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L’indépendance ne se célèbre pas seulement, elle se gouverne : Judith Suminwa à l’épreuve de la souveraineté en actes ( Tribune de Me Jean-Marie Ilunga, avocat et Observateur de la vie politique congolaise)

À l’heure où la RDC célèbre son 66e anniversaire, l’action du gouvernement Suminwa se veut une traduction concrète de l’indépendance : protéger les citoyens, défendre la souveraineté, valoriser le patrimoine et faire rayonner le pays.

Elle n’a pas choisi cette guerre. Elle n’a pas choisi cette monnaie fragile, cette épidémie, cette administration à bout de souffle. Elle a hérité de tout cela en juin 2024, le jour où elle est devenue la première femme Première ministre de la République Démocratique du Congo depuis l’indépendance. Et depuis, malgré les critiques, les contradictions internes à gérer, les arbitrages impossibles entre l’urgence sécuritaire et l’urgence sociale, elle tient. Pas avec éclat. Pas avec emphase. Mais elle tient, et elle livre, bon gré mal gré.

On lui prête souvent une réserve qui tranche avec les habitudes de la communication politique congolaise. Peut-être est-ce moins un manque de visibilité qu’un choix : celui de privilégier le travail sur le terrain à la mise en scène de ce travail. Dans un pays où la parole publique est parfois plus abondante que les résultats, ce choix a un coût politique, mais il a aussi sa cohérence.

Au fond, ces dossiers, en apparence très différents, répondent à une même ambition : rendre au congolais sa peine dignité de citoyen, faire respecter ses droits, réhabiliter son patrimoine matériel et immatériel, renforcer la souveraineté national er redonner à la RDC le rang qui doit être le sien parmi les nations. C’est cette cohérence, plus que l’accumulation des mesures, qui donne sens à l’action du Gouvernement Suminwa.

Sécurité et diplomatie : des gains tangibles, une portée à relativiser

Depuis le 28 mars 2025, la solde des militaires et policiers a été doublée, avec une prime de combat pour les unités déployées au front, mesure qu’elle a personnellement annoncée et défendue. Sur le plan diplomatique, la RDC a été élue le 3 juin 2025, avec 183 voix sur 187, membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour le mandat 2026-2027 (une troisième participation après celles de 1982-1983 et 1990-1991). Certains observateurs relativisent la portée réelle de ce mandat, qui ne confère pas de pouvoir décisionnel face aux membres permanents ; il reste néanmoins un indicateur de la reconnaissance diplomatique retrouvée du pays. La sécurité n’est pas seulement une affaire de frontières ou d’équipement militaires. Elle conditionne la dignité même des populations, leur droit à vivre, à travailler et et élever leurs enfants dans la paix. De la même manière, le retour Du pays au Conseil de Sécurité ne relève pas uniquement du prestige diplomatique : il participe de la reconquête de la parole et de l’influence d’un Etat qui veut faire entendre sa voix dans les grandes décisions internationales.

Stabilité économique, avec des éclats

Le taux de change s’est maintenu dans une fourchette globalement comprise entre 2 200 et 2 300 FC pour un dollar tout au long du premier semestre 2026, avec des épisodes ponctuels de dépréciation rapide, notamment une chute de plus de 3 % en une semaine en février 2026. Le budget de l’État est passé de 32 456,8 milliards de FC en 2023 à 54 335,8 milliards de FC dans la loi de finances 2026 promulguée le 29 décembre 2025, soit une progression de près de 67 % en trois ans.

Cette trajectoire n’a toutefois pas été linéaire : les difficultés de mobilisation des recettes au premier trimestre 2026 ont entraîné des retards de paiement pour certains agents de l’État, et le gouvernement a dû réviser le budget à la baisse, à 50 295,1 milliards de FC, en mai 2026.

Tenir, c’est aussi une affaire personnelle

On ne mesure pas toujours ce que coûte, humainement, le fait de gouverner dans la contradiction permanente : annoncer une mesure sociale le matin et apprendre, l’après-midi, qu’il faut réviser le budget qui la finance ; défendre des soldats au front tout en gérant les retards de paiement d’agents civils ; représenter un pays au Conseil de sécurité de l’ONU tout en répondant, le lendemain, à une nouvelle alerte Ebola. Ce sont ces arbitrages, invisibles pour le grand public, qui distinguent un mandat de gestion d’un mandat de mise en scène. Judith Suminwa n’a pas eu le luxe de choisir ses combats. Elle les a pris dans l’ordre où ils se sont présentés, sans jamais pouvoir prétendre qu’un problème en attendrait un autre.

Une femme à ce poste, dans une société qui n’y était pas préparée

Il faut aussi nommer ce qui relève moins de la critique politique que du rejet pur et simple : dans une société encore largement patriarcale, voir une femme occuper un poste aussi prestigieux a valu à Judith Suminwa des attaques d’une violence rarement adressée à ses prédécesseurs masculins. Une intervention sur TV5 Monde, en avril 2026, a suffi à déclencher une vague de propos sexistes et dégradants, venus de ceux qui prétendent généralement tout savoir sur tout mais qui, façe à une femme au pouvoir, n’ont plus rien à offrir que l’insulte. Des centaines de femmes ont dû descendre dans la rue à Kinshasa et au Kongo Central, et un mémorandum a été déposé au ministre de la Justice, pour qu’une cheffe de gouvernement n’ait pas à subir, en plus de la charge de l’État, celle d’être jugée sur son genre plutôt que sur ses actes.

