Connect with us

Actualité

Mambasa, nuit de cendres : 19 civils tués dans une attaque attribuée aux ADF en Ituri

 

La nuit du 16 au 17 mars 2026 restera gravée dans la mémoire des habitants de Babesua comme l’une des plus sombres. Ce village, situé à une douzaine de kilomètres de Badengaido, en pleine Réserve de faune à okapis (RFO), sur l’axe Mambasa-RN4, a été la cible d’une attaque attribuée aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF).

Selon des sources locales, les assaillants ont frappé entre 18 heures et 4 heures du matin. Le bilan, d’abord provisoire, n’a cessé de s’alourdir. Il est désormais de 19 civils tués, tous des habitants, d’après le chef de la chefferie des Bandaka. Plusieurs maisons ont été incendiées, tout comme un poste de patrouille des éco-gardes de la réserve.

Les témoignages recueillis sur place traduisent l’ampleur du drame. Joint par téléphone, un habitant raconte avoir passé la nuit caché dans la brousse avant de découvrir, au petit matin, des corps sans vie et un véhicule réduit en cendres. « Nous avons entendu des cris et des tirs, nous avons fui dans la brousse. Nous sommes restés là-bas toute la nuit, c’était terrible », confie-t-il, encore marqué par la violence de la scène.

Un autre rescapé évoque des exécutions d’une brutalité extrême. Il affirme que certaines victimes ont été tuées à coups de bois, frappées à la tête, tandis que d’autres ont péri brûlées dans leurs habitations. « J’ai vu 15 corps », dit-il, précisant que les tirs ont duré toute la nuit, sans que l’on sache d’où venaient les assaillants ni dans quelle direction ils ont fui.

Au lendemain de l’attaque, la peur reste palpable. La circulation sur la RN4, axe stratégique pour les échanges entre les provinces de l’Est, est fortement ralentie, les usagers redoutant de s’exposer à de nouvelles violences.

Cette attaque marque une première incursion des ADF dans le groupement Bafwabete, en chefferie des Bandaka. Elle porte à six le nombre de chefferies touchées sur les sept que compte le territoire de Mambasa, signe d’une progression inquiétante de la menace dans la zone.

Face à cette situation, la Convention pour le Respect des Droits Humains (CRDH) de Mambasa a lancé, ce 17 mars, une alerte maximale. L’organisation dénonce des violences répétées contre les civils, qu’elle inscrit dans une logique de terreur. Elle évoque un climat généralisé de panique dans plusieurs localités voisines, notamment à Badengaido, Salate et Epulu, où des habitants fuient, les écoles ferment et les activités économiques tournent au ralenti.

La CRDH parle d’un cycle de massacres devenu insoutenable et estime que la gravité des faits pourrait relever de crimes contre l’humanité. Elle pointe également un manque de protection des populations civiles et critique le silence observé face à des violences pourtant connues.

L’organisation appelle les autorités congolaises à agir sans délai, en renforçant la sécurité le long de la RN4 et dans les zones exposées. Elle demande aussi l’ouverture d’une enquête indépendante pour établir les responsabilités et insiste sur l’urgence d’une réponse humanitaire en faveur des survivants.

Verite Johnson