Politique
Lucain Kasongo : « Aucun membre du bureau de l’Assemblée nationale n’a moins de 50 000 USD le mois »
« Aucun membre du bureau de l’Assemblée nationale n’a moins de 50 000 USD le mois. A cela s’ajoutent les avantages comme logement, transport, communication, carburant, … », a indiqué lundi 20 mai le président honoraire de la commission politique, administrative et judiciaire (PAJ) de l’Assemblée nationale, Lucain Kasongo.
Il l’a dit dans un entretien accordé à Radio Okapi.
Ce sont ces avantages qui poussent la plupart des députés à s’accrocher aux postes au sein du bureau au point de bloquer le bon fonctionnement de tout un pays, estime-t-il.
Pour le coordinateur du Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL), Valérie Madianga, l’engagement des élus nationaux d’appartenir à ce bureau est motivé par leur propre intérêt plutôt que par le bien de la nation.
« C’est l’argent qui attise des convoitises des acteurs politiques. Si vous calculez les 20 millions USD qu’on donne aux cabinets et les 100 millions autres qu’on donne au bureau, ça vous fait une marmite de 120 millions USD au moins par an, manipulés par le bureau de l’Assemblée nationale. C’est une véritable affaire », a-t-il expliqué.
Les députés nationaux attendent encore le nouveau calendrier pour élire les membres du bureau définitif. C’est devant les membres de ce bureau que le Gouvernement sera investi.
A l’Assemblée nationale, près de cinq mois après l’ouverture de la session inaugurale de cette nouvelle législature, l’élection et l’installation du bureau définitif se fait attendre.
Après plusieurs tractations pour dégager la liste consensuelle de l’Union sacrée de la nation, le présidium a renseigné que la nouvelle liste attend validation du Président de la République.
L’ancienne liste étant contestée par des députés qui dénonçaient le clientélisme et le népotisme dans le choix du présidium. Quelques proches et membres de famille de certains membres du présidium de l’Union sacrée de la nation étant proposés à ces postes.
Radiookapi.net
Actualité
Vivian van de Perre : Le leadership discret et déterminé qui a maintenu la MONUSCO à flot dans la tourmente congolaise
Pendant près de quatre mois, entre le départ de Bintou Keita le 30 novembre 2025 et l’arrivée de James Swan le 8 avril 2026, c’est une femme qui a porté sur ses épaules la direction effective de l’une des plus grandes et des plus complexes missions de maintien de la paix des Nations Unies. Vivian van de Perre, Deputy Special Representative of the Secretary-General (DSRSG) chargée de la Protection et des Opérations, a assumé les fonctions de SRSG et cheffe de la MONUSCO par intérim avec un professionnalisme et une résilience salués tant à Kinshasa qu’à New York.
Nommée en février 2024, cette Néerlandaise de carrière onusienne a assuré un leadership exemplaire dans un contexte extrêmement volatil : intensification des combats à l’est, progression du M23, restrictions d’accès imposées aux casques bleus, crise humanitaire majeure et pression internationale pour un cessez-le-feu crédible. Son intérim n’a pas été une simple gestion des affaires courantes, mais une période d’action concrète et de continuité stratégique.
Une femme de terrain à l’épreuve du feu congolais
Vivian van de Perre apporte à la MONUSCO plus de 30 ans d’expérience au sein du système des Nations-Unies, tant sur le terrain qu’au Siège à New York. Avant son arrivée en RDC, elle avait été Deputy Special Representative de la mission onusienne au Yémen (UNMHA), Chief of Staff de la MINUSCA en République centrafricaine, et avait déjà occupé le poste de Chief of Staff de la MONUSCO elle-même en 2017. Son engagement pour la paix remonte à son service dans l’Armée royale néerlandaise de 1989 à 1998, puis comme officier militaire au Département des opérations de maintien de la paix de l’ONU entre 1994 et 1997. Cette double expertise militaire et civile fait d’elle une figure rare, capable de combiner rigueur opérationnelle et vision stratégique.
Dès la fin novembre 2025, elle a pris les rênes de la mission et multiplié les initiatives. En février 2026, elle s’est rendue à Goma ( premier atterrissage d’un hélicoptère de la MONUSCO à l’aéroport depuis janvier 2025 ) pour préparer le suivi du cessez-le-feu en coordination avec les autorités congolaises et les mécanismes régionaux. En janvier puis en mars 2026, elle a briefé le Conseil de sécurité sur la situation sécuritaire et humanitaire à l’est, insistant sur la protection des civils, l’accès humanitaire et les risques d’escalade régionale. En Ituri, à Uvira, auprès du Président Tshisekedi, elle a maintenu un dialogue constant avec l’ensemble des acteurs. Sous sa direction, la mission a continué d’offrir une protection physique à près de 3.000 civils dans certaines de ses bases, tout en documentant les violations des droits humains et en appuyant les mécanismes de vérification du cessez-le-feu de Doha.
Son action a permis d’éviter tout vide de leadership stratégique à un moment où la MONUSCO faisait face à des défis colossaux : préparation d’une transition ordonnée, appui à la réforme du secteur de la sécurité, et maintien de la crédibilité de l’ONU face à une violence qui ne faiblissait pas. Aujourd’hui, avec l’arrivée de James Swan comme nouveau SRSG, elle reprend pleinement son rôle de DSRSG. Son expérience et sa connaissance fine du dossier congolais resteront un atout majeur pour la mission.
Dans un environnement où la MONUSCO est souvent critiquée (parfois à raison) pour ses limites opérationnelles, le leadership de Vivian van de Perre pendant ces mois d’intérim a rappelé l’importance d’un engagement discret, professionnel et déterminé. Dans l’ombre des grands titres, elle a maintenu le cap, protégé des vies et préservé l’espace pour une paix durable en RDC.
La République démocratique du Congo, pays aux potentialités immenses mais aux souffrances récurrentes, a besoin de ce type de leadership : rigoureux, humain et tourné vers l’avenir. Vivian van de Perre en a offert un bel exemple.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
