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Matadi-Kibala : Entre promesses oubliées et survie quotidienne, les vendeuses défient la précarité

À Matadi-Kibala, dans la commune de Mont-Ngafula, à l’ouest de Kinshasa, le marché ne se résume plus à ses étals ni à ses infrastructures. Il est devenu le symbole d’une lutte quotidienne menée par des centaines de commerçants confrontés à l’incertitude. Jadis véritable poumon économique de cette partie de la capitale, le site a été profondément marqué par les opérations de démolition qui ont bouleversé l’activité commerciale et plongé de nombreuses familles dans la précarité.

Si ces destructions ont laissé une profonde cicatrice dans l’économie locale, elles ont également révélé la détermination sans faille des femmes vendeuses qui, malgré les difficultés, refusent d’abandonner leur principale source de revenus.

Des étals improvisés pour continuer à vivre

Privés de leurs espaces de vente, de nombreux commerçants ont investi les abords du marché, les trottoirs et les accotements des routes, transformés en points de vente de fortune. Cette occupation informelle est devenue, pour beaucoup, l’unique moyen de préserver leur activité.

Parmi elles, les vendeuses de yores (ce riz frit très apprécié des Kinois ) incarnent cette résilience. Sans abri, sans équipements adaptés et souvent exposées aux aléas climatiques, elles poursuivent néanmoins leur commerce afin de subvenir aux besoins de leurs familles.

La précarité comme quotidien

Pour ces commerçants, attendre une solution durable relève du luxe. La plupart vivent au rythme des recettes journalières et dépendent entièrement des ventes réalisées chaque jour. Une journée sans client signifie souvent une table moins garnie à la maison et des difficultés à assurer la scolarité ou les soins des enfants.

Cette réalité économique pousse les vendeurs à continuer leur activité malgré des conditions particulièrement éprouvantes.

Un marché moderne toujours attendu

Les autorités avaient pourtant annoncé la construction d’un marché moderne capable d’accueillir plus de 1 300 vendeurs, grâce notamment à un financement du Fonds international pour le développement agricole (FIDA). Présenté comme une réponse durable aux difficultés des commerçants, ce projet tarde cependant à se concrétiser.

En l’absence d’avancées visibles sur le terrain, les vendeurs restent contraints d’exercer leurs activités sur la voie publique, dans un environnement précaire et peu sécurisé.

Entre insécurité et dignité

Au-delà des pertes économiques, les risques auxquels sont confrontés les commerçants sont nombreux : exposition permanente au soleil et à la pluie, manque d’hygiène, circulation routière dangereuse, sans oublier la menace constante d’une nouvelle opération de déguerpissement.

Malgré ces obstacles, les femmes vendeuses continuent d’accueillir leurs clients avec courage et dignité. Chaque repas vendu représente une victoire contre la précarité et un effort supplémentaire pour assurer la survie de leurs foyers.

Le visage d’une résilience silencieuse

En attendant que les promesses de réhabilitation deviennent enfin réalité, Matadi-Kibala demeure le théâtre d’une résilience discrète mais exemplaire. Le marché ne se limite plus aux infrastructures détruites : il vit désormais dans les rues, sous des bâches improvisées, et surtout dans la volonté de ces femmes qui refusent de céder au découragement.

Chaque yore vendu, chaque client servi malgré les intempéries, raconte l’histoire d’hommes et de femmes qui continuent de croire en des jours meilleurs. À Matadi-Kibala, le véritable marché est aujourd’hui celui de la persévérance, où la dignité demeure la plus précieuse des marchandises.

Pretty Mayele (Stagiaire UNISIC/CONGOPROFOND.NET).