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Livres : ALI-FOREMAN-MOBUTU-KING ” Combat de la Jungle et de la Com ” ( Décryptage de Claude Buse)

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Un bon petit livre écrit comme d’un jet. Pour qui connaît l’auteur, le livre est très « allusif ». Imagé. Romancé presque. Une écriture alerte et papillonnante comme si elle était tapée au dactylophone ; en mouvement comme une abeille qui pique et se déplace.

Livre de bus ou de train. Voire de 207. De Mpasa au Centre ville on l’aura déjà fini grâce aux saute-moutons qui ralentissent la circulation par des embouteillages. Une plume en « japs », ces directs dont raffolent les boxeurs.


Le livre dédié à une icône vivante de la nuit mémorable où se tint ce combat, Foreman, est écrit en round. Huit. Mais, comme le fameux combat dont il rapporte l’épopée, c’est comme si c’était d’un seul trait, en 4 tableaux. Après le prétexte du livre. Le contexte : le Zaïre des années fastes.

Au commencement : Ali. Deuxième tableau cependant. Après un passage à blanc de 4 ans, pour refus d’aller combattre au Vietnam, il perd un combat face à Joe Frazier. Et il veut redorer son blason. Il choisit le must de ce temps. George Foreman. Tombeur de Frazier et Norton. Il n’y a pas mieux. Mais un combat de haut niveau a un coût.

Puis le hasard le fait se rencontrer un autre ego qui, comme lui, aime combattre et « voler de victoire en victoire » autrement dit Kuku Ngbendu wa Zabanga. Mobutu vend plusieurs choses : son image, l’image de son pays et surtout de son « authenticité ». C’est 1973. L’année de toutes les fastes pour le président du Zaïre qui assène coup sur coup : zaïrianisation, voyage en Chine, discours à l’ONU puis en 1974, la coupe d’Afrique pour les Léopards du Zaïre et… pour boucler la boucle : un combat du siècle, « Rumble in the Jungle ».

Entre les deux ego, un troisième larron : Don King. Homme à la tignasse avec une réputation en dents de scie. Deux noirs américains et un président noir assoiffé d’honorer l’Afrique offrent un « retour honorable au pays des ancêtres » aux afro-américains. Mais cela a un cout : 10 millions de dollars.

Un 4e tableau. George Foreman.

L’originalité du livre, c’est une lecture d’expert en com d’un événement qui mêle sport et politique. Un livre qui mélange histoire comme volonté de rappeler, d’écrire à nouveau des pages glorieuses, jaunies par l’oubli.

Bibliologue politique, l’auteur est aussi sociologue politique, historien des médias en RDC en tant qu’outil de politique, structurant et déterminant. Raconter le Congo en creusant dans son passé lui est une passion. Une vocation visant à tourner nos regards vers ces valeurs qui se cachent derrière les lianes (pp 107-110).

A 32 ans, le combat de la jungle était un défi au temps et à soi-même pour Ali. Il défiait la force brute; ce jeune Foreman, 25 ans, qui accumulait des victoires-aux-deux-rounds. Foreman partait donc favori sur papier.

Mohamed Ali investira toute son énergie à préparer psychologiquement ce combat en acquérant à lui le peuple, ses frères, à travers des jeux de langages, des dialogues. Dans une application sémiologique, Eddie Tambwe décèle et décortique les signes. Précurseurs de la victoire pour Ali, et les signes indiens pour Foreman. L’arrivée à Kinshasa, la prise de langue, le contact. Bref, l’élaboration de l’image. Ali ne lésine devant rien.

L’arrivée en premier à Kinshasa dans un avion de ligne de luxe, rare même dans certaines capitales occidentales, piloté par des… Zaïrois. Ali est charmé. Il communique sur tout. Les habits. La verve. Fait feu de tout bois. Il ne peut pas ne pas communiquer. Sa famille est mise à contribution. Olive sur le gâteau de l’événement, un concert avec les « all stars » de la musique noire en Amérique. Du Nord et du Sud, d’Afrique. Grand messe de la culture et de la politique (à l’) africaine. Tout le monde réussit. Tout le monde gagne, sauf Foreman.

Pour Foreman, ce n’était qu’un combat. Un de plus. Le job. On règle l’affaire et on passe à la caisse. Tralala, brouhaha, c’est enfantin. Il est classique, froid. Américain. Bref, l’Establishment. Il débarque avec un berger allemand. Le signe est négatif. Occidental. Sa blessure à l’arcade retarde le combat d’un mois. Bérézina.

Bien que vainqueur Ali est un homme épuisé. Les signes de la fin sont là confirme son médecin sportif. Mais ivre de cette victoire au sommet, Ali veut enchaîner encore. Récupérer le temps perdu. L’honneur perdu. Prendre sa vengeance contre l’Amérique officielle. Il en paiera le prix. Parkinson. Foreman n’aura jamais sa revanche et vivra avec ce cauchemar comme victime d’un complot. Le temps est passé. Et beaucoup d’eau sur la rivière Kalamu qui serpente devant le fameux temple sportif qui a abrité ce pugilat : le stade Tata Raphael. Alors Stade du 20 Mai. Date historique de l’époque. Il n’est plus que l’ombre de lui-même comme s’il souffrait d’un parkinson architectural. Comme si la « jungle » a repris ses droits sur le Rumble. Sur les stars de cette nuit mémorable du 31 octobre 1974 qui avait du Zaïre et de Kinshasa le centre du monde.

Le vernissage a eu lieu au Show Buzz. Pas pour rien. Deo Kasongo, le patron de ce temple du spectacle annonçait à travers la présentation de cet opus un autre événement : la venue très prochaine de Foreman en RDC. Catharsis. Le Zaire l’a marqué. Cet événement était un tournant de sa vie. Il veut se réconcilier avec lui-même. Avec l’histoire.

Mokolo wa Pombo, témoin des premières loges de 1974, a baptisé l’oeuvre. Il a retracé le contexte de l’événement et rappelé qu’on ne peut juger les faits historiques avec les yeux et les lunettes éloignés de l’époque.

Au fil des interventions diverses, ce petit livre suscite un grand besoin de réconciliation du pays avec son passé. Mais aussi une réconciliation entre les époques. 2020 qui approche voit venir la célébration du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo. Ce petit livre n’aura peut-être été que le signe avant coureur d’une fresque qui permettra aux auteurs, mais aussi aux acteurs d’aujourd’hui de revisiter le Congo et de le réconcilier avec son destin de grandeur.

Claude BUSE

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