Ce qui frappe, dans cette séquence, n’est pas seulement la violence des attaques. C’est la manière dont Judith Suminwa a continué à gouverner sans s’y arrêter, laissant à d’autres (la société civile, les femmes mobilisées, jusqu’à des voix de l’opposition) le soin de porter l’indignation. Une forme de dignité silencieuse, qui en dit peut-être plus long sur sa stature que n’importe quel discours de réplique.

Éducation et santé : des avancées réelles, encore incomplètes

La gratuité de l’enseignement primaire, politique engagée dès 2019 et poursuivie sous ce gouvernement, a permis un doublement des effectifs scolarisés au primaire, passés d’environ 12 à plus de 20 millions d’élèves. La Couverture santé universelle a pris une forme concrète : plus de deux millions d’accouchements ont été pris en charge gratuitement depuis septembre 2023, et plus de 50 000 nouveau-nés fragiles ont bénéficié de soins, dans plus de 4 600 établissements de santé. Ces avancées restent partielles et inégales selon les provinces.

Derrière ces politiques sociales se dessine une même exigence : reconnaître chaque congolais comme personne dont la vie la santé et l’éducation mérite la protection de l’Etat.

Infrastructures : un chantier engagé, pas achevé

Le Programme de développement local des 145 territoires vise au total 2 130 infrastructures socio-économiques (écoles, centres de santé, bâtiments administratifs) à travers ses trois agences d’exécution. Les taux de réalisation, selon les agences, se situent entre 76 % et 83 % à ce jour, signe d’un chantier substantiellement avancé, mais non encore achevé, freiné par l’insécurité dans certaines zones et des difficultés de financement.

Un autre signe que le modèle dépasse déjà ses propres frontières : une mission burundaise, conduite par le directeur de cabinet adjoint du Premier ministre du Burundi, s’était rendue à Kinshasa pour s’inspirer du PDL-145T, sur recommandation du PNUD Burundi lui-même. Un programme né de l’urgence congolaise est ainsi devenu, pour d’autres pays confrontés aux mêmes fractures rurales, une référence à étudier.

Patrimoine et souveraineté symbolique

En janvier 2026, le gouvernement a officiellement reconnu les motifs et tissus kuba comme patrimoine culturel national. Et début juin 2026, Judith Suminwa a personnellement adressé une lettre à son homologue belge demandant la restitution de plus de 500 restes humains, principalement des crânes congolais, conservés depuis l’époque coloniale dans des institutions belges, un geste fort qui s’inscrit dans un travail mémoriel entamé depuis plusieurs années entre Kinshasa et Bruxelles.

Ces deux décisions peuvent sembler relever du symbole. Elles touchent pourtant à l’essentiel : affirmer qu’un peuple ne construit pas son avenir en oubliant son histoire. C’est rappeler que la souveraineté s’exerce aussi sur la mémoire et sur la culture et sur le respect dû à ceux qui ont précédé la nation congolaise.

Le sport a aussi son moment d’histoire

La RDC s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2026, 52 ans après sa première et unique participation, en 1974, sous le nom de Zaïre. Une qualification arrachée en prolongation contre la Jamaïque, qui a déjà soulevé l’enthousiasme populaire, indépendamment du parcours que feront les Léopards sur le terrain.

Un bilan à hauteur d’homme

Rien de tout cela ne dispense d’un débat honnête sur ce qui ne fonctionne pas : la lenteur perçue de la réponse à la crise de l’Est, l’écart entre certaines annonces et leur exécution ou encore les contraintes budgétaires. Ces critiques existent et méritent d’être discutées.»

Mais au-delà des succès comme des insuffisances, un fil conducteur apparaît. Sécuriser le territoire, stabiliser l’économie, investir dans l’éducation et la santé, défendre le patrimoine culturel, réclamer la restitution des restes humains congolais, renforcer la voix diplomatique du pays : autant d’actions qui poursuivent, sous des formes différentes, un même objectif, celui de réhabiliter la dignité du Congolais, de promouvoir ses droits, de consolider la souveraineté nationale et de faire rayonner la République démocratique du Congo sur la scène internationale.

À l’heure où la RDC célèbre le soixante-sixième anniversaire de son indépendance, cette perspective prend une résonance particulière. L’indépendance n’est pas seulement un héritage historique ; elle est une œuvre quotidienne. Elle se mesure à la capacité d’un État à protéger ses citoyens, à faire respecter leur dignité, à valoriser leur patrimoine, à défendre leurs intérêts et à faire reconnaître leur pays parmi les nations. C’est à cette construction patiente de la souveraineté que semble vouloir contribuer, jour après jour, l’action du gouvernement dirigé par Judith Suminwa.

Diriger un gouvernement en temps de guerre, avec les moyens limités d’un État en reconstruction, n’est pas un exercice qui se prête à la spectacularisation. Ce qui frappe, chez Judith Suminwa, n’est pas l’absence d’échecs ou de contradictions, il y en a, et il serait malhonnête de les taire, mais la constance avec laquelle elle poursuit cette ambition, dossier après dossier : faire de l’indépendance non seulement une date commémorée, mais une réalité progressivement vécue par chaque Congolais

Me Jean Marie ILUNGA,

Avocat et Observateur de la vie politique congolaise, sans affiliation partisane