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«MES ANNEES DE SILENCE » : le livre de Josephine Isalu qui radicalise la lutte contre les violences faites à la femme
Le monde scientifique s’est enrichi d’un nouvel ouvrage. « Mes années de silence », c’est le titre de l’ouvrage. Dû à la plume de madame ISALU ISANGI Joséphine-Charlotte, ce livre de format poche et d’une centaine de pages, s’inscrit dans le cadre d’une sensibilisation de lutte contre les violences faites à la femme. L’ouvrage a été porté sur les fonds baptismaux en juin dernier, au Centre Wallonie Bruxelles de Kinshasa, et la cérémonie de vernissage a connu la présence de plusieurs invités et des moments de mélancolie.
Avec cette œuvre littéraire, madame ISALU ISANGI Joséphine-Charlotte fait la fierté des filles et fils de la province du Kwango, qui viennent de signer, à travers elle, le niveau d’intelligence et de dextérité intellectuelle de Kwangolais.
Le titre à lui seul est déjà très évocateur. Mais la question qui vient vite à l’esprit, c’est de savoir ce que sont ces années de silence que l’auteure évoque dans son ouvrage. Silence sur quoi ? Pourquoi briser ce silence aujourd’hui ? L’auteur, une jolie dame aux cheveux telle qu’elle est en réalité, trône seule sur la couverture. Prise légèrement inclinée sur le profil, madame Isalu est à la fois envoutante et perdue dans un regard interrogateur sur l’avenir.
Le livre, édité en format poche, est en fait une autobiographie. Madame Isalu témoigne des événements malheureux qui ont jalonné sa vie de femme durant les années Zaïre. La diffusion de ce livre, mieux que sa rédaction, est une rupture du silence que l’auteure s’est imposée finalement après avoir gardé longtemps un mauvais souvenir du régime Mobutu. Madame Isalu a été violée et violentée. Une situation qui a beaucoup changé le cours de sa vie. Surtout morale, psychologique et professionnelle.
Dans son exposé axé sur la présentation de l’auteur et le résumé de l’ouvrage, le professeur Gaston KASONGO MUYADI a signalé que le livre de de la kwangolaise ISALU est subdivisé en quatre chapitres, et s’achève par deux témoignages. Sur le plan du fond, l’ouvrage a deux phases : la première relate les moments de gloire et de succès en politique de Joséphine-Charlotte Isalu ; la deuxième met en exergue les déboires qu’a connu la femme du Kwango, qui commence, historiquement, en 1991. Le malheur arrive un jour où l’opérateur Bindo de triste mémoire disparait au sein de l’UPN. La tension sociale qui s’en suit provoque un désordre sur le campus. C’est dans cette ambiance que madame Joséphine-Charlotte Isalu, alors vice-ministre de l’EPSP, de passage dans les parages, est prise de côté. Et le pire arriva.
L’autre moment fort de la cérémonie du vernissage du livre, c’est lorsque l’auteure prend la parole dans la salle. Son discours est poignant dès le premier mot. Elle ouvre par observer que chaque individu sur terre, vivant ou mort, a une histoire. Dans un langage qui visiblement se rappelle de ces moments de peine et de souffrances, madame Isalu avoue que son histoire à elle n’est pas facile à raconter. « Son récit exige un dépassement de soi et a des implications sur plusieurs actants », a-t-elle reconnu. Témoignage difficile à avaler, quand l’on se met du côté de la femme qui est non seulement l’auteur de l’ouvrage disséqué, mais victime sen personne des actes de barbarie contés dans le livre.
Les faits datent de 27 ans. Pourquoi en parler maintenant, pourquoi avoir attendu 27 ans pour dénoncer les faits ? Ou : pourquoi les raconter tout court ? C’est aussi la question que l’on se pose dès le premier regard sur le titre de Mes années de silences. Joséphine Isalu y répond comme si elle parlait devant la barre. Elle avoue que c’est un sujet qui n’avait pas facile à aborder, à décrire, à confesser, « surtout quand il s’agit d’un responsable ». Comme toutes les victimes de viol d’aujourd’hui, Joséphine-Charlotte Isalu avait besoin de se replier sur soi-même face à l’opprobre, à la honte, aux regards interrogateurs et parfois chargés de pitié et de moquerie. Dans son mot, elle avoue : « il me fallait faire des tentatives de réintégration de la vie normale… ». Elle a eu des difficultés pour se recomposer, se comprendre et comprendre sa nouvelle existence. Une évocation lourde ! qui culmine jusqu’au décès de son unique enfant, tué en Afrique du Sud.
