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Lettre ouverte à Fatshi ( par Thierry Mfundu, un Congolais)

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Monsieur le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi

La République Démocratique du Congo,
«un scandale géologique”, a longtemps fait figure de laboratoire des conflits et des pillages des ressources par des occidentaux et des pays voisins assoiffés et jaloux de nos richesses. Le souvenir des différents conflits et guerres qui ont jalonné notre pays faisant plus de 6 millions des victimes et qui continuent encore à faire des victimes, ne cesse de hanter nos nuits affamées et sans perspectives d’avenir.

Notre pays a réussi, par un miracle inédit, à connaître une alternance apaisée, sans heurts ni violences.

Votre élection en 2018 a suscité une vague d’espoirs. Or, depuis votre investiture, la RDC connaît une attitude mi-figue, mi-raisin en terme des libertés publiques, une pauvreté accrue et une situation humaine et sécuritaire toujours catastrophique à l’est du pays. Ce qui aurait donné raison au Général Janssens: “avant indépendance = après indépendance”.

Excellence Monsieur le Président,

Je suis un jeune congolais passionné de la RDC, mon pays, et Africain fier de ses valeurs. Je m’adresse directement à vous ce jour car des circonstances exceptionnelles me l’imposent.
Je suis né à Kinshasa, ville qui vous a vu naître et qui vous a porté haut en tant que son natif alors que la majorité de nos dirigeants venait de l’intérieur du pays. À ma naissance, c’est le président Mobutu qui fut au pouvoir. J’ai connu son apogée dans les années 80 avec un djaleloisme à outrance ainsi que la revolte menée par votre feu père et les 12 autres parlementaires. J’ai connu le pillage, les écoles appelées “Saint Mikate et Saint Bisumba”, le riz appelé “maillot jaune,” le “mayi ya lobo”, j’en passe et des meilleurs.

Quoique mort et ayant amené notre pays au dernier rang des économies mondiales, les actions de l’homme et son haut niveau de patriotisme sont restés pour moi un modèle de citoyenneté.

Il y a eu ensuite M’zee Kabila, un autre amoureux du Congo qui malgré le peu de temps au pouvoir, a réussi à nous inculquer une mentalité de guerrier par son slogan: “Ne jamais trahir le Congo”.

Il y a eu ensuite Joseph Kabila qui, malgré ses erreurs de gestion, a eu à organiser des élections qui ont permis votre accession au pouvoir alors que le 3e mandat était devenu la mode en Afrique centrale et de l’Ouest. Je n’ai jamais cru à un deal privé entre vous et lui vu que moi je vous ai fait confiance en vous votant.
D’ailleurs, je me rappelle d’être sorti pieds nus tard dans la nuit pour aller célébrer votre victoire, notre victoire au siège de l’UDPS.

Les années de ma vie jusqu’à ce jour ont été paisibles dans l’ensemble malgré la galère et le manque de perspective dans mon pays. Le sujet qui inspire cette lettre ouverte, Excellence Monsieur le Président, est la vie et l’avenir de notre pays la République Démocratique du Congo, notre pays.

Du haut de mes années de vie, j’ai pu expérimenter le bonheur, le malheur, la peur et le courage. Et c’est courageusement que je prends mes responsabilités ce jour pour m’adresser à vous, autorité suprême de l’Etat de la RDC. Nous sommes Africains et en Afrique, les “enfants” comme moi ne peuvent manquer de respect aux “vieillards” de votre âge. C’est donc respectueusement et courageusement que j’ai décidé de m’adresser à vous à cœur ouvert.

Les espoirs suscités par votre élection s’amenuisent de jour en jour au regard de la balance largement déficitaire entre vos multiples promesses et leurs réalisations.

À mi-parcours de votre second mandat, nos organisations estiment que la justice devrait être une priorité de votre gouvernement. Ce qui n’est pas le cas. On assiste plus à une guerre du palais entre vos collaborateurs, doublée d’une incompétence notoire et d’un clientelisme imbu au point que la Présidence est devenue la cour du Roi Petaud et un club d’amis.

Votre laxisme béant à l’égard de vos collaborateurs suscite bien des questionnements.

Monsieur le Président de la République, je vous demande de réaffirmer votre engagement en faveur de la justice, en refusant toute amnistie et en garantissant que toutes les mesures soient prises pour permettre la tenue rapide des procès relatifs au rapport Mapping et aux responsables de l’ancien régime en remontant même à l’époque de Mobutu, y compris en menant à leur terme les exhumations nécessaires aux enquêtes en cours. Ce n’est qu’à ce prix que l’objectif de l’émergence de la RDC en 2021 pourra être véritablement atteint, et ses effets durables.

Ces paroles de Mirabeau “Celui qui a la conscience d’avoir mérité de son pays et surtout de lui être encore utile, celui que ne rassasie pas
une vaine célébrité et qui dédaigne les succès d’un jour pour une véritable gloire, celui qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien public indépendamment des mobiles mouvants de l’opinion populaire, cet homme porte en lui la recompense de ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers ; Il ne doit attendre sa moisson, la destinée de son nom que du temps, ce juge incorruptible qui fait justice à tous.,” rappelées à Mobutu par les pères fondateurs de l’UDPS, votre parti, doivent vous interpeller et vous pousser à faire mieux pour réussir votre mandat et satisfaire les espoirs tant soit peu suscités par votre avènement.

Inutile de vous rappeler la situation économique, sociale, sécuritaire et sanitaire de notre pays, vous le connaissez mieux que moi. Ayant vécu à Limete, vous connaissez bien la misère de ce peuple que vous avez vous-même cotoyez.

M. Le Président de la République, la RDC appartient a ses enfants que nous sommes. Plus de 80 millions de Congolais ont le regard tourné vers vous. C’est vrai que tout n’est pas noir, mais nous sommes d’avis qu’un changement profond et immediat doit s’operer dans notre société, avant qu’il ne soit trop tard.

Ce changement implique la refonte complète des structures du pays, la jouissance effective de toutes les libertés politiques, le renouvellement de la classe politique, des mandataires publics et des cadres militaires.

Notre constat au regard de cette lettre inspirée de celle de 13 parlementaires démontre a suffisance que ni le bien-être materiel ni les conditions propices de notre épanouissement global dont il est question dans le preambule de la Constitution ne sont pas garantis, loin s’en faut.

Il vous appartient, dès lors, de vous positionner en tant que leader non d’un groupe d’amis, d’une famille politique ou d’une tribu mais bien plus de vos 80 millions des compatriotes qui n’ont même pas des cartes d’identité.

Vous avez toujours mis Dieu au centre de vos actions, j’ai prie ce Dieu là pour qu’il vous accorde la sagesse nécessaire afin que vous dirigiez ce pays avec droiture, parcimonie et bien plus par amour pour vos semblables.

Thierry Mfundu, un Congolais