Culture
Ministère de la Culture ou agence de voyages pour célébrités ? Le très curieux mandat de la ministre Yolande Elebe Mandembo
Pendant que le patrimoine congolais croule et que les artistes de l’ombre meurent silencieusement, l’unique vision culturelle de Yolande Elebe Ma Ndembo semble se résumer à financer des loges VIP et des billets de concert. Une politique pour le moins rythmée. Il faut l’avouer, sous l’égide de notre Ministre de la Culture la définition même de la « culture » opère une mue spectaculaire.
Finis les archétypes poussiéreux de conservation du patrimoine, de soutien aux créateurs émergents ou d’éducation artistique. La nouvelle doctrine, d’une redoutable “efficacité”, est désormais on ne peut plus claire : la culture, c’est du show-business. Le ministère n’est plus une institution, c’est une cagnotte. La preuve par l’absurde, et par les dollars, avec cette sollicitation de 985 000 $ pour le concert de Fally Ipupa.
Alors que les caisses de l’État sont vides au point de ne pouvoir fournir des craies aux écoles, elles seraient miraculeusement pleines quand il s’agit d’acheter 375 000 $ de billets et 150 000 $ de loges VIP. Une priorité budgétaire qui en dit long sur le projet de société qu’on nous propose : un peuple illettré, mais qui danse bien. On appelle cela, dans le jargon technocratique, une “stratégie de valorisation du soft power”.
Madame la Ministre Yolande Elebe Mandembo, dans un élan de générosité qui la caractérise, semble avoir compris son rôle non pas comme gardienne du temple culturel, mais comme chef de fan-club numéro un. Son ministère, transformé en agence de voyages haut de gamme pour officiels, se propose de financer leur déplacement, leurs places premium et leurs rafraîchissements.
Dans la langue du peuple, cela s’appelle se servir sur la bête. Qu’importe si les bibliothèques se vident et que les salles de théâtre tombent en ruine ? L’urgence, le vrai combat culturel du siècle, c’est la création d’un “Espace Kongo Culture” pour 120 000 $ autour du Stade de France. Un décor éphémère pour une photo éphémère, symbole parfait d’une politique culturelle sans vision, sans profondeur et sans lendemain.
Cette frénésie dépensière pour un événement unique et médiatique révèle une misère bien plus grande : la misère de l’imagination. Incapable de penser une culture qui irrigue, qui forme, qui dure, le ministère de la Culture et du patrimoine congolais se rabat sur le coup d’éclat, la dépense tape-à-l’œil qui fera la une. C’est la politique du karaoké : on reprend les succès des autres en espérant que le micro soit branché.
Aux “esprits chagrins” qui oseraient évoquer le salaire des enseignants ou le prix des médicaments, on rétorquera avec le mépris de ceux qui n’ont jamais fait la queue dans un hôpital public : “Vous n’avez donc rien compris à l’image de marque du pays ?” Si. Nous avons compris que l’image qu’on veut vendre est celle d’une élite qui s’encanaille à Paris pendant que sa population s’appauvrit à Kinshasa.
Ce budget, s’il est avéré, n’est pas une demande. C’est un aveu. L’aveu que pour certains dont Madame la ministre Yolande Elebe Mandembo, la culture n’est qu’un prétexte à la fête, aux voyages et à la communication. Le ministère de la Culture a trouvé sa nouvelle vocation : être le sponsor officiel de l’amusement de ses ministres. Un rôle de premier plan, assurément.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Société
Ebola à Butembo : les tenanciers d’hôtels appelés à revoir leurs méthodes d’accueil et d’orientation des clients
Les tenanciers d’hôtels de la ville de Butembo, au Nord-Kivu, ont été sensibilisés, vendredi 12 juin 2026, aux risques liés à l’accueil des visiteurs dans un contexte marqué par la résurgence de la maladie à virus Ebola. Cette séance de sensibilisation s’est tenue dans la grande salle de l’Hotel Butembo, à l’initiative du chef du service urbain du Tourisme, Kambasu Matembela.
À cette occasion, ce dernier a invité les responsables d’établissements hôteliers à adapter leurs pratiques d’accueil et d’orientation des clients afin de prévenir tout risque de propagation de la maladie.
« J’ai invité les représentants du secteur de la santé, notamment ceux de la Division provinciale de la santé (DPS), afin qu’ils présentent la situation actuelle de l’épidémie. Ils ont expliqué les dangers auxquels les hôteliers sont exposés, étant donné qu’ils reçoivent des visiteurs venant de différentes localités. Il est donc important qu’ils sachent comment gérer, surveiller et orienter leurs clients dans ce contexte sanitaire particulier », a déclaré Kambasu Matembela.
Les opérateurs du secteur hôtelier ont ainsi été appelés au strict respect des mesures barrières recommandées par les autorités sanitaires ainsi qu’aux différentes directives édictées par les autorités provinciales pour lutter contre Ebola, souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique homologué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’est encore disponible.
Le chef du service urbain du Tourisme a également exhorté les responsables d’hôtels à ne pas confondre établissements hôteliers et maisons de tolérance, soulignant que ces dernières peuvent constituer des foyers potentiels de propagation de la maladie. Il a, à cet effet, annoncé le déploiement prochain d’une mission de contrôle et d’identification sur le terrain.
Par ailleurs, deux nouvelles zones de santé du Nord-Kivu ont récemment enregistré des cas liés à cette 17ᵉ épidémie d’Ebola. Il s’agit des zones de santé de Vuhovi et de Masereka. La province compte actuellement 40 cas confirmés. La zone de santé de Katwa demeure l’épicentre de l’épidémie avec une dizaine de cas enregistrés. La prise en charge des malades se poursuit à travers les Centres de traitement d’Ebola (CTE) mis en place dans les différentes zones concernées.
Dalmond Ndungo/Congoprofond.net
