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« Massacres de Kenge » : le gouverneur du Kwango invite sa population à garder une pensée pieuse pour les victimes de la guerre de « Libération »
Depuis 1998, la province du Kwango commémore les massacres de ses fils et filles à Kenge, perpétrés exactement le 05 mai 1997 dans la foulée de ce qui porte le nom de « Guerre de Libération », une bataille pour le contrôle de la RDC entre Mobutu et LD Kabila.
Cette année, la ville de Kenge n’a pu célébrer cette date.
Le gouverneur de province, Jean-Marie Petipeti, que CONGOPROFOND.NET a rencontré à Kenge le 05 mai 2020 dans son bureau de travail, a expliqué l’absence d’organisation des activités de commémoration par l’état d’urgence sanitaire décrété par le chef de l’État en marge de la lutte contre le Coronavirus. Une décision, convient-il de rappeler, qui consacre l’interdiction des rassemblements publics et l’application de mesures dites barrières.
Profitant d’une brève interview accordée à Radio Ngoma Kwango, une station de radiodiffusion émettant à Kenge, le gouverneur du Kwango a invité sa population a avoir une pensée pieuse en mémoire de tous les disparus, tombés pour la libération de la RDC du joug de la dictature.
Jean-Marie Petipeti a fait savoir que les Kwangolais qui sont morts dans cet affrontement entre Mobutu et Kabila à Kenge ont payé de leur sang la liberté de toute la RDC.
Il a regretté que rien ne soit organisé dans le sens de festivités comme à l’accoutumée pour permettre aux Kwangolais de commémorer leurs frères. Il a invité la population à garder chacun une minute de silence partout où l’on se retrouve, en mémoire de ces martyrs.
Rappel historique
Dans la nuit du 04 au 05 mai 1997, une troupe de mercenaires angolais et chinois recrutés par le président Mobutu et combattant aux côtés des soldats d’élite de la Division Spéciale Présidentielle (DSP), fait son entrée à Kenge. Elle a la mission de tuer tout ce qui bougeait à Kenge. Le président Mobutu aurait donné cet ordre parce qu’il fallait créer une zone tampon pour barrer la route à la progression des troupes de l’Afdl (Alliance des forces démocratiques pour la libération, mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, les États-Unis, etc). La ville de Kenge était donc la dernière barrière pour la prise de la capitale Kinshasa.
La deuxième raison qui aurait motivé la décision de Mobutu serait que le dictateur voulait punir les habitants de Kenge qui étaient réputés attendant accueillir les rebelles en _libérateurs_ . Cette nuit, jusqu’au petit matin, les têtes sont tombées et le sang a coulé. Des habitations sont défoncées à la roquette ou brûlées à la grenade. Une centaine de personnes a pris refuge dans l’église Kimbanguiste, où les fidèles se cachaient et priaient. Surpris, eux aussi (les fidèles kimbaguistes et autres fugitifs) sont tués à la baïonnette. Les mercenaires les éliminent un à un et des corps ont été enterrés dans une fosse.
Le massacre se serait répandu sur toute la ville et dans les villages environnants, si les rebelles, des « kadogos » (enfants soldats recrutés pour le combat) n’étaient pas dépêchés par un groupe des jeunes pour libérer la ville des mains des mercenaires.
Une chanson de « Fils de Corée », une chorale de la paroisse Mwense Anwarite, rappelle les faits dans un ton mélancolique.
À Kenge, les voix sont unanimes que ce massacre est une rançon qui a sauvé _in extremis_ la ville de Kinshasa et payé la libération de la Rdc. Car la bataille de Kenge avait balisé le chemin aux « Libérateurs » pour éviter le pire à la capitale Kinshasa.
Des sources concordantes assurent que les services secrets américains avaient demandé à l’armée régulière de baisser la garde et laisser prendre la capitale, puisque la bataille de Kenge et le massacre des innocents avaient suffi pour panser la guerre et éviter un autre bain de sang à Kinshasa.
Émile Yimbu/CONGOPROFOND.NET
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UDPS 2028 : Avant même le crash, ils répètent déjà la scène du pillage de l’épave
Il fallait avoir le cœur bien accroché et le sens de l’absurde chevillé au cervelet pour suivre les derniers épisodes de la sitcom UDPS. On a d’abord vu Peter Kazadi, honorable cadre du parti présidentiel, adresser une lettre incendiaire au Secrétaire Permanent de l’Union Sacrée, André Mbata, oubliant au passage que l’un comme l’autre portent le même maillot.

Puis, summum du vaudeville institutionnel, ce même André Mbata s’est fendu d’un ricanement sardonique après la victoire de son poulain au Sankuru face au candidat du Secrétaire Général Augustin Kabuya, proclamant urbi et orbi que “l’Union Sacrée a gagné contre l’UDPS”. Voilà le décor planté : un parti où la victoire de ses propres structures satellites est célébrée comme une défaite de sa direction. C’est moins une scène de ménage qu’une répétition générale pour un chaos bien plus grand.
La médiocrité de ces querelles byzantines n’est pas un simple défaut de cuirasse ; elle est l’aveu public d’une impréparation stratégique qui donne le tournis. Ce théâtre d’ombres a révélé au monde entier ( et surtout aux Congolais qui attendent encore un projet structurant ) que les cadres au pouvoir ne pensent pas en termes de Nation, mais en termes de casting. Ils ne plancheront jamais sur une vision à 50 ans parce qu’ils sont incapables d’avoir une vision à 50 jours qui ne concerne pas leur propre nomination.

Leur horizon temporel s’arrête au prochain remaniement ministériel ou à la prochaine rotation des mandats provinciaux. Pas un seul d’entre eux n’a porté un débat de fond sur l’industrialisation, la démographie galopante ou la souveraineté énergétique. Non. Leur seul projet structurant, c’est de s’assurer que le voisin de bureau ne récupère pas leur fauteuil. Ce sont des court-termistes purs jus, des opportunistes pour qui le pouvoir est une fin en soi, et non le levier pour transformer un pays.
Ce qui les maintient encore dans une forme de cohésion tectonique, c’est uniquement l’aimant surpuissant de la figure tutélaire de Félix Tshisekedi. Mais 2028 n’est pas une hypothèse d’école lointaine, c’est un mur qui se rapproche à grande vitesse. Le jour où ce point de gravité viendra à disparaître du bulletin de vote, la force centrifuge actuelle n’aura plus aucun frein. Entre Peter Kazadi, André Mbata, Augustin Kabuya, Gecoco Mulumba, Nicolas Kazadi, André Wameso, Judith Suminwa et la longue cohorte des frustrés en réserve, ce ne sera pas une primaire.

Ce sera une curée. Une guerre de tranchées où chacun voudra la peau de l’autre pour hériter des ruines. Ils ont passé huit ans à ne rien bâtir ensemble, et à peine quelques heures à se déchirer pour une élection provinciale. Imaginez ce que donnera la bataille pour le royaume tout entier quand le roi ne sera plus candidat. Ce sera sanglant, et surtout, terriblement inutile pour le Congo.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
