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Analyses et points de vue

L’ombre portée : une conscience et une élite en conflit

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Un fleuve charrie l’histoire et les richesses d’un pays au cœur de l’Afrique, la RD Congo, tandis qu’une classe dirigeante navigue dans un drame où les lignes de souveraineté, de résistance et d’intérêt se confondent. Pour comprendre cette navigation, il faut explorer les couches profondes d’une conscience collective aux prises avec elle-même.

Cette posture trouve sa source dans un héritage de fractures : l’empreinte coloniale, les rêves d’indépendance confisqués, et des décennies de pouvoir autoritaire. Cette matrice a forgé une conception du pouvoir comme forteresse personnelle, où la survie prime sur le service. L’État y est souvent un concept abstrait, éclipsé par des logiques de réseaux et de protection, préparant un terrain où la loyauté est négociable et le territoire, une ressource.

Face à la pression étrangère prolongée, les horizons d’action se sont fragmentés. Pour certains, l’objectif suprême est la perpétuation du statut, justifiant tout accommodement. Pour d’autres, un projet collectif existe mais s’érode dans les urgences et les compromis du quotidien. Une troisième voie transforme le conflit en opportunité mercantile, où le contrôle sert l’extraction économique plus qu’un dessein politique.

Ces chemins sont intériorisés à travers des mécanismes psychiques complexes. Une dissonance s’installe entre le discours patriotique et les pratiques de collaboration, souvent rationalisée par une rhétorique du “mal nécessaire”. La peur—de l’exclusion, de la marginalisation, de la violence—devient un moteur omniprésent, favorisant les réflexes de court terme et étouffant toute stratégie collective de long cours.

Parallèlement, un sentiment de fatalisme et de victimisation offre une grille de lecture commode. La main de l’étranger, à la fois réelle et instrumentalisée, explique tous les échecs, diluant les responsabilités. Cette narration peut unir contre un ennemi commun, mais aussi diviser en alimentant des accusations mutuelles de trahison, tandis qu’une quête de légitimité se tourne parfois vers des capitales extérieures plutôt que vers le peuple.

Ainsi, cette élite est le miroir des contradictions d’une histoire violente. Ni monolithe de traîtres, ni phalange de résistants, elle forme un écosystème humain où les racines plongent dans un passé douloureux, où les boussoles vacillent, et où l’esprit est tiraillé entre la survie immédiate et le spectre de l’histoire. Démêler cette alchimie intime est essentiel pour entrevoir, au-delà des fractures, les possibles chemins d’une refondation véritable.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Analyses et points de vue

L’alternance par effondrement : le vide programmatique de l’opposition congolaise

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Alors qu’une jeunesse de qualité, qui a fait ses preuves, doit désormais assumer les fonctions sans qu’on la réduise au jeunisme, l’opposition congolaise ne spécule que sur l’épuisement mécanique du second mandat de Félix Tshisekedi. Sans projet, elle espère hériter du pouvoir par le seul calendrier électoral, esquivant la question centrale : que propose-t-elle concrètement pour refonder l’État ?

Cette vacuité intellectuelle et stratégique, érigée en méthode, révèle une faiblesse structurelle : l’incapacité à penser le pouvoir autrement que comme une revanche. Rien, ou si peu, sur la crise identitaire, l’école en ruine, une doctrine de sécurité, le déficit commercial. L’opposition congolaise n’accompagne pas la maîtrise de la question minière, pourtant au cœur de notre existence en tant que nation et peuple.

Elle ne soutient pas le travail précieux mené sur la justice, alors qu’une réorientation est en cours avec enquêtes et procès équitables systématiques. Et elle ne comprend rien à la bataille informationnelle, ce chantier de permanence et de cohérence qui a pourtant produit des résultats contre les narratifs hostiles. Elle n’a aucun cap pour le 22ᵉ siècle : IA souveraine, données stratégiques, conquête spatiale africaine, biotechnologies, monnaies numériques, éthique du transhumanisme.

Incapable de porter l’inéligibilité à vie pour quiconque a tué un seul Congolais depuis octobre 1996, une commission nationale des personnalités intègres de la société civile aux pouvoirs illimités sur les biens mal acquis, les détournements de deniers publics ou l’érection d’une nouvelle classe politique en 2028. Fiscalité asphyxiante, administration politisée, territoire à l’abandon, absence de protection sociale, numérique au rabais : silence complet.

Cette nullité est aggravée par une médiocrité devenue abyssale : il n’y a plus dans la classe politique congolaise actuelle même plus de seconds couteaux intellectuels, seulement des semi-déments. C’est cela notre drame. Leurs alter ego dans la majorité ne valent guère mieux, symétrie d’impostures qui précipite le pays vers les abysses. L’opposition se mue en coquille vide, incapable d’alternative. Elle installe l’idée dangereuse que le pouvoir se gagne par défaut, sans contrat avec la nation.

La République ne se refond pas sur un vide conceptuel. Pour gouverner, il faut cesser d’attendre un héritage constitutionnel et engager l’ingrat travail doctrinal sur l’instruction publique, une école qui émancipe, la Culture (à ne pas confondre seulement avec le théâtre et la musique) non comme folklore mais comme âme et génie de tout un peuple, la justice indépendante, la dépolitisation de l’administration et la place du Congo dans le monde. La qualité du débat démocratique dépend de la qualité des acteurs.

Or, l’opposition, tout comme une partie importante de la majorité en RD Congo, est en deçà de la médiocrité intellectuelle. Elle attend le pouvoir les dents ouvertes, le ventre vide, et pour toute stratégie, la mort des autres. Espérer l’alternance par effondrement, c’est vouloir gouverner un pays avec le silence pour programme – mais le silence, au fond, ne trompe que ceux qui ont déjà perdu l’ouïe. Elle restera le miroir déformant de ce qu’elle prétend combattre, promise à la même impuissance.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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