément humaine, où l’intime devient universel.
Entre Kinshasa et le Kongo-Central, entre poésie et musique, entre quête personnelle et mémoire collective, l’artiste propose une œuvre sincère, vibrante, et essentiel.
Une chose est certaine : ici, le “JE” ne reste jamais seul. Il devient écho, miroir, et finalement… un “NOUS”.
Tim Katshabala/CONGOPROFOND.NET