Mes années de silence se veut surtout un renseignement qu’il n’existe pas de complicité entre le bourreau et la victime. « La victime subit et elle a droit à la compréhension et au soutien de la société entière », plaide-t-elle. En écrivant, l’ancienne députée nationale entend dénoncer la violence dans toutes ses formes et encourager les femmes victimes à dénoncer courageusement « afin que la loi sur les violences sexuelles soit appliquée dans toute sa rigueur ». Elle a écrit pour faire un clin d’œil en direction de toutes ces femmes et ces jeunes filles victimes des violences sexuelles perpétrées par des hommes pour leur plaisir et leur satisfaction sexuelle. Madame ISALU a écrit son histoire comme dénonciation de la cruauté d’un régime, d’un homme, voire d’un système qui avait pourtant une reconnaissance et une crédibilité internationales, le régime Mobutu. Elle affirme avoir été violée dans son âme, dans son esprit et dans son corps par un système, un pouvoir qu’elle servait et pour avoir défendu un peuple chosifié sur lequel il régnait en maître absolu.
Quoiqu’intérieurement blessée dans son amour en évoquant ces souvenirs des années Zaïre, madame Joséphine Isalu s’est montrée épatante dans la salle, quand elle dit qu’elle se retrouve dans le moment d’un autre combat, le combat du pardon : pardon pour elle-même et pardon pour les bourreaux.
Le livre est désormais disponible à la bibliothèque du Centre Wallonie Bruxelles. Je vous le commande.
Emile YIMBU/CONGOPROFOND.NET
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Triangle de Bermudes budgétaire : Réformes, diplomatie et turbulences, qui perd le Nord ?
Le début de l’année 2026 devait consacrer la symphonie parfaite d’un trio gouvernemental rodé. Mais les chiffres tombés en janvier ont la dureté d’une taupe : 1.037,5 milliards de CDF de déficit, un trou de 350 milliards plus profond que prévu. Face à cette contre-performance, le gouvernement n’a eu d’autre choix que de se ruer vers le marché financier local pour émettre des bons du Trésor.
Dans ce triangle des Bermudes budgétaire formé par Adolphe Muzito (VPM Budget), Daniel Mukoko Samba (VPM Économie) et Doudou Fwamba (Ministre des Finances), l’heure n’est plus aux discours de façade. L’un d’eux tire visiblement en travers, et l’attelage tousse dangereusement. Adolphe Muzito incarne la rigueur budgétaire affichée. Il a réuni les partenaires techniques et financiers, promis un budget crédible et soutenable, et orchestré l’adoption d’un budget 2026 en équilibre à 54.335,7 milliards de CDF.
Sur le papier, il coche toutes les cases de l’orthodoxie financière. Mais cette discipline a un revers : le budget qu’il présente est un château de cartes si les recettes ne suivent pas. Or, janvier 2026 montre que les recettes n’ont atteint que 86% des prévisions. Adolphe Muzito n’est pas le problème, mais il est le premier à pâtir des faiblesses structurelles. Il construit de belles maisons sur des fondations qui s’effritent, et ses projections trop optimistes fragilisent son rôle de projectionniste.
Daniel Mukoko Samba, lui, joue dans la cour des grands. Son terrain de jeu, c’est Washington, les accords américains, et la diversification des partenaires pour sortir de l’emprise chinoise. Sa métaphore est élégante : “Sur un vélo, il faut deux pieds pour pédaler : l’économie et la sécurité”. Grâce à lui, la RDC tente de réussir le pari d’utiliser ses minerais stratégiques pour attirer les investissements américains. Mais pendant qu’il pédale sur le vélo de la diplomatie économique, la selle craque sous les réalités quotidiennes.
Le trou de janvier est là pour le rappeler : les caisses sont vides aujourd’hui. Le décalage est saisissant entre la hauteur de vue de ses annonces internationales et l’incapacité du pays à boucler ses fins de mois. Reste Doudou Fwamba, dont le portefeuille est le plus exposé. Il est aux commandes de la trésorerie, du paiement des dépenses, et de la régulation financière. C’est lui le réparateur qui doit actionner les leviers de l’endettement intérieur via les bons du Trésor pour combler les déficits.
Sur le fond, il tente des réformes courageuses, comme la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses publiques. Mais les réformes de structure ne rattrapent pas un déficit de recettes. Le recours aux bons du Trésor, loin d’être un signe de bonne santé, est l’aveu d’une faiblesse : l’État n’a plus d’argent et doit puiser sur le marché financier local, asséchant le crédit disponible pour le secteur privé. Aujourd’hui, Fwamba est le plus fragilisé.
Il incarne la douleur immédiate, le pompier arrivé après l’incendie. Dans ce trio, si l’un d’eux ne produit pas les résultats escomptés, c’est bien celui qui est incapable de sécuriser la trésorerie au jour le jour. Mais attention : le véritable problème réside dans l’incapacité collective momentanée et peut-être à transformer les promesses de réformes et les accords internationaux en liquidités immédiatement disponibles dans les caisses de l’État.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
